Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Les Passerands du 133e RI et des 11e et 22e BCA à Metzeral en juin 1915

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915.

Cette page BONUS complète notre article « Alsace et Lorraine en 1915 (Vosges et Meurthe-et-Moselle) » publié dans Vatusium n ° 18, pages 42-43.

En 1915, de nombreux Passerands se battent dans les VOSGES (au nord, régions de St-Dié, Lunéville ; au sud, sommets des Hautes-Vosges), et en ALSACE (voir notre page « Les Passerands et les combats d’Alsace en 1915 »). Lire l’introduction sur notre page « Les soldats de Passy en LORRAINE et ALSACE durant l’année 1915« .
Nous présentons le détail de ces différentes batailles est présenté dans les pages suivantes  :
– Les Passerands du 133e R.I à St-Dié-des-Vosges début 1915   
 Les Passerands des 11e et 51e BCAP au Reichackerkopf et au Sattelkopf en février-mars 1915
 Les Passerands des 11e et 13e BCAP à l’Hartmannswillerkopf en 1915
 Les Passerands des 11e et 13e BCAP à l’ Hilsenfirst en 1915
 Les Passerands du 11e BCA à Soultzeren en février 1915
–  Les Passerands des 11e, 22e, 114e BCA au Barrenkopf en juillet 1915
– Les Passerands des 11e, 14e, 114e BCA au Linge en juillet-août 1915
Voir aussi notre page Les chiens d’Alaska dans les Vosges pendant la Grande Guerre

 Metzeral et Soultzeren

Metzeral et Soultzeren

De nombreux Passerands ont servi aux 11e et 22e BCA  en 1915 et ont donc participé aux combats de Metzeral sur le versant alsacien des Hautes-Vosges. Voici, par ordre alphabétique, ceux dont nous avons retrouvé le nom :
Une bonne quinzaine de Passerands au 11e BCA : Berguerand Ernest Alfred, classe 1904, Béguin Pierre César, classe 1901, Bottollier Alexandre Emmanuel, classe 1905, Bottollier Elie, classe 1901, Couttet Joseph Eugène, classe 1901, Decret François Ulysse, classe 1916, Descruy Clovis, Classe 1910, Devouassoux François Théophile, classe 1905, Dilphy, Henri-Pierre, classe 1914, Duffoug Henri, classe 1907, Foulaz Henri Joseph, classe 1914, GrossetJeannin Eugène, classe 1912, Lavigne Lucien Joseph, classe 1900, Michollin Marcel Félix, classe 1914, PissardGibollet Jacques Albert, classe 1905, Pugnet Anselme Alfred (surnom Canti), classe 1912.
Anselme Alfred Pugnet est blessé à Metzeral le 20 juin 1915.

Une dizaine de Passerands au 22e BCA : Bottolier-Curtet Hyacinthe Joseph Maximin, classe 1916, Boudion Henri, classe 1916, Caille Henri Léopold, classe 1916, Châtelard Louis Ernest, classe 1908, Gaudin Théodule-Robert, classe 1913, Grosset-Jeannin Eugène, classe 1912, Hugues Félix-Marcel, classe 1915, Petit-Jean-Genat Eugène, classe 1915, Provence Marc François, classe 1908, Roussi Paul Armand, classe 1912.
Félix-Marcel Hugues est tué à Metzeral le 7 juillet 1915.

Quelques Passerands étaient présents au 133e RI en juin 1915 et ont donc participé aux combats de Metzeral. Voici, par ordre alphabétique, ceux dont nous avons retrouvé le nom :
Allard François Ernest, classe 1910, Petit-Jean-Genat Pierre Henri, classe 1913, sergent, Pioppo Raoul, classe 1916, du 8 avril au 2 décembre 1915 , Rey Joseph Placide, classe 1916, du 8 avril 1915 au 2 décembre 1915.

