Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Les Passerands des 11e, 22e et 114e BCA au Barrenkopf en juillet 1915

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915.

Cette page BONUS complète notre article « Alsace et Lorraine en 1915 (Vosges et Meurthe-et-Moselle) » publié dans Vatusium n ° 18, pages 42-43.

En 1915, de nombreux Passerands se battent dans les VOSGES (au nord, régions de St-Dié, Lunéville ; au sud, sommets des Hautes-Vosges), et en ALSACE (voir notre page « Les Passerands et les combats d’Alsace en 1915 »). Lire l’introduction sur notre page « Les soldats de Passy en LORRAINE et ALSACE durant l’année 1915« .
Nous présentons le détail de ces différentes batailles est présenté dans les pages suivantes  :
– Les Passerands du 133e R.I à St-Dié-des-Vosges début 1915   
 Les Passerands des 11e et 51e BCAP au Reichackerkopf et au Sattelkopf en février-mars 1915
 Les Passerands des 11e et 13e BCAP à l’Hartmannswillerkopf en 1915
 Les Passerands des 11e et 13e BCAP à l’ Hilsenfirst en 1915
 Les Passerands du 11e BCA à Soultzeren en février 1915
 Les Passerands des 11e et 22e BCA à Metzeral en juin 1915
– Les Passerands des 11e, 14e, 114e BCA au Linge en juillet-août 1915

Le Barrenkopf, en haut à gauche

Le Barrenkopf, en haut à gauche (site thebluelinefrontier)

Le Barrenkopf, en haut à gauche (site thebluelinefrontier)

Lire dans notre Vatusium n° 18, page 43 la liste des Passerands blessés et/ou prisonniers en Alsace en 1915.

De nombreux Passerands ont servi aux 11e et 22e BCA  en juillet 1915 et ont donc participé aux combats du Barrenkopf sur le versant alsacien des Hautes-Vosges. Voici, par ordre alphabétique, ceux dont nous avons retrouvé le nom :

Une bonne quinzaine de Passerands au 11e BCA : Berguerand Ernest Alfred, classe 1904, Béguin Pierre César, classe 1901, Bottollier Alexandre Emmanuel, classe 1905, Bottollier Elie, classe 1901, (peut-être Cossard Edouard François, classe 1906, voir ci-dessous), Couttet Joseph Eugène, classe 1901, Decret François Ulysse, classe 1916, Descruy Clovis, Classe 1910, Devouassoux François Théophile, classe 1905, Dilphy, Henri-Pierre, classe 1914, Duffoug Henri, classe 1907, Foulaz Henri Joseph, classe 1914, GrossetJeannin Eugène, classe 1912, Lavigne Lucien Joseph, classe 1900, Michollin Marcel Félix, classe 1914, PissardGibollet Jacques Albert, classe 1905, Pugnet Anselme Alfred (surnom Canti), classe 1912.
Anselme Alfred Pugnet est blessé à Metzeral le 20 juin 1915.

Une dizaine de Passerands ont servi au 22e Btn Chasseurs à Pied Passerands en 1915 :
Bottolier-Curtet Hyacinthe Joseph Maximin, classe 1916, Boudion Henri, classe 1916, Caille Henri Léopold, classe 1916, Châtelard Louis Ernest, classe 1908, Gaudin Théodule-Robert, classe 1913, Grosset-Jeannin Eugène, classe 1912, Hugues Félix-Marcel, classe 1915, Petit-Jean-Genat Eugène, classe 1915, Provence Marc François, classe 1908, Roussi Paul Armand, classe 1912.
Félix-Marcel Hugues, tué à Metzeral le 7 juillet 1915.

Ont aussi participé aux combats du Barrenkopf en juillet 1915 :
Deux Passerands du 114e Btn Chasseurs à Pied Passerands en 1915 : Chatellard Jean-François, classe 1915, Mogeny Alexandre, classe 1915, à partir du 10 mars 1915.

