Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Cristaux et cristalliers de la chaîne du Mont-Blanc

Lire notre revue Vatusium n° 6, p. 14 ; Vatusium n° 17, p. 61 « Recherche du cristal ».

« C’est une quête du Graal. Une chasse au trésor pendant laquelle on rêve tous de découvrir une fluorine rose », le cristal le plus convoité dans le massif, reconnaît le maire de Chamonix Éric Fournier, initié à cette passion par son père. […] » (site kairn “La chasse au trésor des cristalliers du Mont Blanc », par Cédric Larcher, article paru dans Le Progrès, 15 septembre 2013)

Fluorine rose de Chamonix

Fluorine rose de Chamonix

Les cristalliers au XVIIIe siècle

Claire-Eliane Engel raconte dans son ouvrage Le Mont-Blanc que la conquête du Mont-Blanc a été précédée par une autre aventure, les nombreuses courses effectuées par les cristalliers

« En 1760 et de nouveau en 1761, Saussure fait promettre une récompense au premier vainqueur du Mont-Blanc ; il offre même d’indemniser ceux qui échoueront. Son guide, Pierre Simond, avec qui il a dû causer pendant ses courses au Brévent et au Montenvers, exalté sans doute par l’éloquence de son jeune voyageur, fait deux expéditions, l’une du côté du Tacul au fond de la Mer de Glace, l’autre au glacier des Bossons ; il échoue tout de suite, se décourage et personne ne songe plus au Mont-Blanc.

C’était normal. Des siècles de terreur latente des montagnes paralysaient l’action. Le XVIIIe siècle connaissait mieux les glaciers qu’on ne l’a pensé, en particulier dans la région de Chamonix où ils descendent bas, bien plus bas même à cette époque que maintenant. […]

La Mer de Glace cachait les pentes de roches lisses au pied du Dru, du Moine, de la Tendiaz et des Egralets. Toute cette zone de moyenne altitude était bien explorée. Depuis cent ans,

l’exportation des cristaux formait un élément important du commerce de Genève : on sait quel rôle jouait le cristal de roche d’ans la bijouterie de ces temps. On l’incrustait dans les boutons, les tabatières, les gardes d’épées, les boucles de souliers et de jarretières. Il est bien probable que le quartz vendu à Genève venait de la chaîne du Mont-Blanc, beaucoup plus proche que celles du Valais  et de l’Oberland. Le métier cristallier était très répandu. Windham parle du Chemin des Cristalliers au Montenvers,  Saussure le suit jusqu’au glacier de Talèfre. Le Col des Cristaux fait communiquer ce glacier avec celui d’Argentière, où débouche, sur l’autre versant, le glacier des Améthystes ces noms sont modernes, mais peut-être sont-ils des échos d’une ancienne tradition locale. » (Le Mont-Blanc. Route classique et voies nouvelles, Coll. Montagne, éd. Victor Attinger, 1939, p. 22-23 chapitre III Tentatives)

Un beau spécimen (site kairn.com )

Un beau spécimen (site kairn.com )

« Dès 1643, Justel signalait à la Royal Society qu’un « certain capucin » avait accompagné un cristallier dans ses recherches. Les hommes qui exerçaient cette profession, tout comme les chasseurs de chamois, connaissaient la zone des glaces et ses dangers. Ceux qu’on signale à tout instant, dans les anciens récits, sont les crevasses, le froid et l’altitude. Des fentes de glace s’ouvrent tout d’un coup et engloutissent ceux qui les traversent, elles sont d’autant plus dangereuses que la neige les masque : ce sont des ponts de neige, Le froid, dès le coucher du soleil, devient très violent et, si par hasard, on n’est pas gelé on ne peut survivre au manque d’air. Une nuit passée très haut est fatalement mortelle. La réverbération du soleil sur les. neiges rend aveugle. Telles sont les craintes que l’on formule. Il y en a d’autres : l’appréhension vague de l’inconnu, de tout ce qui peut surgir en route. Le Mont-Blanc n’était pas sur le chemin des cristalliers il y avait trop peu de rochers. Tout y était donc ; à découvrir. Peut-être aussi de vieilles légendes locales paralysaient-elles les entreprises : un oiseau, au Col de Balme, est prophète de mort pour tous ceux qui entendent son cri. Y avait-il quelque chose d’analogue au Mont-Blanc, ou simplement la terreur ancienne des Montagnes Maudites ? Toujours est-il que, pendant des années, personne ne bougea. » (C.E. Engel, op. cit.)

