Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Des agents de liaison, des estafettes et des cyclistes passerands en 14-18

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre » 1ère partie : 1914 et 1915 ; et Vatusium n° 19, 2016 « Les Passerands dans la Grande Guerre » 2e partie : 1916 à 1919 (parution août 2016).

Cette page BONUS complète nos articles publiés dans Vatusium n° 18 et n° 19.

Communications et télécommunications pendant la Grande Guerre : voir aussi notre page « Des téléphonistes et télégraphistes passerands en 14-18  »

Comme tous les poilus, les soldats de Passy sont amenés à être agents de liaison. En général, ce sont des hommes choisis pour leurs qualités (autonomie, endurance etc…)
Plusieurs se sont illustrés dans ce rôle et ont reçu une citation :

FIVEL-DEMORET Alfred, classe 1904, classé services auxiliaires puis service armé le 24 décembre 1914, passé au 140e RI le 10 octobre 1915. Cité à l’ordre de la Brigade du 28 mars 1916 : « Au moment de l’attaque allemande du 18 mars (1916)  sur les positions tenues par le Régiment, s’est présenté comme volontaire pour aller, sous un tir de barrage extrêmement violent, porter au général Commandant la Brigade un renseignement important et urgent. »
THIERRIAZ Marcel
, classe 1917, 202e RI, blessé en mai 1918. Cité à l’ordre du 202e RI le 13 novembre 1918 : « Soldat brave et calme pendant la journée du 14 octobre 1918 [sans doute Neuvillette, près de Reims] dans un terrain battu par le feu des mitrailleuses et malgré un violent barrage d’obus de tous calibres, a assuré une liaison constante entre le Commandant de Compagnie et les chefs de section. » Croix de guerre.

Il faut différencier les estafettes des agents de liaison. Les agents de liaison existent aux niveaux compagnies et sections. Les estafettes sont à la disposition des Etats-Majors. (site pages14-18)

Un ordre à transmettre…

Un ordre à transmettre… (site crid1418.org)

Un ordre à transmettre… (site crid1418.org)

Les agents de liaison : les coureurs

« Les agents de liaison interarmes (chargés de la communication entre la troupe et l’artillerie par exemple) ou inter unités (d’une compagnie à une autre par exemple) n’étaient pas permanents et étaient nommés, comme le montrent de nombreux témoignages, dans l’instant, lorsque la situation l’exigeait. » (site Collectif de Recherche International et de Débat sur la Guerre de 1914-1918, crid1418.org)

Exemple : « (…) Il ne reste plus qu’un seul agent de liaison et l’on n’envoie jamais un coureur seul sous les obus. L’adjudant hésite…
A ce moment, nous voyons un homme traverser le ravin en courant, gravir la pente et bientôt il apparaît, couvert de sueur, essoufflé. C’est Aillod, de la 2ème. Il pousse ce soupir qui signifie :  » Sauvé ! « . Mais l’adjudant le nomme :
– Tu vas aller à la 9ème avec Julien.
– Alors, c’est toujours les mêmes ! répond-il faiblement, devant moi. Je remarque l’expression de son visage, où la terreur succède à la joie, et je rencontre son regard de chien qui attend les coups, d’homme qu’on désigne pour la mort. Ce regard me fait honte. Je crie, sans réfléchir, parce que c’est injuste, en effet : – J’y vais ! (Gabriel Chevallier, La Peur, 1930, extrait publié sur le Site dessins1418) :

« Cependant, certains officiers choisissaient de définir un ordre de roulement journalier ou hebdomadaire et dressaient pour cela une liste d’hommes choisis parmi leurs subordonnés. Connaissant par avance leur « tour », les hommes savaient immédiatement qui devait partir avec l’ordre à transmettre en poche, d’où, peut-être, l’impression de rôles permanents. Il existait par ailleurs des officiers d’état-major dont la fonction principale était de transmettre ordres et rapports entre les différents échelons de commandement, ou entre un service militaire et un organisme civil (l’agent de liaison du ministère de la Guerre au GQG, par exemple).
Citation : « Au bout de trois quarts d’heure, un sergent couvert de boue jusqu’au casque, dégringola du parapet et remit au colonel un papier froissé : le commandant du bataillon de gauche faisait savoir que l’attaque progressait lentement (…) de très rares agents de liaison arrivaient de l’avant, entre deux rafales, avec des renseignements pratiquement nuls ». (16 avril 1917, André Zeller, Dialogues avec un lieutenant, Paris, Plon, 1971, p. 117.) » (site  crid1418.org)