Deux Passerands du 51e BCAP (bataillon de réserve du 11e BCAP) en 1915 : Cossard Edouard François, classe 1906, sergent ; Mabboux Eugène Ulysse, classe 1900, cité 2 fois à l’ordre du 51e Btn de Chasseurs : 1) Le 11 août 1915 ; ordre n° 47 : « Mépris absolu du danger, excellent chasseur sous tous les rapports ; exemple merveilleux pour ses camarades. » 2) Le 23 septembre 1915, ordre n° 51 : « Excellent chasseur, s’est signalé en toutes circonstances par son courage et son endurance ; a été blessé. » Croix de guerre avec 2 étoiles de bronze, médaille militaire.
Edouard François Cossard est blessé « le 29 juillet 1915 au Barrenkopf » (ou à Soultzeren, selon l’historique du 51e BCA, ou peut-être à la « 5e compagnie du 11e BCA » selon une autre indication de sa fiche matricule… Le 11e BCA est effectivement engagé le 29 juillet au Barrenkopf ; lire détails dans Vatusium n° 18, p. 43)

Contexte stratégique : « La guerre des tranchées en Haute Alsace »

Le Barrenkopf et le Schratzmannele, en bas à gauche 

Le Barrenkopf et le Schratzmannele, en bas à gauche (site saint-gervais-guerre-14-18)

Le Barrenkopf et le Schratzmannele, en bas à gauche (site saint-gervais-guerre-14-18)

“Sur le territoire de Hohrod se situent trois hauteurs pour la conquête desquelles la guerre va sacrifier plus de 20 000 hommes lors des combats de l’année 1915 : L’état-major Français décide la prise de Munster… et préalablement celle des sommets dominant le cirque au fond duquel est blottie la ville. Sommets que les Allemands ont fortifiés par un réseau de tranchées bétonnées, fortins et abris.

Source Internet

Source Internet

Avril 1915 : une première tentative française échoue. En juin, l’offensive se concentre sur Metzeral et Sondernach (voir notre page) dont les ruines sont occupées par la 47ème division d’infanterie au prix de la perte de 6 800 hommes. Munster est à la portée de Français. Mais l’Etat-major veut la prise de la ville par les hauteurs nord : le Lingekopf, le Schratzmaennele et le Barrenkopf.

Le 20 juillet 1915, les chasseurs français partent à l’assaut en quatre vagues, mais sont repoussés dans leurs tranchées de départ le 23 juillet. Le 24 juillet, nouvel assaut dans la boue et la brume : la crête est enlevée. Dans la nuit, les Allemands préparent la contre-offensive et le lendemain soir ils reprennent le Lingekopf ; le 27 les Français abandonnent le Barrenkopf, trop exposé. » (Site encyclopedie.beditions.fr)

Voici le texte qui figure à l’entrée des cimetières militaires nationaux en Alsace. Il émane du ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre :
« Le 20 juillet 1915, la 7e armée attaque le Linge : la 129e D.I. du général NOLLET y prend pied tandis que la 47e D.I. échoue contre le Reichackerkopf. Les assauts recommencent le 22. Les chasseurs progressent vers le Barrenkopf. Le 26, le 30e B.C.A. prend la crête du Linge, le 14e B.C.A. le collet du Linge. Le Schratzmaennele oppose une vive résistance, ses défenseurs ne cèdent pas. Le lendemain les Allemands font même quatre contre-attaques. Le 15e B.C.A. prend le Barrenkopf puis le reperd.
Le 29, nouveaux assauts français pour consolider les positions conquises. Le 1er août, les chasseurs (les Diables bleus) attaquent encore au Barrenkopf et au Schratzmaennele. Dans tout le secteur du Linge, les actions d’infanterie se succèdent sans répit jusqu’au 26 août, jusqu’à ce que les deux adversaires s’accrochent aux sommets dévastés, séparés par le no man’s land.

Le 31, un violent pilonnage allemand d’obus à gaz s’abat sur le Linge, le Schratzmaennele, le Barrenkopf, le Wettstein, long de plusieurs heures. Durant plusieurs jours les combats persistent. Le 9 septembre, des attaques allemandes au gaz et aux lance-flammes se déroulent au Linge et au Vieil-Armand. »

Attaque au gaz (Source Internet)

Attaque au gaz (Source Internet)

Description du champ de bataille

Vue aérienne du Lingekopf – Schratzmännele – Barrenkopf 

Vue aérienne du Lingekopf - Schratzmännele - Barrenkopf, Google earth (site tim-slater.blogspot.fr)

Vue aérienne du Lingekopf – Schratzmännele – Barrenkopf, Google earth (site tim-slater.blogspot.fr)