Lire détails dans Vatusium n ° 18, page 43. Extrait :
« Ramené dans les Vosges, le 11e bataillon de chasseurs est bientôt engagé dans la partie d’Alsace conquise, il repousse les attaques allemandes (Soultzeren le 19 février ; voir notre page) et passant lui-même à l’attaque, s’empare de Metzeral le 21 juin ce qui lui vaut sa première citation. »

Situation géographique de Metzeral : à l’ouest de Colmar, au sud-ouest de Munster

Tranchées françaises en juillet 1915. Carte de la région de Munster ; Metzeral en bas, au sud-ouest de Munster 

Tranchées françaises en juillet 1915. Carte de la région de Munster ; Metzeral en bas, au sud-ouest de Munster (Site didierbach.free.fr)

Tranchées françaises en juillet 1915. Carte de la région de Munster ; Metzeral en bas, au sud-ouest de Munster (Site didierbach.free.fr)

Vallée de la Fecht ; Metzeral, à gauche 

Vallée de la Fecht ; Metzeral, à gauche (site 1914-1918.invasionzone.com)

Vallée de la Fecht ; Metzeral, à gauche (site 1914-1918.invasionzone.com)

L’Historique du 133e RI campe le décor :

METZERAL (JUIN 1915) « Le 4 juin 1915, on fit appel au 133e, pour coopérer en Alsace à l’attaque de Metzeral. Le bataillon Barberot (1er) et le bataillon Coipel (2e) y furent transportés en auto-camions.
Arrivés au col de la Schlucht, ils aperçurent, dans le panorama splendide qui se déroulait sous leurs yeux, le théâtre de leurs futurs exploits. Des pentes escarpées descendent brusquement vers la Fecht méridionale, formée elle-même de deux branches qui se réunissent à Metzeral : l’une très courte, coupée de vergers et de prairies, où se trouve le village de Mittlach, l’usine de Steinabrück et l’Altenhof (faubourg de Metzeral) ; l’autre — la Fecht de Sondernach — orientée du Sud au Nord. Les deux vallées sont séparées par le massif du Schnepfenrieth.
A ce moment, nous tenions déjà les sommets les plus élevés : l’Altmatt, le Sillacker, le Schnepfenrieth, et nos lignes étaient poussées jusque devant Altenhof et au-delà de Mittlach. Les Allemands, fortifiés aux lisières de Steinabrück, restaient accrochés aux seuils qui dominent immédiatement la vallée (Braunkopf, Eichwâlde, cote 830), et ils avaient réussi à en faire des positions qu’ils qualifiaient d’inexpugnables. Les chasseurs qui opéraient dans la région avaient déjà, par cinq fois, tenté de s’en emparer. Deux fois
ils avaient réussi à y prendre pied, mais sans pouvoir s’y maintenir.
C’est alors qu’il fut fait appel au 133e. Afin de se familiariser avec cette guerre de montagne à laquelle il n’était pas accoutumé, le régiment occupa successivement les secteurs de l’Altmatt et de Sillacker, et s’employa à creuser des parallèles de départ en vue de l’attaque de l’Eichwalde et du Braunkopf. Le 12 juin, les deux bataillons étaient amenés au pied de la cote 830. » (Site gallica.bnf.fr, chapitre VI, page 62)

Vue générale de Metzeral 

Vue générale de Metzeral (Site treziers.oc.free.fr)

Vue générale de Metzeral (Site treziers.oc.free.fr)

La bataille de Metzeral (juin 1915)

« Nouvellement nommé au commandement de la 47e Division, le général de Pouydraguin obtient l’autorisation de conjuguer ses forces avec celles du général Serret à la tête de la 66e Division.
Ces opérations avaient pour but de refouler les troupes ennemies au-delà de la haute vallée de la Fecht. Après de vaines tentatives, les deux généraux se décident pour une grande offensive.
Le 9 juin la population de Metzeral et de Sondernach [juste au sud de Metzeral] est évacuée. » (site artois1418.skyrock.com)

Haute vallée de la Fecht 

Haute vallée de la Fecht (site crdp-strasbourg.fr)

Haute vallée de la Fecht (site crdp-strasbourg.fr)

« Le 15 juin 1915 l’assaut est mené.
Les troupes de la 47e division se mettent en branle. Montagnards de Savoie, du Dauphiné, du Massif central et de Provence partent à l’attaque. La 66e division quant à elle se heurte à une vive résistance à l’Hilsenfirst (voir notre page).
L’assaut sur Metzeral est donné le 20 et 21 juin par les deux divisions. Le combat a lieu dans le village-même. On se bat au corps à corps, à coup de crosse, de baïonnette pour reprendre des rues, le cimetière, la gare… Un communiqué allemand du 23 juin fait état de la prise des deux localités de Metzeral et Sondernach et le 24, la bataille de Metzeral est officiellement remportée par les troupes françaises. Metzeral et la haute vallée de la Fecht sont en ruines. (site artois1418.skyrock.com)

