Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Paul SOUDAN et le 23e RI en 1916 et 1917

Lire notre revue Vatusium n° 19, 2016 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 2e partie : 1916 à 1919, pages 9 à 13.

Cette page BONUS complète notre article « Un officier de Passy, Paul SOUDAN, blessé le 16 avril 1917… dans une diversion » publié dans Vatusium n ° 19, pages 30-31.

Le Passerand Paul SOUDAN, classe 1916, est sous-lieutenant au 23e RI à partir du 23 octobre 1915. Il part en campagne le 18 août 1916.

Le 23ème Régiment d’infanterie

En 1914, ses casernements ou lieux de regroupement sont Bourg-en-Bresse, Pontarlier, Salins. Il fait partie de la 82e brigade d’infanterie, 41e division d’infanterie, 7e corps d’armée. Constitution en 1914 : 3 bataillons. A la 41e division d’infanterie d’août 1914 à nov. 1918. (Site chtimiste.com)

Paul Soudan

Paul Soudan (Doc. Christiane Fivel)

Paul Soudan (Doc. Christiane Fivel)

Les combats menés par Paul Soudan du 18 août 1916 au  16 avril 1917

Le 23e RI participe en 1916 à la bataille de la Somme : bois de Hem, bois de Riez, Monacu, Bouchavesnes (juillet-sept) ; puis ce sera l’Argonne.

Voir notre page sur « Les soldats de Passy dans la Somme »

L’Historique du 23e RI publié en 1920 relate, pages 17 à 24, ce moment de la guerre (texte numérisé par André Bohly disponible sur le site horizon14-18.eu) :

LA BATAILLE DE LA SOMME (Juillet-septembre 1916)

« Dès la fin de 1915, désireux de porter à l’ennemi, au cours de l’année suivante, un coup qu’ils espéraient décisif, les Alliés avaient formé le projet de prononcer, dans le courant de 1916, une puissante offensive franco-britannique par les deux rives de la Somme, en direction générale de Cambrai. […]
Le 23 RI a tenu une place des plus honorables dans cette dure bataille de la Somme, si meurtrière et si pénible pour l’ennemi que le commandement allemand l’a considérée comme la pierre de touche permettant de reconnaître celles de ses unités qui étaient encore animées d’un véritable esprit combattif.
Au retour de l’ Hartmannswillerkopf, le Régiment fut mis un mois au repos dans la région de Saint-Dié. Il y reçut les renforts nécessaires, se réorganisa, puis reprit sa place en première ligne, successivement dans les secteurs de SaintJean-d’Ormont, de Launois et de la Forain où il mena, jusqu’au mois de juin, la dure vie de tranchées sous les bombardements quotidiens d’une artillerie toujours vigilante et fréquemment très active.

A partir du 10 juin 1916, il alla parfaire son instruction au camp de Saffais, d’où il fut embarqué le 24 juin à destination de la Somme ; le 21 juillet 1916, il était jeté dans la bataille [commencée le 1er juillet].

Carte de la bataille de la Somme 

Carte de la Somme (site france24.com)

Carte de la Somme (site france24.com)

a) Période du 21 au 25 juillet 1916

Dans la nuit du 21 au 22 juillet, la 82e brigade relève la 2e brigade de chasseurs, sur les positions conquises le 20, entre la Somme et la route de Maricourt à Péronne ; 23e à droite, entre la rivière même et la route CurluCléry [rive droite, au centre de la carte ci-dessous]. Un bataillon (3°) est mis en ligne face aux positions allemandes de la ferme Monacu et du bois Fromage ; les deux autres (1e et 2e) sont en réserve.

Maricourt, en bas à gauche

Maricourt, en bas à gauche (site chavasseferme.com)

Maricourt, en bas à gauche (site chavasseferme.com)


Dès l’arrivée, l’organisation de la position, l’étude de la ligne et des organisations adverses, la création des parallèles de départ sont entreprises. Ce travail de tous les instants se fait dans des conditions difficiles de ravitaillement et sous un bombardement de plus en plus violent. (Le renforcement de l’artillerie ennemie devient sensible à partir du 23 juillet)
En quatre jours, les pertes s’élèvent à 17 tués et 81 blessés. Malgré cela, l’ardeur est telle chez tous qu’en dehors du travail, le bataillon en ligne trouve le moyen de tenter de petites opérations fructueuses dont la plus typique est celle qui est exécutée 1e 25 juillet, à 13 heures, en pleine après- midi, sans préparation d’artillerie, par de fortes patrouilles des 11e, 10e et 9e compagnies, sous la direction d’officiers. L’une pousse jusqu’à la ferme de Monacu, l’autre jusqu’à la tranchée Albessard, où un coup de main bien dirigé a pour résultat la mise en fuite de toute la garnison et la capture de huit prisonniers.
Une telle préparation à l’attaque permettait les espoirs de succès les plus légitimes ; mais le soir du 25, le Régiment reçoit l’ordre de changer de secteur d’attaque. Il va occuper 1a position tenue plus au nord par les 12e et 52e bataillons de chasseurs.