« L’objectif à enlever était le massif connu sous le nom du Lingekopf – Schratzmännele – Barrenkopf. Ce massif, vu des positions françaises de l’Hornleskopf, barre complètement l’horizon.
La crête se profile du nord au sud, d’abord en pente régulière jusqu’au sommet du Linge, descend faiblement jusqu’au Collet, qui emprunte la route du Hohneck, et remonte ensuite par une pente rapide jusqu’au sommet du Schratzmännele.
Les pentes sont très boisées ; mais à travers certaines éclaircies, on se rend compte que vers le sommet les pentes sont abruptes, le terrain très rocheux et bouleversé. Des blocs de rochers entassés les uns sur les autres forment des éboulis, des chaos où la marche semble devoir être très pénible.
Vers l’ouest, ce massif est précédé par une vallée dénudée et marécageuse, parfaitement vue du Rain des Chênes qu’occupe l’ennemi ; le massif domine la vallée d’environ 200 mètres.
Cette disposition du terrain rendra particulièrement difficile l’établissement de nos communications, qui doivent passer par cette vallée. Après les premières opérations, quand le massif eut été en partie déboisé par les obus, les difficultés du terrain se révélèrent encore plus considérables ; le Linge dévoila des rochers à pic qui s’opposaient à toute progression.

Les défenses accumulées par l’ennemi : réseaux profonds de fils de fer, grillages tendus, réseaux plantés au ras du sol et enchevêtrés aux lianes et aux ronces naturelles, tranchées à fleur de terre qui battaient de leurs feux ces réseaux, blockhaus et abris bétonnés qui protégeaient les mitrailleuses, disposition des pentes ouest que nous attaquions, exposées au feu de l’artillerie ennemie qui prenait de flanc, et même de dos, les troupes montant à l’assaut, faisaient de ce massif Lingekopf – Schratzmännele – Barrenkopf une région qui paraissait défier les attaques des troupes les plus braves. » (Extrait de « La Grande Guerre vécue – racontée – illustrée par les combattants » Editions Aristide Quillet, 1922, cité dans Site histoire-genealogie.com).

Le 114e Bataillon de Chasseurs alpins au Barrenkopf, 22 juillet 1915

Le Barrenkopf et le Linge, en haut à droite

Le Barrenkopf et le Linge, en haut à droite (site chtimiste)

Le Barrenkopf et le Linge, en haut à droite (site chtimiste)

Résumé : « Le 114e Bataillon de Chasseurs Alpins est formé le 10 mars 1915 à Pérouges, dans l’Ain… Il fait partie de la 5e brigade de chasseurs… En juillet, le bataillon occupe les tranchées du secteur du Wettstein, près du Lac Noir, dans les Vosges. Le 21 juillet 1915, il reçoit l’ordre d’attaquer le Barrenkopf. Le bataillon monte à l’assaut, il est littéralement décimé ; le bataillon doit se replier sur ses positions de départ… Bilan : 13 officiers, 442 sous-officiers et chasseurs tués. » (Site histoire-genealogie.com, texte de Françoise et Pierre Férole et Michel Guironnet, « Au Barrenkopf avec le 114e Bataillon de Chasseurs Alpins (juillet 1915) »)

Historique du 114e Bataillon de Chasseurs Alpins

« Il était formé en majorité de jeunes ruraux de la classe 15, originaires de Savoie, du Dauphiné et de la région lyonnaise. (…) A peu près comme les autres bataillons de cette brigade il comptait alors 19 officiers et 1665 hommes répartis en 6 compagnies, dont deux compagnies de mitrailleuses. Un équipage de voitures suivait avec 162 chevaux et mulets.

La division embarquait le 15 Juin 1915 par la route pour Gérardmer. A la mi-juillet, elle faisait mouvement vers les lacs Noir et Blanc. Le 114e était au Lac Noir le 21 Juillet et allait subir le lendemain son baptême du feu : l’attaque désastreuse du Barrenkopf.

Les lacs Noir et Blanc, à gauche ; le collet du Linge, en bas à droite 

Les lacs Noir et Blanc ; le collet du Linge, en bas à droite (site pierreswesternfront.punt.nl)

Les lacs Noir et Blanc ; le collet du Linge, en bas à droite (site pierreswesternfront.punt.nl)

« A 8h 30, le 114e quitte par escouades le Lac Noir pour le camp de Müllenwald, en colonne par un, à 15 pas de distance, sur l’unique chemin, sous des camouflages de verdure. Une canonnade ennemie cause un mort dans la 6e compagnie et quelques blessés. Au Müllenwald les unités bivouaquent en arrière du 120e, déjà en place.
A 10h, le Général emmène le Commandant Riet, chef du bataillon, au col de Wettstein avec le Commandant du 106e et leur communique les instructions de l’attaque depuis l’observatoire du Hurlin : le 114e attaquera un blockhaus sur une zone déboisée, dite le « cran de mire », du Barrenkopf, et le 106e le Schratzmännele. L’objectif final du 114e, face au sud-est, est délimité par l’éperon 833 et le col entre Barrenkopf et Kleinkopf.