On sait que William Windham et Richard Pococke (en 1741), puis Pierre Martel (en 1742) étaient venus à Chamonix pour « voir les cristaux » : « Les chercheurs de cristaux vont, dans le mois d’août, au bas de ces rochers et frappent sur le roc avec des pics. S’ils entendent résonner, comme s’il y a un creux, ils travaillent et ouvrent le roc : ils trouvent des cavernes pleines de cristallisations. Nous aurions souhaité d’y aller, mais la saison n’étoit pas encore assez avancée ; les neiges n’étoient pas encore assez fondues. » (Windham)

Un exemple : « Quartz fumés, aux arêtes tranchantes et aux faces transparentes, formés il y a 14 à 20 millions d’années dans le mouvement des plaques terrestres à l’origine de la naissance de la chaîne des Alpes. »

Quartz fumé du massif du Mont-Blanc à Chamonix

Quartz fumé du massif du Mont-Blanc à Chamonix

«  Les courriers des Intendants du Faucigny, de 1752 à 1792, contiennent de nombreux écrits relatifs à l’activité des cristalliers du massif. Ils témoignent des demandes pressantes de cristal par Nicolis de Robilant, via les officiels du gouvernement sarde ; Joseph Paccard fait office de correspondant dans la vallée. Les récoltes sont maigres et les spécimens « petits ».

Le 30 juillet 1753, Paccard peut annoncer une bonne nouvelle : «  Je dois avoir l’honneur de vous informer…qu’un particulier de la passe de Chamonix et un autre de Vallorcine ont fait une découverte de beaux cristaux ; un grand four * a été découvert par Balthazard Simond et Pierre Bozon, dans une zone située derrière le lieu de Chamonix…sur la sommité  d’une montagne (à La Charpoua)  ». » (Éric Asselborn, Club de minéralogie de Chamonix )

Coupe type d’un four à cristaux, d’après Bull. Club Minéralogie Chamonix 1970 remanié (site saga-geol.asso)

Coupe type d’un four à cristaux, d’après Bull. Club Minéralogie Chamonix 1970 remanié (site saga-geol.asso)

* « Les géodes tapissées de cristaux sont appelés localement des fours. Ces cavités naturelles, situées dans des filons de quartz ou à proximité, sont en général étroites et assez profondes. Il faut être alpiniste pour y accéder et leurs dimensions rendent la récolte des cristaux très difficile (un four de grande taille peut atteindre 5 à 6 mètres de long pour seulement quelques décimètres de large et de haut).
Il existe deux types de fours, correspondant aux deux minéraux dominants :
– le quartz, en cristaux trapus et très purs ;
– la fluorite, toujours en cristaux octaédriques et le plus souvent de couleur rose. » (site saga-geol.asso : Minéralogie en vallée de Chamonix-Mont-Blanc)

Améthyste (source : desencyclopedie.wikia)

Améthyste (source : desencyclopedie.wikia)

« Michel Paccard [1733-1812] et François [1737-1819], qui sont parmi les premiers guides de l’histoire, contrebandiers et jacobins, inventent le commerce naturaliste. Michel livre au roi de France ses plus beaux cristaux et un bouquetin vivant… » (Éric Asselborn, Club de minéralogie de Chamonix)

H.-B. de Saussure avait évoqué dans ses Voyages dans les Alpes l’activité, ô combien dangereuse, des cristalliers de la région de Chamonix.