b) Période du 26 juillet au 2 août 1916

Cette position qui faisait face aux défenses allemandes du bois de Hem est occupée par les 1e et 2e bataillons en première ligne, le 3e bataillon est maintenu en réserve de brigade.
La même tâche d’organisation et de préparation de l’attaque est reprise sous des bombardements de plus en plus violents (12 tués, 31 Blessés, du 26 au 30 juillet).

Hem et ferme Monacu

Hem et ferme Monacu (site michel.lalos.free.fr)

Hem et ferme Monacu (site michel.lalos.free.fr)

L’esprit offensif des 1e et 2e bataillons est le même que celui du 3e ; chaque nuit, des reconnaissances d’officiers sont poussées en avant de nos lignes : elles constatent la puissance des organisations adverses et ramènent quelques prisonniers.
Cependant la préparation de l’attaque se poursuit difficilement, en raison de la puissance de feu de l’artillerie ennemie et de l’impossibilité ou l’on se trouve de distinguer nettement et par suite, de battre efficacement les objectifs.
Aussi, l’attaque primitivement prévue pour 1e 26 juillet, doit-elle être remise jusqu’au 30 ; le 23e opérant droit devant lui, reçoit mission d’enlever la portion des trois positions ennemies successives qui lui font face.
Le terrain séparant la position de départ, de l’objectif final est très accidenté, il se compose essentiellement d’un ravin profond (ravin du Tortillard) orienté d’abord 0.-E., puis N.-O.-S.-E. Les pentes ouest de ce ravin, dont le bord se trouve à environ 200 mètres de nos positions de départ, sont très abruptes et faciles à défendre, les pentes est sont douces, régulières, offrant des champs de tir très profonds et permettant des feux étagés sur le flanc ouest du ravin. En définitive, l’ennemi dispose d’une position formidable, permettant des concentrations de feu, de puissants flanquements, une utilisation facile de la contre-pente. En outre, un brouillard très dense noie tout le ravin et les plateaux avoisinants, dissimulant les obstacles, les passages et les objectifs, transformant le combat en une véritable opération de nuit dans une zone bien repérée par l’ennemi.
A 5 h. 45, l’attaque débouche avec le plus bel élan sous un violent tir de barrage : 1er bataillon à droite, 2e, bataillon à gauche. A peine a-t-elle parcouru 200 mètres que les mitrailleuses crépitent de toutes parts. Malgré des pertes cruelles, la progression continue cependant. Mais, dans le ravin du Tortillard, les vagues d’assaut sont prises de front et de flanc par un terrible feu de mitrailleuses. Elles sont décimées, et les survivants doivent se terrer dans les trous d’obus où ils repoussent encore une contre-attaque allemande sortie d’une tranchée non détruite.
L’affaire s’est déroulée en moins d’une demi-heure et la situation est critique car toutes les liaisons sont rendues presque impossibles par le brouillard et le 2e bataillon, découvert sur sa gauche par l’échec des troupes voisines, se trouve dangereusement en flèche.

Le Bois de Hem, Monacu 

Le Bois de Hem, Monacu (site pages 14-18.mesdiscussions.net, sujet 2691)

Le Bois de Hem, Monacu (site pages 14-18.mesdiscussions.net, sujet 2691)

Le lieutenant-colonel commandant le Régiment renforce les deux bataillons de ligne chacun d’une compagnie du 3e bataillon ; à la faveur de ce renforcement, le 2e bataillon arrive à assurer tant bien que mal la sécurité de son flanc, tandis que le 1er bataillon (commandant Rotillet) pousse vers le bois de Hem d’audacieuses reconnaissances qui constatent l’intégrité de la position ennemie dans cette région. Dans ces conditions, il est devenu impossible de pousser plus avant sans une nouvelle préparation d’artillerie ; le commandant le reconnaît et donne l’ordre de s’organiser sur place.

Au cours de cette journée pénible et glorieuse, le régiment a réalisé une avance totale de 400 mètres ; mais il a perdu 519 hommes, dont 105 tués, et les forces physiques sont épuisées : il faut procéder à la relève ; celle-ci s’exécute dans la nuit du 2 au 3 août (1).