L’attaque, fixée d’abord à 14h est repoussée au lendemain. Profitant de ce répit le Cdt Riet réunit à 16h les commandants de compagnies pour leur fixer les ordres de l’attaque, mais uniquement de manière verbale afin qu’aucun document écrit ne puisse tomber aux mains de l’ennemi : (…) L’attaque se fera en 3 lignes de 2 compagnies se suivant le plus près possible. La 1re ligne devra « courir après nos obus » sans attendre la fin de notre préparation d’artillerie. Les tranchées ennemies seront considérées comme « obstacles » à dépasser et non comme « buts ». (…)
Le Cdt Riet se rend ensuite dans les tranchées avec ses chefs d’unités : c’est pour constater leur très mauvais état du fait des canonnades ennemies, en particulier surtout le boyau unique. Par suite du terrain sablonneux, elles n’offrent qu’un abri précaire et sont encombrées de cadavres horriblement mutilés et dégageant une odeur pestilentielle. Aucun étayage intérieur n’existe, aucune chicane n’a été pratiquée pour empêcher les tirs d’enfilade, en particulier sur le boyau unique, perpendiculaire à la ligne ennemie et dont la partie descendante est dangereusement exposée. De plus, la section de ce boyau est insuffisante pour permettre le passage rapide des colonnes d’assaut : en un mot, constate le Cdt Riet, on est loin d’avoir réalisé les instructions de l’Etat-Major pour l’aménagement de ces tranchées.
A la suite de cette visite et malgré ses très mauvaises impressions, le Cdt Riet confirme toutefois ses ordres précédents.
Mais dès 17h il fait part au Général de Brigade des nombreuses observations négatives faites au cours de sa visite. L’assurance lui est alors donnée qu’une équipe de travailleurs procédera dans la nuit à l’enlèvement des cadavres et à la remise en état des parapets éboulés. L’attaque est fixée à 10h30 le lendemain.

22 juillet 1915 : l’assaut
La mise en place commence à 2h 20. Sur les instructions du Général de Brigade le peloton de mitrailleuses suivra la 3e ligne et non la 2e comme prévu.
4h : la préparation d’artillerie commence et déclenche une riposte ennemie, très précise, guidée par l’aviation. Une vingtaine de blessés en résulte, dont le lieutenant Brun de la 4ème compagnie. Leur évacuation est arrêtée à 9h 45, pour ne pas retarder l’attaque. »

Le secteur du Barrenkopf, carte réalisée par Pierre Férole 

Le secteur du Barrenkopf, carte réalisée par Pierre Férole (Site histoire-genealogie.com)

Le secteur du Barrenkopf, carte réalisée par Pierre Férole (Site histoire-genealogie.com)

« 10h 30 : au départ de celle-ci, les 1re et 2e lignes progressent comme prévu. La 2e tranchée ennemie de mi-pente est évacuée par ses occupants et franchie ainsi que celle de crête. Durant l’ascension les unités de la 4e compagnie sont prises à partie sur leur gauche par un feu de mitrailleuses depuis le Schratzmännele.
11h 30 : le capitaine Combes est tué. La crête est balayée par des feux croisés de mitrailleuses allemandes et battue par des obus. Aussi la progression des 2 lignes se rabat-elle sur les pentes face à l’est, qui offrent un relatif angle mort.
Progressant derrière la 2e ligne, le Cdt Riet bute dans le boyau unique sur le peloton de mitrailleuses, arrêté par un cratère d’obus. Il emmène avec lui le matériel léger et les hommes disponibles en ne laissant sur place que le personnel strictement nécessaire au dégagement des pièces ensablées. Arrivé sur la crête il prend, avec déplaisir, la mesure de la situation : La 1re ligne, bien que décimée par les tirs croisés de mitrailleuses, a atteint ses objectifs, mais la 2e, qui l’a suivie, se confond avec elle et augmente dangereusement sa densité face aux tirs ennemis.
A droite et au sud du Barrenkopf l’ennemi esquisse une contre-attaque. A gauche, seules 2 ou 3 sections du 106e ont atteint le Cran de Mire et font face au Schratzmännele. Le reste est couché par grappes en avant du parallèle de départ.
Aucune troupe amie ne couronne le Lingekopf. En arrière, ni les mitrailleuses, ni la 3e ligne n’ont pu déboucher du parallèle de départ, retardées par les éboulements dus à l’intensité du bombardement.
Le Cdt Riet décide alors de laisser seulement la 2e compagnie face au chemin Hohrod-Bärenstall, de renforcer la 3e compagnie par la 1re face au sud pour contrer la contre-attaque ennemie en la replaçant face à cette contre-attaque, d’appuyer avec la 4e compagnie les unités du 106e parvenues sur la crête pour chercher à prendre à revers les mitrailleuses ennemies du Schratzmännele, et enfin d’appeler au plus vite la 3e ligne et les mitrailleuses. »