Autres indications sur les « coureurs » :
« Pendant la guerre de 14, l’homme de liaison non gradé s’appelait coureur.
Le coureur courait premièrement des dangers exceptionnels et pourtant je n’ai lu nulle part ni jamais entendu dire que des volontaires aient manqué pour remplir cette fonction. Le coureur de la guerre de 14 représente excellemment plusieurs traits du caractère français porté à un haut degré : on désire être tenu pour intelligent, être traité un peu exceptionnellement, hors de la discipline commune, participer dans une certaine mesure au secret du commandement. Moyennant quoi, on déploie toutes les ressources de son intelligence et parfois on se surpasse en bravoure. Dans le langage militaire de l’époque, les coureurs étaient des as du démerdage et des types gonflés à bloc.
… Pliés en deux, le buste parallèle au sol, ils couraient quelques pas, genoux pliés, et ils s’abattaient à terre et un peu plus tard ils se décollaient encore du sol et recommençaient. Ceux qui les regardaient sentaient leur propre visage se crisper en voyant les geysers de fumée, de terre et de débris jaillir autour de ces hommes qui s’éloignaient. Certains n’allèrent pas bien loin, on les vit tomber pour ne pas se relever… » (Extrait de « Verdun » de Georges Blond (1961) publié sur le site pages14-18)

Agents de liaison surpris par une fusée éclairante (à droite, c’est moi : je serre les fesses) – Navarin, Champagne, septembre 1915 

Surpris par une fusée éclairante (à droite, c'est moi : je serre les fesses) - Navarin, Champagne, septembre 1915 (Site dessins1418.fr)

Agents de liaison surpris par une fusée éclairante (à droite, c’est moi : je serre les fesses) – Navarin, Champagne, septembre 1915 (Site dessins1418.fr)

N’importe quel soldat, ou gradé, ne peut être  « agent de liaison  ». Jean J. du   119e R.I. en donne une bonne définition :

«  Il doit être l’âme de l’unité, bon camarade avec tous, officiers, sous-officiers, soldats.

– il doit avoir la confiance de ses chefs et de ses camarades.

– il doit être vigilant, savoir tout, avoir bonne mémoire, être de sang-froid, avoir de la gaieté et en plus de ces qualités…

– le sens de l’orientation et de l’observation, connaître les unités à droite et à gauche des sections en ligne, connaître approximativement la distance occupée par l’ennemi, le nombre de postes avancés….

– connaître l’emplacement des abris en cas de gros bombardements, les P.C. des Commandants de Bataillon et du colonel,

– retenir les consignes et les passer exactement à ses remplaçants éventuels,

– il ne doit pas trop compter sur la reconnaissance pour actions d’éclat. » (Pour en savoir plus : site dupuyblogspotcom)

Le site pages14-18 reproduit divers témoignages d’agents de liaison du 74e R.I. :

« Nous monterons en ligne ce soir. La moitié de la musique sera à la disposition du médecin-chef comme brancardiers. L’autre moitié, répartie entre le colonel et les deux commandants des bataillons en ligne, comme agents de liaison. C’est moi qui dois faire les listes : je me désigne comme brancardier. »

« Je suis à la liaison de la compagnie. […] Le bataillon avance toujours lentement, très lentement, avec des à-coups. Je viens de franchir l’ancienne barricade qui séparait jadis les positions françaises des positions ennemies. Un obus vient d’y tomber, au milieu d’une compagnie en y produisant un commencement de panique. Voici maintenant les anciennes positions allemandes. L’aspect du chemin devient encore plus sinistre. Dans la boue, sur des talus, partout des cadavres ont été projetés. Les uns courbés la face contre terre, les autres hideusement contorsionnés dans une pose grotesque ou tragique, avec un rictus épouvantable qui découvre les dents, et les yeux ouverts qui dévisagent les passants. Voilà ce qui s’appelle « mourir au champ d’honneur » !
Je marche sur des fusils cassés, des sacs éventrés, des brosses, des chemises, des paquets de pansements, des caisses, des torpilles qui n’ont pas éclaté, des casques, des capotes. Les sacs à terre déchirés, déchiquetés, émiettés, sont éparpillés sur le sol ; il y en a des milliers, de toutes les couleurs, en toile, en laine, mêlés à la boue, au sang, à des débris de chair, à des cadavres mutilés. Plus loin, un cadavre d’allemand tient debout, raidi contre le talus, sans blessure apparente. J’arrive, je donne mon pli au commandant qui a réussi, après de longues hésitations, à placer son bataillon sur les emplacements qu’il doit occuper. »

« On m’appelle : « Liaison ! » Il me faut partir au poste de secours du bataillon et lui dire de venir s’installer ici. Je pars. Je marche à tâtons dans l’obscurité. Soudain, j’entends un souffle d’obus qui grandit, grandit et se rapproche avec une vitesse folle. « Celui-là va tomber sur moi ». D’instinct, je courbe le dos. Un sifflement bref. Une détonation sourde. J’ai reçu un choc effroyable. C’est un éclair qui m’a environné, puis c’est le silence noir qui m’écrase. Je me mets à genoux et je continue en rampant. Je n’ai rien.
J’ai mis plus de deux heures à faire les trois kilomètres jusqu’au Portique. J’arrive au poste de secours. Je transmets l’ordre, et je reste là, à me remettre. »

« Au matin, il me faut retourner au P. C. de bataillon. Chaque obus me donne un frisson et je me blottis dans les tournants du boyau. J’ai une sueur froide, une peur nerveuse que je n’ai jamais éprouvée. Je resterais cloué sur place. Un gros obus éclate à 50 mètres. Je me mets à trembler et j’ai peur d’être tout seul dans ce boyau. »