Ruines de Metzeral 

Ruines de Metzeral (site Delcampe.net)

Ruines de Metzeral (site Delcampe.net)

Les Historiques du 11e BCAP d’Annecy et du 22e BCAP d’Albertville donnent des précisions sur ces combats de juin 1915.
Historique du 11e BCAP
d’Annecy :

« Dans la nuit du 16 au 17 Juinle 11e relève sur les premières tranchées conquises au Braunkopf
des Bataillons frères, les 6e et 24e.
En descendant le grand boyau qui mène de Gachney aux lignes, le Commandant Forest, blessé, doit passer le commandement au Capitaine Adjudant-Major Doyen.
Bientôt, le Bataillon s’élance irrésistiblement à l’assaut ; les Boches ébranlés s’enfuient. Nous prenonspossession dans ce bond merveilleux du petit hameau d’Altenhof.
Mais les Chasseurs sont plus gourmands, ils veulent s’élancer plus loin dans une poursuite
acharnée. Ils ont des chefs ardents qui les dirigent, qui paient d’exemple à chaque instant.

Carte (échelle: 1/20.000) montrant la zone des attaques autour de Metzeral
avec le tracé des lignes françaises et allemandes les 13 et 23 juin 1915, respectivement en trait plein et pointillé 

Carte (échelle: 1/20.000) montrant la zone des attaques autour de Metzeral avec le tracé des lignes françaises et allemandes les 13 et 23 juin 1915, respectivement en trait plein et pointillé (Site pages14-18)

Carte (échelle: 1/20.000) montrant la zone des attaques autour de Metzeral avec le tracé des lignes françaises et allemandes les 13 et 23 juin 1915, respectivement en trait plein et pointillé (Site pages14-18)

Le 21 Juin 1915, l’attaque recommence. Et cette fois, le Bataillon d’un puissant et terrible élan, enlève
sans souffle trois lignes de tranchées sur les pentes nord du Braunkopf, atteignant la
gare même de Metzeral et la ferme de Meyerhof.
Les pertes ennemies sont lourdes ; les nôtres, malheureusement, sont cruelles. Le Capitaine
Luneau, de la 2e Compagnie est tué devant nos positions. « Les Boches n’auront pas son
corps », déclare le Sergent Boussuge. Accompagné d’une patrouille, il va lui-même le chercher et le ramène. En outre, le 11e Bataillon perd dans cette courte période 5 autres Officiers tués, 6 Officiers blessés, 350 Hommes de troupe hors de combat.

Ce qui reste se fortifie sur le terrain qu’ils ont conquis.
C’est là que les trouve au travail leur nouveau Chef de Bataillon, le Commandant de Douglas, qui, le 6Juillet, les ramène au repos à Gérardmer.
Le Général en Chef vient leur rendre visite et face aux Vosges somptueuses dont ils sont les
farouches gardiens, près du lac calme dont l’azur ne se teintera pas de sang, il leur remet leurs déco-rations et les remercie tous ensemble d’avoir mérité pour leur fanion glorieux ce beau mo-tif de citation :

EST CITÉ A L’ORDRE DE L’ARMÉE en date du 13 Juillet 1915 :
LE 11e BATAILLON DE CHASSEURS ALPINS
« A fait preuve d’une vaillance et d’une énergie au-dessus de tout éloge en enlevant une position
très solidement organisée dans laquelle l’ennemi se considérait comme inexpugnable d’après les
déclarations mêmes des Officiers prisonniers, lui a fait subir des pertes considérables et malgré
un bombardement des plus violents n’a cessé de progresser pendant plusieurs journées consécutives pour élargir sa conquête
.
 » (Récit patriotique publié en 1920, transcrit par CHePP. (Source site gallica.bnf, pages 14 à 20).