Le désastre

« Vers 11h 45 aussitôt après ces instructions, le Cdt Riet se rend en catastrophe vers la droite, au Barrenkopf, où il trouve le capitaine Berger de la 3e compagnie s’efforçant de rallier et d’installer sa compagnie sous un feu croisé intense.
Le commandant, bientôt blessé à l’avant-bras gauche, installe faute de mieux son PC dans une baraque de troncs d’arbres, sur un endroit très exposé, d’où il communique ses instructions de combat à son adjoint le lieutenant Jurain qui, à son tour, tombe, mortellement blessé vers 12h : en quelques minutes ses agents de liaison vont, un à un subir le même sort. A cette heure, la 1re ligne, dépourvue d’officiers, se replie sur la crête du Barrenkopf ainsi que la 2e ligne. Toutes deux sont décimées.
La 3e ligne, qui a réussi à sortir du parallèle avec plus d’une demi-heure de retard, est prise dans le mouvement de repli vers 12h 30, sous le feu des mitrailleuses du Linge et du Kleinkopf.
A 13h 30 il ne reste plus sur la crête du Barrenkopf qu’une centaine d’hommes (dont une trentaine de blessés) de toutes les compagnies avec les capitaines Bosc et Berger qui se maintiendront dans la tranchée allemande jusqu’au soir.
A 14h, malgré cet échec, une nouvelle attaque est décidée pour 18h avec pour objectifs la route du Hohnack et la carrière sud du Schratzmännele.
18h30 Par suite de l’encombrement des boyaux cette attaque part avec une ½ heure de retard. La 1re ligne dépasse la ferme Combes mais, balayée par les mitrailleuses des blockhaus de la route du Hohnack, elle doit se jeter dans le bois, tout en subissant des pertes sévères. Il apparaît très vite qu’aucune progression ne pourra se faire. Aussi l’ordre est-il annulé.
Ce n’est que vers 20h que, menacés d’enveloppement, Bosc et Berger réussiront à se replier du Barrenkopf avec tous leurs blessés.
Le Cdt Riet, fait prisonnier, envoie en octobre, par l’intermédiaire d’un grand blessé rapatrié, un rapport sur ces engagements qui, très critique à l’égard de l’inorganisation dans laquelle ont été engagées les opérations, montre à quel point l’ensemble de notre hiérarchie militaire était déphasée par rapport à la guerre qu’elle conduisait. (…) » Voir la conclusion de ce rapport sur le site histoire-genealogie.com) http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article1718

Ce 22 Juillet aura coûté : 694 tués et disparus au 106e, 663 tués et disparus au 114e, 126 tués et disparus au 120e, soit 50% des effectifs engagés dans l’attaque. Les 2 premières unités, décimées, sont placées en réserve pour se reconstituer, le 114e au Lac Noir et le 106e au camp Ste Barbe.