« Je fais la liaison avec la 3e Cie sur la droite. Décidément, la mécanique nerveuse est cassée. Je tremble, je me cabre quand il me faut sortir. Je suis débraillé, dégoûtant, une barbe de huit jours et plein de vermine. Ma capote n’est qu’un torchon déchiré ; elle a l’air d’avoir été lacérée à coups de canif ; plus de boutons, les boutonnières sont arrachées. J’ai égaré mon sac avec toutes mes affaires. »

Et aussi, un petit extrait du JMO du 232e RI au 14 février 1915 :

« A citer la belle conduite du soldat Blet Jean de la 23e Cie, pendant le combat il part courageusement porter un ordre de son capitaine sur un parcours dangereux ou quatre de ses camarades, qui venaient de le tenter inutilement étaient tombés sous ses yeux, reçoit une première balle qui lui traverse le bras, continue néanmoins à courir et, lorsqu’une seconde l’atteint au flanc et le jette à terre, se relève et continue au pas jusqu’à ce qu’une troisième, lui brisant la cuisse l’arrête ».  Le soldat Blet meurt à l’hôpital de Nancy le 23 février 1915

Les estafettes cyclistes

Les unités engagées sont accompagnées de section de cyclistes pour assurer les liaisons et parfois des reconnaissances.
Un exemple de Passerand estafette à vélo : Pierre Perroud (cf. Vatusium n° 18, page 33 et notre page consacrée à ce soldat)

Un article paru dans « Lecture pour Tous » le 1er Juin 1915 rend hommage aux chasseurs cyclistes :
6e Groupe de Chasseurs Cyclistes

« Le soldat cycliste est un des héros que la guerre moderne a révélés. Agile, silencieux, rapide, courageux, passant partout, il est « l’estafette » par excellence que nos généraux utilisent dans les cas les plus difficiles. Mais, là ne se borne pas son rôle. Eclaireur sans pareil, il est à l’occasion un combattant redoutable. (…) Quand, il y a quelques mois, la classe 1915 fut appelée sous les drapeaux, le ministère de la Guerre prescrivit de la manière la plus formelle d’augmenter le nombre des compagnies cyclistes et d’incorporer dans les nouvelles unités « presque toutes les recrues sachant monter à bicyclette et ayant une taille de 1 m 62 à 1 m 68 ». La cavalerie, d’autre part, qui d’ordinaire recevait ces poids légers dans ses formations de chasseurs ou de hussards, ne recueillait rien du contingent de 1915. En un mot, le rôle dévolu d’habitude aux cavaliers était offert aux cyclistes. (…)  (Site dumoul.fr)

Voir l’intégralité de cet article très documenté sur le site dumoul.fr

Un motocycliste et deux cyclistes sont allés reconnaître une position ennemie 

Un motocycliste et deux cyclistes sont allés reconnaître une position ennemie (site dumoul.fr)

Un motocycliste et deux cyclistes sont allés reconnaître une position ennemie (site dumoul.fr)

Voir une autre illustration, « Des estafettes cyclistes du 13e BCAP de Chambéry photographiées dans les Vosges », sur notre page Pierre PERROUD.

Deux chasseurs estafettes cyclistes 

Deux chasseurs estafettes cyclistes (site alpins.fr, insignes de spécialité)

Deux chasseurs estafettes cyclistes (site alpins.fr, insignes de spécialité)

Le cycliste Paul Lauvel ou Louvel, a priori du 23 RI

Le cycliste Paul Lauvel, a priori du 23 RI (site gcc14-18)

Le cycliste Paul Lauvel, a priori du 23 RI (site gcc14-18)

Un chasseur alpin cycliste

Un chasseur alpin cycliste (site gcc14-18)

Un chasseur alpin cycliste (site gcc14-18)

Remise d’un ordre par un zouave à vélo 

Remise d’un ordre par un zouave à vélo (site cprama.com)

Remise d’un ordre par un zouave à vélo (site cprama.com)

Voir aussi le site pages14-18, page bicyclette liaison

Sources et sites pour en savoir plus :

site Collectif de Recherche International et de Débat sur la Guerre de 1914-1918 : crid1418.org

Site dessins1418

site pages14-18, page liaison-front : sujet 8161 ; sujet 7098

site dupuyblogspotcom 

Sur les estafettes cyclistes :

site dumoul.fr

site cprama.com

site pages14-18, page bicyclette liaison

site gcc14-18 

Voir nos autres pages sur
– Passy pendant la grande Guerre
en particulier
notre page consacrée au monument aux morts de Passy et Des téléphonistes et télégraphistes passerands en 14-18

– Passy de 1920 à nos jours.

Découvrez aussi, sur notre site, la richesse et la variété du patrimoine de Passy :
 Les ex-voto du temple romain de Passy
– Le château médiéval de Charousse à Passy
– Le retable de la Chapelle de Joux, à Passy
– L’étonnant « Cahier » d’Eugène Delale, école de Passy, 1882
–  La méthode Freinet à l’école de Passy, 1932-1952
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