Bombardement de Metzeral

Bombardement de Metzeral (site casimages.com)

Bombardement de Metzeral (site casimages.com)

Historique du 22e BCA, pages 16-17 :

« Ce chapitre de l’Historique du 22ème Bataillon de Chasseurs Alpins reprend, pour l’essentiel, le texte du petit historique édité en Janvier 1918 à Marostica, alors que le 22ème combattait en Italie, et celui de l’Historique Succinct imprimé à Nice -Imprimerie Barma – en 1921. »

1915, Metzeral

« Depuis la fonte des neiges, les Allemands ont renforcé leurs positions de la vallée de la Fecht et de Metzeral. Des attaques locales leur ont permis d’occuper le Schepfenried et le Sillacker, respectivement au sud-ouest et au nord-ouest de Metzeral, menaçant ainsi les communications entre les 47ème et 66ème divisions.
D’avril à mai 1915, une première série d’opérations permet de réoccuper ces deux sommets, de même que le village de Mittlach, situé entre eux. Mais les avant-postes immédiats de Metzeral sur la rive gauche, le Braunkopf et la cote 830, tous deux puissamment fortifiés, restent aux mains de l’ennemi.
Le 15 juin, après une intense préparation d’artillerie sur les lignes allemandes, le 133ème Régiment d’Infanterie, un régiment de l’Ain, qui était déjà aux côtés du 22 dans l’affaire de la Béhouille, soutenu par sa musique régimentaire qui participe à l’assaut et joue La Marseillaise, s’empare de 830. La grosse caisse en redescendra, éventrée, sur le dos d’un prisonnier allemand.
Le scénario se répète face au Braunkopf, pour les 6ème et 24ème B.A., qui attaquent aux accents de la Sidi-Brahim sonnée par leurs fanfares, tandis que le 23ème s’en prend au bois d’Eichwald, entre Sillacker et Braunkopf. L’artillerie lourde allemande, aussitôt alertée, pilonne nos positions de départ, tandis que nos batteries de 220 ripostent.
Attaques et contre-attaques se succèdent.
Le 16, le blockhaus Sommital du Braunkopf est enlevé par un dernier assaut des 24ème et 46ème B.C.A. ; celui-ci est intervenu en renfort du 6ème B.C.A. qui, en deux jours, a perdu 499 des siens.
Le 18, les rives de la Fecht sont atteintes à Steinabrück, à deux kilomètres à l’ouest de Metzeral. Le commandement fait alors appel au 22ème Chasseurs Alpins pour porter à l’ennemi le coup de grâce. Le 19 juin, le 22ème s’empare d’Altenhof, à mi-chemin entre Steinabrück et Metzeral.
Le 20 au soir, ses sections de tête atteignent les lisières de la ville. Au cours de la nuit, les Allemands, devant la menace d’encerclement, incendient Metzeral, où ils ne laissent que quelques groupes de mitrailleurs pour protéger leur repli.
Le 21, malgré les incendies et les mitrailleuses, les chasseurs du 22ème s’emparent de Metzeral et prennent position aux sorties sud et est de l’agglomération. Toute la nuit, Metzeral continue de brûler.
Aux premières heures du 22 juin, le 22ème B.C.A. s’empare des hauteurs qui dominent la vallée de la Fecht à l’est : le Kiosque et la cote 664, sur les flancs de l’Ilienkopf. Malgré de violentes contre-attaques ennemies le bataillon maintient ses positions.
Un communiqué du Haut Commandement Allemand annonce que : « conformément aux plans de l’Etat-Major Impérial, nous avons évacué Metzeral ». Sans commentaires !

A la suite de cette brillante affaire, menée à la cadence chasseur, le 22ème B.C.A. reçoit une deuxième citation à l’ordre de l’Armée. Ordre Général N° 32 de la VIIème Armée, du 9 Juillet 1915. « A fait preuve d’une vaillance et d’une énergie au-dessus de tout éloge en enlevant une position très solidement organisée, dans laquelle l’ennemi se considérait comme inexpugnable, d’après les déclarations mêmes des officiers prisonniers. » « S’est maintenu ensuite sur les positions conquises, malgré un très violent bombardement, et, pendant trois nuits, a repoussé victorieusement trois contre-attaques menées par des forces supérieures, auxquelles il a infligé de très lourdes pertes. » signé: De Maudhuy » (Site lacostelle.org)

Nos soldats photographiés sur le terrain pris aux Allemands à Metzeral 

L’énergie avec laquelle fut préparée l’attaque des tranchées ennemies sur les deux rives de la Fecht, a déconcerté l’adversaire. Nos alpins ont enlevé Altenhof, Metzeral incendié par les Allemands, puis Steinbruck, dans un élan irrésistible. Ces photos ont été prises après nos succès du 17 juin et des jours suivants sur le terrain conquis. Voici le poste d’un commandant allemand dans une tranchée de Metzeral, l’entrée des tranchées ennemies bouleversées, et des hommes se rendant à la relève sous-bois. (site grande.guerre.pagesperso-orange.fr)