26 juillet : l’acharnement
« A la suite de cet échec cinglant, on engage pourtant le 115e, le 120e et le 121e avec le 15e BCA à l’attaque du Schratzmännele. C’est un nouvel échec qui fait 491 morts et disparus.
Le 29 juillet, on envoie alors les mêmes à l’attaque de la Hütte, un désastre qui va coûter 650 nouvelles pertes à ces unités. Le 1er août, une nouvelle attaque des 12e, 15e, 27e et 115e bataillon fera 350 tués pour gagner une cinquantaine de mètres ! » (site histoire-genealogie.com)

Carte du Barrenkopf et de Schratzmännele 

Carte de Barrenkopf et Schratzmännele (site pierreswesternfront.punt.nl)

Carte de Barrenkopf et Schratzmännele (site pierreswesternfront.punt.nl)

L’Historique du 22e BCA donne des précisions sur les combats du Barrenkopf :

  « Après Metzeral, le bataillon est allé panser ses blessures et se refaire un peu, pendant dix jours, près de Fraize, à Clefcy, dans le cimetière duquel reposent quelques-uns des héros tombés à la Béhouille en août et septembre 1914. Puis il remonte en ligne pour prendre part à l’assaut que les 47ème et 129ème Divisions d’Infanterie se préparent à donner à l’ensemble du massif Linge – Schratzmännele – Barrenkopf.

L’objectif assigné au Commandant Richard pour la 22ème est le Barrenkopf. Les positions allemandes, fortement organisées, renforcées de casemates et protégées par un épais réseau de barbelés, dominent nos parallèles de départ du haut d’un glacis de deux cents mètres, qu’il faudra obligatoirement traverser.
A quatre heures du matin, le 20 juillet, tous calibres confondus, les batteries françaises commencent un pilonnage d’une violence inouïe, qui se prolonge jusqu’à quatorze heures. Il cesse soudain, et, dans le silence revenu, les chasseurs s’élancent, baïonnette haute, au coup de sifflet du Commandant Richard. Ce même coup de sifflet semble commander également le tir de barrage des batteries lourdes allemandes, tandis que les mitrailleurs ennemis, bien protégés dans leurs casemates de béton ou de rondins, prennent les vagues d’assaut en enfilade. Des hommes tombent, par groupes entiers. Les survivants des compagnies traversent cependant les réseaux déchiquetés par la préparation d’artillerie et atteignent le sommet, aussitôt attaqués par les réserves ennemies demeurées à l’abri de la contre-pente. Plusieurs fois repoussés au cours de combats qui tournent au corps-à-corps, les Allemands parviennent à refouler les sections décimées, qui s’accrochent de nouveau en contrebas, à mi-pente. Le Commandant Richard y a installé son poste de commandement dans un ancien abri, à demi effondré. Le Caporal clairon Calixte Coppier, chef de l’équipe des agents de liaison, en part pour porter un ordre à une compagnie voisine, au travers du terrain battu par les tirs de l’ennemi. A son retour, il découvre un énorme cratère. Un obus de 220 a volatilisé l’abri, écrasant ses occupants. Le Lieutenant Desforge, officier-adjoint, qui revenait luiaussi d’une liaison a été grièvement blessé ; le commandant est mort. Tombés aussi, ce jour-là, les Lieutenants Gay et Laurent, les sous-Lieutenants Blanc, Dechaine et Garin, le Médecin-auxiliaire Joanny Bondrille et cent quatre-vingt-six sous-officiers et chasseurs. Il y a en outre plus de quatre cents blessés, dont neuf officiers.
Le 22ème B.C.A. a perdu sur les pentes du Barrenkopf cinquante pour cent de son effectif. Le Capitaine de Verdilhac prend le commandement de ce qui reste du bataillon. Le 22ème, exangue, est relevé sur ses positions par le 115° B.C.A. et envoyé se refaire au Lac Noir. » (Historique du 22e BCA, pages 18-19, transcrit sue le site lacostelle.org)

Les combats du Barrenkopf  vu du côté du 11ème B.C.A. « Le 14 Juillet, après l’émouvante revue que Joffre a demandée afin de les mieux honorer, les
Alpins du 11e ont franchi de nouveau la Schlucht. Jusqu’au 27, ils vont creuser

des parallèles de départ, en vue d’une attaque prochaine. On leur donne un jour de repos au
Mullenvald, car le 29 après- midi, l’assaut du Barrenkopf doit être déclenché !
Les trois Compagnies que l’on a désignées s’élancent vers le sacrifice, elles fondent dans la
fournaise. Des rafales de mitrailleuses fauchent d’un seul coup des sections. Pourtant à aucun prix on ne doit reculer.
Les rares survivants se terrent dans les trous, tout contre les fils de fer boches. Là, l’ennemi lescerne enfin puis les inonde de pétards. Croyant les avoir tous écrasés, le Boche somme les
derniers de se rendre.
Ils en sont revenus une poignée à peine. Le 31 Juillet (1915), on fait l’appel.