(1) A la suite du combat du 30 juillet, les 1er et 2e bataillons ont été cités à l’ordre du Corps d’armée, la 2e compagnie de mitrailleuses a été citée à l’ordre de la Division, avec les motifs suivants :
Ordre du C.A , n° 155 du 24 octobre 1916. Le 1e bataillon du 23e RI,
« Malgré un bombardement intense qui lui avait occasionné de grosses pertes, est sorti avec enthousiasme des parallèles de départ, et a mené l’attaque avec une telle vigueur, qu’en une demi-heure, il avait atteint ses objectifs ; arrêté par des feux violents de mitrailleuses, s’est organisé sur le terrain conquis en faisant preuve d’une ténacité remarquable. »

Ordre du C. A., n° 155 du 24 octobre 1916. Le 2e bataillon du 23 RI :
« Malgré un tir de barrage d’une violence inouïe, est sorti de des parallèles de départ avec un élan superbe et a mené l’action avec un entrain admirable. Arrêté par les feux croisés de nombreuses mitrailleuses qui lui occasionnaient de grosses pertes n’a pas cédé un pouce de terrain conquis. S’y est organisé, et s’y est maintenu en faisant preuve du plus grand esprit de sacrifice »

3e Ordre de la Division, n° 84 du 22 aout 1916. La 2e compagnie de mitrailleuses du 23 RI :
« Malgré un bombardement d’une violence inouïe, malgré les tirs de barrage des mitrailleuses ennemies, n’a pas hésité à se porter presque entièrement en ligne pour permettre au bataillon de se maintenir sur le terrain conquis ; a perdu tous ses officiers et la moitié de ses cadres. »      

c) Période du 20 août au 2 septembre 1916

A peine reformé, le Régiment est ramené à la bataille dans le secteur même où s’était déroulée la période précédente.
Placé d’abord en réserve de la 14 e division, il exécute, pendant quatre nuits consécutives (du 20 au 25 août), des travaux d’organisation que le feu de l’ennemi rend particulièrement difficiles et périlleux (8 tués et 58 blessés pour les quatre nuits de travail). Puis dans la nuit du 24 au 25 août, il relève le 42e RI sur la position : tranchée de Celles et tranchées des Crabes (2e et 3e bataillon), 3e bataillon en réserve au bois de Hem.
Malgré la fatigue causée par les travaux des nuits précédentes, le moral reste bon et l’ardeur des hommes toujours aussi élevé. Dès la première nuit, des reconnaissances sont entreprises : l’une d’elles peut constater que les tranchées adverses sont fortement occupées.
Le 26, la compagnie de droite du régiment appuie une attaque locale de ses voisins et s’établit 150 mètres en avant de sa position initiale.
Pendant les journées du 26 août au 1er septembre, les travaux de préparation d’attaque sont poussés activement dans des conditions particulièrement difficiles. Le bombardement des premières lignes et des réserves est continuel et cause de lourdes pertes : 66 tués et 25 blessés.

La pluie survenant, ensevelit littéralement les hommes dans la boue. Pluie et bombardement rendent (à titre de renseignement, sur plusieurs corvées de 10 à 15 hommes apportant les aliments, 3 ou 4 a peine arrivent aux compagnies), le ravitaillement très difficile, les hommes mangent froid et mal, ce ne sont plus que des loques couvertes de terre et de boue.

Voir notre page « Les soldats de Passy sous la pluie et dans la boue des tranchées »

Malgré cet état physique déplorable, ces conditions de vie miséreuses, l’effort est si admirable que chaque soir des patrouilles sortent des lignes. Elles font preuve d’un tel mordant, que chaque jour de nouveaux prisonniers sont ramenés dans nos lignes (un officier le 30, deux hommes le 3l et le 1er).

Au milieu de ces fatigues et de ces dangers, la préparation de l’attaque se poursuit : nos hommes connaissent le terrain qu’ils auront à franchir, les ordres sont donnés, les dispositions sont prises, mais l’attaque est reculée de jour en jour, si bien que, le 1er septembre, le régiment, harassé de fatigue, doit être relevé par des troupes fraîches, à la veille de cette attaque (elle aura lieu le 3) qu’il avait préparée dans le détail et que, par suite des circonstances et des conditions dans lesquelles il avait été placé, il n’avait pu mener à bien. C’est le cœur navré que tous laissent à d’autres, le soin de cueillir les fruits d’une victoire qu’ils avaient si chèrement préparée.