Nos soldats photographiés sur le terrain pris aux Allemands à Metzeral (site grande.guerre.pagesperso-orange.fr)

Nos soldats photographiés sur le terrain pris aux Allemands à Metzeral (site grande.guerre.pagesperso-orange.fr)

La bataille de Metzeral vue de  la 66° division et de la 2ème brigade du colonel Passaga

« Le lundi 10 mai 1915, la Brigade passe de la 47ème à la 66ème division commandée par le général Serret. (…)

24 mai 1915 la Division fait savoir aux troupes que l’Italie a déclaré la guerre à l’Autriche Hongrie.
Le général prescrit une manifestation de joie. A 17h, toutes les pièces d’artillerie de la Division qui se trouvent en batterie doivent tirer chacune un coup de canon sur leur objectif. De 17h à 17h 10 les troupes dans les tranchées, sans tirer un coup de fusil, crieront « Vive l’Italie, Vive la France! et les cloches sonneront dans tous les villages. A 17 heures et environ deux minutes, ce sont les Allemands qui commencent la manifestation, tirant des coups de fusil sur les tranchées françaises et poussant des cris. C’est alors clameurs et échange de projectiles de part et d’autre.

Samedi 12 juin. Prescription du Général commandant la VII armée : les seules sonneries autorisées sont « En avant ». Les sonneries « Halte là » et « Cessez le feu » pouvant être reçues de l’ennemi sont absolument interdites.

Opérations du 15 au 22 juin ayant amené à la prise de Metzeral

Les attaques devaient être dirigées sur le Braunkopf d’abord. Ce massif n’est que l’avancée vers la Fecht, près de Metzeral, de l’Alematkorf qui le domine de 150 mètres et dont il a  le caractère inculte et rocailleux. Sa forme générale est celle de la lettre grecque « oméga ».
La crête, orientée Nord-sud, assez étroite vers la côte 763,5 s’affaisse vers l’Est jusqu’à la route de Metzeral à Muhlbach [Mulhbach-sur-Munster, juste au nord de Metzeral], en pente assez rapide, par une série de terrasses couvertes de broussailles et d’arbres, soutenues par des murs de pierres sèches. Ces pentes présentent au Nord même de Metzeral, un plateau arrondi qui domine Meyerhof et Metzeral. Vers l’ouest, jusqu’au ruisseau d’Altenhof  les pentes herbeuses plus douces bordent le terrain boisé de l’Eichwalde, situé sur la rive droite du vallon d’Altenhof.
A l’Est, le Braunkopf est puissamment flanqué par l’occupation de la cote 830, l’avancée du Sillacker sur la Fecht et du bois de l’Eichwald [entre Sillacker et Braunkopf], qui recouvre les pentes de cette cote 830 tombant vers le ravin d’Altenhof.
A l’Ouest, le bois noir et les organisations défensives de Muhlbach étayent la défense du Braunkopf et empêchent tout mouvement offensif direct vers la Fecht, ligne de retraite de nos défenseurs.
La 2ème compagnie sous les ordres du Commandant Hugues reste en réserve.
La résistance des Allemands  est plus tenace que l’on l’attendait.
Ce n’est que le 21 juin que la 47e Division arrive par la lisière nord  à 100 mètres de Metzeral La 66ème division doivent attaquer à 16h. Les compagnies du 3ème bataillon territorial positionnées aux tranchées d’Hollenrung doivent attaquer par la lisière ouest de l’Anlasswasen qui surplombe le village. A midi, le Commandant Hugues s’installe au poste de commandement sur la rive gauche de l’Hollerung. A 16 h, après une forte préparation par l’artillerie l’infanterie française, il débouche. Sa progression est extrêmement lente et contrariée par les barrages nourris de l’artillerie ennemie.
Nos reconnaissances de la ligne gauche de l’Hollenrung éprouvent immédiatement des pertes. Trois de nos mitrailleurs sont tués. Vers 19 h on apprend que de fait  des éléments du groupe Boussat sont arrivés à la lisière nord-est du bois d’Anass en laissant à leur gauche une partie de la position allemande.
Au prix de pertes importantes la ligne française s’établit sur les hauteurs dénudées dominant Metzeral à l’Est. Les villages de Metzeral et Sondernach appartiennent aux Français. »
(Site treziers.oc.free.fr : récit détaillé sur Abel FAURE à partir des JMO)