Quatre cents hommes sont tombés au cours de ce combat sublime et à leur tête, 4 Officiers
morts et 5 gravement blessés. Le Capitaine de Peyrelongue, une minute avant la tragique ruée est debout sur le parapet et comme il lève son sifflet pour donner le signal, il tombe.

Une balle l’a traversé ! Le Bataillon déplore encore une perte non moins cruelle : l’Adjudant-Chef Barrier, estimé de ses chefs, aimé de ses Chasseurs pour sa valeur et sa bravoure, est tué au cours de l’attaque. » (Historique du 11e BCAP d’Annecy, récit patriotique publié en 1920, transcrit par CHePP. (Source site gallica.bnf, pages 14 à 20)

Historique du 51e BCA (bataillon de réserve du 11e BCAP)
Après un mois de repos à Corcieux, le 51e BCA prend le secteur de Barrenkoff, puis du col du Bonhomme et est enfin transporté à l’Hartmannswillerkopf où il reste du 26 décembre 1915 au 10 janvier 1916.

« Le Bataillon appuie les attaques dirigées par les 6e et 23e bataillons sur le Reichsacherkopf, le 6 mars. Il reste en ligne jusqu’au 12 mars ; relevé, il cantonne dans le bois de Sagmatt. Il quitte ce bois le 12 juillet pour le camp de Nisslissmatt, où il reste jusqu’au 16 du même mois. Appelé ce jour à relever à Sulzern quatre compagnies du 12e, il reste jusqu’au 18, puis retourne successivement aux camps de de Niilissmatt et de Kerbholz jusqu’au 28 juillet. Il relève ce jour le 12e à Sulzern où il reste jusqu’au 22 août. » (numérisé par Xavier Antoine, 2010, site tableaudhonneur)

Cimetière du Col du Wettstein 

Cimetière du Col du Wettstein (site pierreswesternfront.punt.nl)

Cimetière du Col du Wettstein (site pierreswesternfront.punt.nl)

Cimetière du Col du Wettstein : « PAX »

Cimetière du Col du Wettstein (site pierreswesternfront.punt.nl)

Cimetière du Col du Wettstein (site pierreswesternfront.punt.nl)

Voir autres photos du cimetière du Col du Wettstein sur notre page consacrée à Soultzeren

Sources et sites à consulter pour en savoir plus :

Site lieux-insolites.fr (Le Linge et Barrenkopf)

Site alsace1418.fr

site thebluelinefrontier

site saint-gervais-guerre-14-18
Site encyclopedie.beditions.fr 

site tim-slater 

« La Grande Guerre vécue – racontée – illustrée par les combattants » Editions Aristide Quillet, 1922, cité dans Site histoire-genealogie.com

site chtimiste 

site pierreswesternfront.punt.nl  (nombreuses photos)

Au Barrenkopf avec le 114e Bataillon de Chasseurs Alpins (juillet 1915)

L’Historique du 22e BCA donne des précisions, pages 18-19 (Site lacostelle.org)

Historique du 11e BCAP d’Annecy. Récit patriotique publié en 1920, transcrit par CHePP. (Source site gallica.bnf, pages 14 à 20)

Historique du 51e BCA numérisé par Xavier Antoine, 2010, site tableaudhonneur

Voir nos autres pages sur
– Passy pendant la grande Guerre
en particulier
 notre page consacrée au monument aux morts de Passy.

– Passy de 1920 à nos jours.

Découvrez aussi, sur notre site, la richesse et la variété du patrimoine de Passy :
 Les ex-voto du temple romain de Passy
– Le château médiéval de Charousse à Passy
– Le retable de la Chapelle de Joux, à Passy
– L’étonnant « Cahier » d’Eugène Delale, école de Passy, 1882
–  La méthode Freinet à l’école de Passy, 1932-1952
– La conduite forcée de 1947-1952 et la production hydroélectrique à Passy
– L’Arve des Gures aux Egratz, à Passy
– Vues panoramiques sur le Mont-Blanc depuis Passy
– L’inalpage dans les « montagnes » de Passy, « l’emmontagnée », et la « remuée » pendant l’été
– La gare de Chedde à Passy et la ligne Le Fayet-Chamonix
– La sculpture d’Albert FERAUD (1921-2008), La Porte du soleil (1973), sur la « Route de la Sculpture Contemporaine » à Passy
– La stèle de la Torchette à Passy et les commémorations du maquis de Montfort

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