d) Période du 12 au 17 septembre 1916

Après un court repos en arrière d’Amiens, le 23e est dirigé le 11 septembre 1916, une troisième fois, sur le front.
Un bataillon est aussitôt plis à la disposition du général commandant la 41e division pour fournir des travailleurs. Le 12, deux autres bataillons sont placés en réserve de CA et poussés dans la région du bois de Hem. Le 15, ils sont mis à la disposition de la 14e division et vont remplacer deux bataillons du 44e régiment d’infanterie, fortement réprouvés, sur la croupe de l’Observatoire. Ils y restent toute la nuit du 15 au 16 et toute la journée du 16, sous un bombardement des plus violents qui cause des pertes sérieuses 5 tués et une cinquantaine de blessés.
Le 16 au soir, le Régiment est reporté à l’arrière ; il s’embarque, le 26 septembre à la gare de Saleux (Somme), à destination de Villers-Daucourt (Marne).

En résumé, la bataille de la Somme a constitué pour le régiment une dure épreuve qu’il a vaillamment traversée. Sans doute, les résultats matériels ont été peu importants (une vingtaine de prisonniers, un gain de 4 à 500 mètres de terrain et cela au prix de pertes très élevées), mais en revanche le Régiment a tenu sa place dans cette dure bataille avec un moral et une ténacité que les pires difficultés n’ont pas fait fléchir. Il n’a pas eu la « chance » et le succès au-devant duquel il allait avec foi n’a pas récompensé ses efforts, mais il a rempli sa tâche difficile avec une dignité et une valeur morale qui sont d’un bel exemple.

On se bornera à citer, à l’appui de cette assertion, les extraits suivants mentionnés dans le récit succinct des évènements :
« Lors de l’attaque du 30 juillet, alors que 20 officiers étaient tombés et que davantage de sous-officiers étaient mis hors de combat, presque sans chefs, les 1°’ et 2° bataillons ont continué à tenir contre toutes les contre-attaques ennemies. Sans chefs, ils ont toute la journée poussé des reconnaissances offensives, cherchant à trouver le point faible de l’ennemi pour reprendre l’attaque et arriver à l’objectif assigné. D’eux-mêmes enfin, ils ont établi la ligne et commencé aussitôt à repréparer une base de départ pour l’attaque prochaine. »

« D’autre part, en toutes circonstances, au milieu des plus durs bombardements malgré la boue, malgré les privations exténués, ils avaient si profondément ancré la volonté de vaincre, que chaque soir, une patrouille, une reconnaissance ramenait des prisonniers et rapportait les renseignements. Les troupes ordinaires ne sont pas dotées d’un tel moral. »

En définitive, le 23e a rempli totalement sur la Somme le rôle d’abnégation et de sacrifice qui lui avait été assigné. Ce rôle, difficile entre tous, il l’a soutenu en pleine conscience avec fierté et jusqu’au bout.

Le 23e RI en Argonne, septembre-décembre 1916

[…] Après la bataille de la Somme, le Régiment fut transporté dans la région de l’Argonne [au N.O. de Verdun] et occupa à deux reprises, avant la fin de l’année 1916, le secteur de la Harazée, secteur en général calme, mais fréquemment troublé cependant par une ardente lutte de torpilles.

Voir notre page sur « Les 300 jours de Verdun »

Carte en relief de l’Argonne, Verdun et de la Woëvre 

Carte en relief de l’Argonne, Verdun et de la Woëvre (site Gallica.bnf)

Carte en relief de l’Argonne, Verdun et de la Woëvre (site Gallica.bnf)

Verdun et la forêt d’Argonne

Verdun et la forêt d’Argonne (site vauquois.pagesperso-orange.fr)

Verdun et la forêt d’Argonne (site vauquois.pagesperso-orange.fr)

Forêt d’Argonne et La Harazée

Forêt d’Argonne et La Harazée (site chtimiste.com)

Forêt d’Argonne et La Harazée (site chtimiste.com)

En 1917, le 23e RI combat en  Champagne : Champ du Seigneur, Loivre, La Verrerie, Berméricourt (offensive d’avril).