La bataille de Metzeral vue du 133e RI

« Dans le plan primitif, on ne devait tenter qu’une simple démonstration sur ce dernier point, l’attaque principale devant avoir lieu sur le Braunkopf et l’Eichwâlde. Au dernier moment on s’aperçut qu’on faciliterait singulièrement la conquête de ces deux positions, si l’on pouvait s’assurer la possession de la cote 830, qui, dominant un de ces sommets et flanquant l’autre, est comme la clef de toute la chaîne. Les préparatifs de l’attaque durent donc être poussés très rapidement. Pourtant le succès dépassa toutes les espérances et fit le plus grand honneur à celui qui l’avait préparé, le commandant Barberot.
La position ennemie, qui au milieu s’avançait en saillant dans nos lignes, comptait trois énormes lignes de tranchées, prolongées par d’épais murs en sacs à terre et défendues par trois flanquements de mitrailleuses ainsi que par des abris étayés avec des rails. Mais le commandant Barberot avait confiance et comptait sur son bataillon.
« Nous avons été placés au poste d’honneur, dit-il dans son ordre du jour précédant l’assaut. Nous allons attaquer au milieu de troupes d’élite : les chasseurs alpins. Je sais que vous avez confiance en moi, comme j’ai confiance en vous ; je sais que vous avez à maintes reprises déclaré que vous me suivriez partout où je vous conduirais. C’est le moment de tenir votre parole. C’est le moment de montrer aux chasseurs que nous les valons largement. C’est le moment de penser au pays et de marcher sans hésiter pour son indépendance et pour sa gloire. »
L’attaque devait d’abord se faire en coin, c’est-à-dire qu’on devait d’abord enlever le saillant ennemi, le dépasser, puis se rabattre à droite et à gauche sur les ailes, de façon à prendre les tranchées à revers.
La préparation d’artillerie commença à midi et fut prolongée jusqu’à 4 heures 30. A ce moment, le commandant Barberot monta debout sur la tranchée pour donner le signal impatiemment attendu.
« En avant ! » Les clairons sonnèrent la charge, les hommes de la première vague sortirent en poussant des cris et des rugissements et, bondissant à travers les trous d’obus et les éboulis, franchirent la 1ère, la 2e puis la 3e ligne avec une telle impétuosité que l’ennemi n’eut pas le temps d’organiser la défense. Toujours debout sur son parapet, sa canne levée, et calme comme à la manœuvre, le commandant Barberot donnait le signal du départ aux cinq autres vagues qui se succédaient à 50 mètres. Une fois les 5e et 6e vagues,
chargées du nettoyage des tranchées, arrivées, ce fut une lutte épique dans les boyaux, à coup de baïonnettes et de grenades.
Les mitrailleuses ennemies ne purent pas tirer. Les lance-bombes qui, placés plus en arrière, n’avaient pas été détruits par le feu de l’artillerie, envoyèrent quelques énormes torpilles de 100 kilogs qui explosaient, en soulevant une trombe de terre, ouvrant des brèches sanglantes dans nos rangs. Mais nos hommes, arrivant sur les minenwerfer, clouèrent avec leurs baïonnettes les servants sur leurs pièces. La position tout entière venait de tomber entre nos mains.
L’assaut n’avait duré que 15 minutes.
« Il y eut deux phases dans cette attaque, a écrit le capitaine Cornet-Auquier : une magistrale préparation d’artillerie qui, trois heures et demie durant, fit pleuvoir sur l’adversaire plus de 5.000 projectiles ; puis pendant les dernières rafales de nos canons, alors que nos 75 sifflaient, rasant presque les têtes, une charge épique de tout un bataillon en plusieurs vagues successives, une charge qui, nous l’avons su depuis, arracha des applaudissements à ceux qui, de leurs observatoires, assistaient à la scène. Imaginez-vous un volcan, des nuages de fumée, un vacarme assourdissant, au milieu duquel on perçoit, répété par un millier d’hommes, le cri déchargé : « En avant ! En avant ! » Un soleil d’or faisait scintiller les baïonnettes, puis ce fut la ruée sur l’ennemi, le cou tendu, la bouche comme contractée par un rire sauvage, et les cris de joie féroce en voyant la bête fuir.
A droite et à gauche, la résistance faiblit rapidement, et tout à coup 296 Allemands, dont 8 officiers, se constituèrent prisonniers.
Ils paraissaient tout heureux de se rendre. Ceux qui baragouinaient le français nous disaient : « Vous, bons camarades ! » A droite, deux compagnies allemandes avaient en effet tenté une contre-attaque, mais prises de front, à revers, de flanc, elles durent se rendre au complet. Nos officiers eurent beaucoup de peine à arrêter les troupes d’assaut qui voulaient continuer sur Metzeral. Mais l’ordre était arrivé d’aménager la position avant de pousser plus avant.
« Quel dommage, ça allait si bien ! » disaient les poilus. Nous avions pris des quantités de cartouches de mitrailleuses, de mortiers, de torpilles, de revolvers et de matériel de toute sorte. Tout le bataillon qui occupait la position était détruit, tout ce qui n’avait pas été tué avait été pris. Deux heures après, 5 lignes de tranchées étaient étayées, et un réseau de fil de fer et de grillage était déjà installé. On s’attendait à une contre-attaque des Allemands pendant la nuit, mais il n’en fut rien. Le coup avait été trop dur pour eux.

Dessin publié dans l’Historique du 133e RI, page 66 (site gallica.bnf.fr)

Dessin publié dans l’Historique du 133e RI, page 66 (site gallica.bnf.fr)

Les jours suivants, le bataillon resta à la cote 830, continuant à organiser la position. Opérant avec le 52e chasseurs, sous les ordres du lieutenant-colonel Baudrand, le 2e bataillon prit part pendant ce temps à l’attaque de Eichwâlde. Le 13, en même temps que le 1er bataillon marchait sur la cote 830, les chasseurs avaient tenté en vain d’en faire directement l’attaque. La position se trouvait légèrement débordée par les troupes du 1er bataillon, mais les Allemands s’y cramponnaient toujours. Il fut alors décidé de con-
tourner ce sommet pour le faire tomber. Progressivement, les 16 et 17 juin, on en continua l’encerclement par les bois de Sommerlitt et d’Altenhof. La menace de notre manœuvre finit par avoir raison de la ténacité de l’ennemi. Et le 18, au matin, la 8e compagnie put occuper l’Eichwâlde que les Boches venaient d’abandonner précipitamment. Le mouvement se poursuivit alors en direction de la Fecht, face à Metzeral, et des éléments du régiment prirent pied dans Altenhof et Steinabriick.
Après un jour de repos à Mittlach, le 2e bataillon vint de nouveau prendre position devant Metzeral. Placé à la lisière est de l’Anlass, il couvrait, contre Sondernach, le flanc droit de la 1ère brigade de chasseurs. Prévoyant la perte de Metzeral, les Boches l’incendièrent et ce fut au milieu des brasiers que se fit la poursuite. Le 22, à la tombée de la nuit, nos troupes, atteignant les abords immédiats de la Fecht, pénétrèrent par le Sud dans le village en flammes, donnant la main aux chasseurs qui arrivaient par le Nord. Et le 23, malgré la violence du feu des mitrailleuses de la rive droite de la Fecht, qui obligèrent tout le jour les 5e et 7e compagnies à se cramponner au terrain, une partie du bataillon parvint, à la tombée de la nuit, à s’emparer de Sondernach.
Le général de Maud’huy, commandant la VIIe armée, avait été tellement enthousiasmé par les exploits du 133e que, le 16 juin, il avait détaché sa propre croix de guerre, pour en décorer, sur le champ même de bataille, le commandant Barberot. Et il voua aux poilus du régiment une admiration dont il ne se départit jamais.
« Mes lions du 133e ! », disait-il toujours en parlant d’eux. Ce surnom devait leur rester.
Ces prouesses successives valurent d’ailleurs aux deux bataillons d’être cités à l’ordre de l’armée.

ORDRE GÉNÉRAL N° 32, DE LA VIIe ARMÉE, DU 9 JUILLET 1915.
Les 1er et 2e bataillons du 133e R. I. ont fait preuve d’une incomparable vaillance et d’une énergie au-dessus de tout éloge, en enlevant une position très solidement organisée, que l’ennemi considérait comme inexpugnable, d’après les déclarations mêmes des officiers prisonniers. Lui ont fait subir des pertes considérables et, malgré un bombardement des plus violents, n’ont cessé de progresser pendant plusieurs journées consécutives pour élargir leur conquête. Signé : DE MAUD’HUY.