Paul Soudan sera blessé le 16 avril 1917 en Champagne à Berméricourt au nord de Reims (Détails dans Vatusium 19, p. 31)

Loivre et Berméricourt, au nord de Reims à droite de la carte 

Loivre et Berméricourt, au nord de Reims à droite de la carte (Carte du Chemin des Dames tirée du Guide Michelin des champs de bataille, 1920, site historyweb.fr)

Loivre et Berméricourt, au nord de Reims à droite de la carte (Carte du Chemin des Dames tirée du Guide Michelin des champs de bataille, 1920, site historyweb.fr)

Les combats pour la prise de Loivre et de Berméricourt, 16 avril 1917
Ce combat sur le front rémois fait partie de l’offensive française au Chemin des Dames [entre Soissons et Reims] d’avril 1917. (Voir article dans Vatusium 19, p. 25 à 29)
L’offensive sur Loivre, situé au nord de Reims et à l’est de la ligne de front du Chemin des Dames, a été racontée par le Capitaine Julart du 23e RI. (Lire Vatusium 19, p. 30-31).
Le JMO du 23e R.I. relate cette journée heure par heure, p. 15 et 16 Combats du 16 avril 1917 à Berméricourt ; (Journal du 23e RI : Mémoire des hommes Journaux des unités 1914-1918) (Voir Vatusium 19, p. 31).

Suite de l’Historique du 23e RI (texte numérisé par André Bohly disponible sur le site horizon14-18.eu) :

LA CAMPAGNE DE 1917

a) L’offensive du printemps 1917

« A partir du 25 décembre 1916, il entama, par un froid très rigoureux, les marches qui devaient l’amener au camp de Mailly d’abord, puis dans la zone de la bataille préparée.
Le 28 janvier 1917, le Régiment cantonnait dans la région Chenay-Merfy-Trigny-Hermonville (à l’ouest de Reims) et le 30, il montait en secteur dans la région du Godat, afin de se familiariser avec le terrain sur lequel il aurait à combattre.
Le 19 février, il était relevé et venait s’établir en réserve dans les villages à demi ruinés qui entourent le massif de Saint-Thierry (Villers-Frarnqueux, Pouillon, Châlons-sur-Vesles). Dans ces cantonnements situés à moins de 4 kilomètres des lignes, en face d’un ennemi qui avait éventé nos préparatifs, le Régiment fut soumis à un bombardement presque continuel, occasionnant des pertes journalières ; la nuit, il effectuait de pénibles travaux de préparation offensive.

Cette situation se prolongea jusqu’au 27 mars, date à laquelle, le 23e vint jouir d’un repos relatif à Champfleury, (sud de Reims). Entre temps (17 mars) le lieutenant-colonel Sohier, nommé colonel, avait été remplacé, à la tête du Régiment, par le lieutenant-colonel Brindel.

Dans la soirée du 10 avril 1917, le Régiment quitte ses cantonnements de repos et marche à la bataille. Dans la nuit du 10 au 11, il cantonne dans la région Chenay-Chàlons sur-Vesle ; dans la nuit du 11 au 12, il vient prendre sa place de combat dans le secteur de Loivre [au nord de Reims], où il relève le 229e RI ; 2 bataillons sont en première ligne (1er bataillon à gauche (tranchée de Jemmapes) ; 2e bataillon à droite (tranchée de Fleurus). Le 3e bataillon est en réserve à Villers-Franqueux.

Front de l’Aisne en 1917

Front de l’Aisne en 1917 (site medailles1914-1918.fr)

Front de l’Aisne en 1917 (site medailles1914-1918.fr)

Loivre, Berméricourt, Brimont et le Champ du Seigneur

Loivre, Berméricourt, Brimont et le Champ du Seigneur (site sapigneul.superforum.fr)

Loivre, Berméricourt, Brimont et le Champ du Seigneur (site sapigneul.superforum.fr)

Dès le lendemain, 12 avril, notre préparation d’artillerie commence ; elle augmente d’intensité au cours des journées suivantes tandis que le Régiment pousse quotidiennement en avant des patrouilles et reconnaissances qui constatent la vigilance de l’adversaire et la grande densité d’occupation de ses premières lignes.

Offensives françaises du 16 au 19 avril 1917 

Offensives françaises du 16 au 19 avril 1917 (site simon-rikatcheff)

Offensives françaises du 16 au 19 avril 1917 (site simon-rikatcheff)

Le 16 avril, à 3 heures du matin, le 23e occupe ses emplacements de départ pour l’attaque ; ce mouvement s’exécute sous un bombardement assez vif, au cours duquel un obus frappe mortellement le commandant du 3 e bataillon (capitaine de Chatouville).
Le terrain sur lequel le 23e va se porter à l’attaque est constitué par une plaine légèrement ondulée hérissée des défenses que les deux adversaires y ont accumulées depuis que la guerre s’est stabilisée dans cette région, à l’automne 1914. Cette plaine est dominée par le massif de Brimont dont elle est séparée par le double obstacle du canal de l’Aisne (à peu près desséché) et de la voie ferrée de Reims à Laon.

Le canal de l’Aisne à la Marne. Photo prise du pont allant de Loivre à Berméricourt.

Le canal de l'Aisne à la Marne. Photo prise du pont allant de Loivre à Berméricourt.. Photo : V. Le Calvez, janvier 2007. (site vlecalvez.free.fr)

Le canal de l’Aisne à la Marne. Photo prise du pont allant de Loivre à Berméricourt.. Photo : V. Le Calvez, janvier 2007. (site vlecalvez.free.fr)

Face au 1er bataillon, les ruines du village de Loivre, la Verrerie et les hauteurs de Berméricourt constituent un ensemble défensif très puissant, que l’ennemi a soigneusement aménagé et qui prolonge vers le nord-ouest les formidables défenses du massif de Brimont, objectif final assigné au 2e bataillon.
L’attaque débouche à 6 heures : 1er et 2e bataillons en première ligne, 3e bataillon en réserve de brigade, savoir
1er bataillon : de la tranchée de Jemmapes ;
2e bataillon : de la tranchée de Fleurus ;
3e bataillon : de la tranchée des Voltigeurs

D’un seul élan et dépassant rapidement la zone du barrage d’artillerie ennemie, les 1er et 2e bataillons s’emparent de toute la première position allemande à l’ouest du canal et réduisent, en quelques instants, les puissantes défenses du « bastion de Luxembourg, que le 1er bataillon déborde par la gauche, et du « Grand-Bois », où des centres de résistance garnis de mitrailleuses ralentissent un instant la progression du 2e bataillon.
Le 3e bataillon, qui a débouché de la tranchée des Voltigeurs sous un tir de barrage meurtrier, suit le mouvement général.

A 7 h 10, le 1er bataillon a franchi le canal ; le 2e bataillon l’atteint à son tour, après avoir confié à quelques fractions de deuxième ligne le soin de nettoyer les quelques îlots de résistance où l’ennemi tient encore derrière lui.
A 7 h 35, toute la position du Luxembourg est conquise et nettoyée ; de nombreux prisonniers affluent au P. C. du Régiment.
A partir de 8 h. 30, la progression est reprise sur tout le front : à gauche, le 1er bataillon, en liaison avec la 14e D. I., marche vers la voie ferrée de Laon ; à droite, le 2e bataillon progresse vers la Verrerie de Loivre, avec mission d’atteindre également la voie ferrée. La lutte est dure, mais l’ennemi, déconcerté par la vigueur de notre attaque, cède sur tous les points.

A gauche, le 1er bataillon, s’empare à 8 h 50 d’un ouvrage fermé, situé au nord-est de la Verrerie ; il signale, à 10 heures, qu’il a atteint son objectif et fait plus de 400 prisonniers.

A droite, le 2e bataillon se heurte, après le passage du canal au boyau du « Blanc de Craie fortement tenu par des mitrailleuses, la 7e compagnie réduit brillamment cette résistance : 150 prisonniers (dont 5 officiers) tombent entre nos mains.
Il faut ensuite enlever la Verrerie puissamment organisée par l’adversaire : le 2e bataillon liquide la question en 25 minutes et fait encore prisonniers 150 Allemands (dont un officier supérieur) ; à 11 h. 40, il s’empare de la station de Loivre et s’installe à son tour le long de la voie ferrée.

Quant au 3e bataillon (en réserve de brigade) qui a continué à marcher en combattant dans les traces des bataillons de ligne, il atteint à 10 h 30 le Moulin du « Blanc de Craie « où il est remis à la disposition du Régiment.

A midi, le Régiment a atteint la totalité de ses premiers objectifs ; il a capturé au total 1.300 prisonniers (dont 30 officiers) et tout le matériel accumulé par l’ennemi pour s’opposer à notre avance dans ce secteur ; nos pertes s’élèvent à 52 tués (dont un officier) 39 disparus et 255 blessés dont 5 officiers. » [dont Paul Soudan].

J.M.O. du 23e RI p. 17, Du 16 (fin) au 19 avril 1917 (Soudan cité dans les blessés) :

JMO du 23e RI, 16 avril 1917

JMO du 23e RI, 16 avril 1917

Cette journée glorieuse qui permettait les plus beaux espoirs sera malheureusement sans lendemain, par suite de l’insuccès de nos troupes sur d’autres parties du front ; en ce qui concerne le Régiment, l’attaque du fort de Brimont, qui devait constituer pour lui le 2e acte de l’offensive, est remise sine die par le commandement.