Mais ces glorieuses journées nous avaient durement éprouvés. Elles avaient coûté la vie à 80 soldats, aux sous-lieutenants Clerc et Berthet, et au capitaine Cornier, frappé d’une balle perdue, alors qu’il donnait des ordres pour organiser la position conquise. En outre, 200 hommes se trouvaient hors de combat. » (Historique du 133e, p. 64-66)

« Après le 20e corps, c’est ce que j’ai vu de mieux. » (Joffre, à propos du 133e RI)

Le régiment des Lions. Histoire du 133e Régiment d’Infanterie pendant la Grande Guerre (site gallica.bnf.fr)

Le régiment des Lions. Histoire du 133e Régiment d’Infanterie pendant la Grande Guerre (site gallica.bnf.fr)

Le 11e bataillon de chasseurs  continue à lutter dans les Vosges et livre de sanglants combats (crête du Barrenkopf le 27 juillet, Le Linge à Hohrod le 5 août, Hartmannswillerkopf le 31 décembre).

Un mois s’est à peine écoulé qu’une autre bataille commence, celle du Linge (20 juillet 1915) appelée à devenir le tombeau de milliers de chasseurs alpins… (Voir notre page, en construction)
À partir de la fin de l’année 1915 les combats dans les Vosges perdent de leur intensité, mais le bilan est lourd ainsi qu’en témoignent les différents cimetières militaires qui parsèment les Vosges. » (site artois1418.skyrock.com)

La Nécropole Nationale de Metzeral, nécropole du « Chêne Millet »

Vallon de Sondernach

Vallon de Sondernach (site club-vosgien-colmar.fr)

Vallon de Sondernach (site club-vosgien-colmar.fr)

Historique

« Cette nécropole fut créée le 19 août 1920 et recueillit les corps des soldats français tués lors des furieux combats du front des Vosges et qui furent inhumés dans un premier temps, soit dans des petits cimetières communaux ou des cimetières militaires de campagne, ce qui explique le nombre impressionnant de soldats qui ont la mention « inconnu » car tous ces cimetières de campagnes furent labourés par l’artillerie durant les attaques et contre-attaques qui lui succédèrent.

Le tristement célèbre « Braunkopf » visible de Metzeral, porte encore aujourd’hui les séquelles de ces combats. » (Site old.geneamunster.fr)

Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet » 

Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet » (site metzeral.fr)

Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet » (site metzeral.fr)

D’une superficie de 14 300 m2, il contient 2 632 corps.
1 775 soldats français (essentiellement des chasseurs alpins) inhumés dans des tombes individuelles et 855 dans l’ossuaire, au sommet du cimetière ainsi que 2 soldats russes.
Ces soldats sont tombés au cours de la guerre de tranchées en Haute-Alsace (1914-1918) à savoir les combats de la vallée de la Fecht, du Braunkopf, de l’Hilsenfirst, du Sillacker, du Reichackerkopf… (Site artois1418.skyrock.com )

Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet » 

Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet » (Site artois1418.skyrock.com )

Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet » (Site artois1418.skyrock.com )

Sources et sites à consulter pour en savoir plus :

Site pages14-18

Livre intitulé « Metzeral 1915, Journal de guerre de Henri Martin. Editeur J. Do Bentzinger. 2004

Site google.com (sur le 22e BCA)

Site alpins.fr  (sur les bataillons de chasseurs alpins : historique, uniformes…)

Site treziers.oc.free.fr (récit détaillé sur Abel FAURE à partir des JMO : Opérations du 15 au 22 juin 1915 ayant amené à la prise de Metzeral)

Site didierbach.free.fr

site 1914-1918.invasionzone.com (Vallée de la Fecht )

site crdp-strasbourg.fr

site artois1418.skyrock.com 

site Delcampe.net

site gallica.bnf, Historique pages 14 à 20 ; Site gallica.bnf.fr, Historique du 133e RI, p. 64-66

site casimages.com

Site lacostelle.org

Site wikipedia, art. La bataille de Metzeral, juin 1915

site grande.guerre.pagesperso-orange.fr

site club-vosgien-colmar.fr

Site old.geneamunster.fr

site metzeral.fr (Nécropole Nationale de Metzeral, Nécropole du « Chêne Millet »)

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