Pendant les huit jours qui suivirent (du 17 au 24 avril) le Régiment, installé sur des positions sommairement organisées, privé de toute communication couverte vers l’arrière, supporta sans faiblir, dans le froid et dans la boue, le poids effroyable de la réaction d’un ennemi à demi battu, avide de réparer, par la brutalité de sa riposte, les pertes sanglantes qu’il venait d’éprouver. » (Historique du 23e RI)

« Le 16 avril 1917, Loivre est à pris dans la journée. A 10 heures, les troupes du 133e RI parviennent dans le cimetière ; « le 23e [RI] progressant vers la Verrerie de Loivre, la 9e Cie [du 133e] se lance dans le village », s’emparant d’un abri important (plus de 120 prisonniers), ce qui affaiblit considérablement les défenses allemandes. « Le capitaine fait sonner la charge, le village est pris d’assaut et est nettoyé tranche par tranche. La Sucrerie est visitée et nettoyée à son tour. » En début d’après-midi, les troupes des 23e et 133e RI dépassent le village, franchissent le canal mais sont bloquées au niveau de la voie ferrée qui sépare Loivre et Berméricourt par manque de soutien des autres unités (sources : JMO du 133e RI).

C’est l’un des seuls succès notables de l’offensive Nivelle, devenu immédiatement objet de propagande et célébré pendant plusieurs années. La prise de Loivre, « racontée à deux reprises dans L’Illustration et sur laquelle Charles Delvert revient longuement dans Quelques héros, est érigée en cas d’école militaire par le général Buat en 1922 », qui écrit Un incomparable fait d’armes. La prise de Loivre par le 3e bataillon du 133e (16 avril 1917). (Ph. Olivera dans N. Offenstadt (dir.), op. cit., page 309) Voir L’Illustration du 19 mai 1917  (site dictionnaireduchemindesdames)

Suite de l’Historique du 23e RI : « Dès le 17 avril, le bombardement allemand sur nos lignes prend une intensité croissante. Nos positions du talus de la voie ferrée, constamment en butte aux projectiles d’artillerie de tous calibres, sont, en outre, prises d’enfilade par des mitrailleuses que l’ennemi a réussi à placer au pont de Berméricourt, tandis que les arrières de la position sont systématiquement arrosés, de jour et de nuit, par un tir d’artillerie précis et continu qui rend excessivement pénibles les corvées de ravitaillement en matériaux et en vivres que le 3e bataillon doit assurer.

Et cependant, on se cramponne avec énergie au terrain conquis. Malgré les souffrances physiques, malgré les pertes journalières, l’organisation du terrain est poursuivie sans relâche ; les reconnaissances ennemies sont reçues à coups de fusil et de grenade ; sur tout le front tenu par le Régiment, l’ennemi ne peut reprendre un seul mètre du terrain qu’il a perdu.
Au contraire, le 20 avril, la 5e compagnie attaque avec un élan magnifique, en liaison avec le 133e, un petit bois triangulaire, situé entre la voie ferrée et le canal, que l’ennemi avait bondé de mitrailleuses extrêmement gênantes pour les défenseurs de nos positions avancées. Le bois est. conquis et 56 nouveaux prisonniers tombent entre nos mains ; le capitaine Perret, commandant la 2e compagnie de mitrailleuses, est tué au cours de cette opération.

Mais si le moral reste élevé, les forces physiques commencent à s’épuiser, en raison de la persistance de l’effort fourni et des conditions par trop défectueuses de l’installation et du ravitaillement (nombreux cas de pieds gelés). »

Voir notre page « Les soldats de Passy dans le froid des tranchées »

« Dans la nuit du 24 au 25 avril, le Régiment est relevé et vient occuper des cantonnements de repos au pied de la montagne de Reims.

Il n’y reste que quelques jours et, dès le 3 mai, après avoir reçu un renfort de 9 officiers et 630 hommes (classe 1917) nécessaires pour combler les vides creusés par la bataille d’avril, il est reporté en ligne, entre le canal de l’Aisne et Berméricourt, c’est-à-dire immédiatement à gauche de son précédent secteur de bataille.
Du 4 au 11, le Régiment est encore soumis à une dure épreuve : le terrain sur lequel il est venu remplacer, en fin de combat, des unités du 363e et du 229e est dépourvu de toute organisation défensive et l’artillerie ennemie y fait rage, ruinant nos travaux, ensevelissant des unités entières, battant avec obstination les communications vers l’arrière. Cependant l’ingrat labeur d’organisation est poursuivi pendant toute la période, avec une énergie inlassable et le 11 mai, quand il retourne au repos, le Régiment peut remettre à ses successeurs un secteur déjà nettement plus habitable.

Telle a été, au printemps de 1917, la part du 23e dans la grande offensive. On voit combien le Régiment a su s’y montrer digne de son passé : fougueux dans l’attaque, stoïque, endurant et tenace dans la défense. Ces belles qualités guerrières, une fois de plus affirmées, lui ont valu sa deuxième citation à l’ordre de l’Armée et la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre. Le texte de cette deuxième citation servira, sans commentaire, d’épilogue au récit des événements.

1er mai 1917, Ordre n 173. Le général commandant la Ve Armée, cite à l’ordre de l’Armée

LE 23e RÉGIMENT D’INFANTERIE
« Le 16 avril 1917, le 23e R. I., sous le commandement du lieutenant-colonel Brindel, enlève avec un entrain admirable une position puissamment fortifiée, puis, avec un esprit de manœuvre remarquable, franchit un canal sous un feu violent, enlève une partie du village fortement organisée et atteint, en peu de temps, sous un violent bombardement, tout l’objectif qui lui était assigné, capturant plus de 900 prisonniers, dont 30 officiers, 2 canons, 19 mitrailleuses, 7 minenwerfer et un matériel considérable. »

Le 17 avril 1917 (le lendemain de la blessure de Paul SOUDAN), 17 hommes abandonnent leur poste devant l’ennemi, ils se dispersent dans les bois avant l’attaque de la position du « téton ». 13 condamnations à morts sont prononcées (suivies de 12 grâces)

(Voir notre page « Les soldats de Passy témoins de mutineries », en construction)

b) Suite des combats du 23e RI
Champagne
(juin-sept) : La Dormoise, Tahure puis Verdun (oct.-nov.) : bois de la Chaume, cote 326, cote 344.

1918 Lorraine (janv.-avril) : Bauzemont, forêt de Parroy puis les Flandres : Locre, Mont Vidaigne (fin avril).
Marne (15-31 juillet) : Faverolles, Chouy, Billy-sur-Ourcq puis La Vesle, Oulchy-le-Château, Limé (24-25 juillet), L’Ailette (sept.) : Cuffies, Clamecy, Celles-sur-Aisne, tranchée du Hangar.

Flandres (oct.) : Poelcapelle, Most, Kuipendaarde, Waregem, château de Scheldekant, fort Kezel.

(Historique du 23e RI, Site chtimiste.com)   http://www.chtimiste.com/regiments/ligne1-50.htm#_20ème_Régiment_d’Infanterie_1

Sources et sites à consulter pour en savoir plus :

Site chtimiste.com, art. 20e RI   http://www.chtimiste.com/regiments/ligne1-50.htm#_20ème_Régiment_d’Infanterie_1
site chtimiste.com, art. 1915 Argonne http://chtimiste.com/batailles1418/1915argonne.htm

Historique du 23e RI disponible sur le site horizon14-18.eu : http://horizon14-18.eu/wa_files/historique_20du_2023RI.pdf

Carte de la Somme (site france24.com)  http://www.france24.com/fr/20160629-grande-guerre-francais-bataille-somme-participation-combats-britanniques-poilus-tommies

site chavasseferme.com http://www.chavasseferme.com/hardecourt-during-ww1.php

site michel.lalos.free.fr http://michel.lalos.free.fr/Ballon_memoire_14_18/1916/bonvoust_emile/bonvoust_emile.php

site pages 14-18.mesdiscussions.net, sujet 2691  http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/Sites-et-vestiges-de-la-Grande-Guerre/recherche-monument-sujet_2691_1.htm

Carte du Chemin des Dames tirée du Guide Michelin des champs de bataille, 1920, site historyweb.fr   http://historyweb.fr/offensive-du-chemin-des-dames/

Front de l’Aisne en 1917 : site medailles1914-1918.fr  http://www.medailles1914-1918.fr/france-aisne.html

site sapigneul.superforum.fr  http://sapigneul.superforum.fr/t188-le-monument-au-capitaine-malpas-du-170e-r-i-a-loivre-51

site vlecalvez.free.fr http://vlecalvez.free.fr/Loivre_sept1914/Loivre.html

site dictionnaireduchemindesdames, art. L comme Loivre  http://dictionnaireduchemindesdames.blogspot.fr/2008/09/l-comme-loivre.html

site simon-rikatcheff  http://simon-rikatcheff.over-blog.com/2015/01/l-offensive-nivelle-le-sacrifice.html

Le JMO du 23e R.I. http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/ead_ir_consult.php?&ref=SHDGR__GR_26_N_II

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