Lire Vatusium n° 17, p. 61, « Recherche du cristal » (tome II, 1786, chap. 24, § 736, p. 147).

Saussure ajoute en note : « Les auteurs dramatiques qui semblent avoir épuisé tous les détails et tous les incidents de la vie champêtre des palines, ne pourraient-ils pas venir puiser dans nos Alpes quelques scènes nouvelles. Ne serait-ce pas un sujet intéressant qu’un Crystallier, c’est le nom qu’on donne à ceux qui gagnent leur vie à la recherche du cristal, qui aimant une fille dont il serait aimé, et ne pouvant pas l’obtenir à cause de sa pauvreté, irait exposer sa vie, en essayant de parvenir à une mine de cristal située dans un endroit extrêmement dangereux. Sa maîtresse inquiète pourrait même aller ensuite le chercher ; la peinture de ces singuliers déserts enrichirait les décorations théâtrales, d’un genre absolument nouveau ; tout comme ces sites sauvages, celui des rochers qui s’écroulent, celui des avalanches de neige et de glace, des orages et des échos si majestueux dans ces hautes montagnes, pourraient inspirer à un grand musicien des idées nouvelles et sublimes. »

1780-1820 : la frénésie

« La demande naturaliste est très forte : les Chamoniards font face à la demande ; les hommes laissent les travaux des champs aux femmes, les enfants et les pauvres courent les moraines, les guides naturalistes cristalliers s’aventurent dans le massif. » Le cristal-souvenir devient la norme. » (Source : Éric Asselborn, Club de minéralogie de Chamonix )

La recherche du cristal aujourd’hui

La recherche du cristal aujourd’hui (Source crystalmontblanc 2012)

La recherche du cristal aujourd’hui (Source crystalmontblanc 2012)

« En 2009, la mairie de Chamonix  « décidait de prendre un arrêté afin que les cristalliers réservent la primeur de leurs trouvailles au musée de la commune. Elle rappelait à l’occasion l’interdiction du recours à l’hélicoptère et à l’explosif dans le massif du Mont-Blanc, site classé, d’où émergent régulièrement de nouveaux cristaux avec la fonte des glaciers.» (site kairn “La chasse au trésor des cristalliers du Mont Blanc », par Cedric Larcher,  article paru dans Le Progrès, 15 septembre 2013)

Cristal de quartz fumé biterminé, massif du Mont-Blanc (photos M. Petetin ; site du Club de minéralogie de Chamonix, « Cristaux in situ »).

Cristal de quartz fumé biterminé, massif du Mont-Blanc (photos M. Petetin ; site du Club de minéralogie de Chamonix, « Cristaux in situ »).

« Un gwindel est un cristal ayant une cristallisation bien particulière, le cristal « tourne », il est vrillé, peu de localités dans le monde produisent ce type de cristallisation […]. Les gwindels ont été notamment décrits par Weiss en 1836 à partir de spécimens du St-Gothard en Suisse. » (blog Les minéraux)

Gwindel de Chamonix dans le massif du Mont-Blanc (blog Les minéraux)

Gwindel de Chamonix dans le massif du Mont-Blanc (blog Les minéraux)

Voir aussi nos pages

Saussure trouve l’explication des plissements alpins (courbures de la roche, plissements alpins)

Plissement alpin près du torrent de Reninge à Passy

– Blocs erratiques en granit à Passy

Le travail des graniteurs raconté par les élèves de M. Dunand en 1932

Autres pages de notre site sur l’histoire géologique de Passy.

Pour en savoir plus sur les cristaux, voir les sites suivants
Musée des cristaux de Chamonix  

– Club de minéralogie de Chamonix « Une courte histoire des cristalliers du Massif » par Éric Asselborn :

– mineral-hub Minéraux, cristaux et cristalliers dans le massif du Mont-Blanc (Chamonix)

site Mineral Masterpiece
blog Les minéraux
site crystalmontblanc

– site kairn “La chasse au trésor des cristalliers du Mont Blanc » par Cedric Larcher 

les cristaux du Mont-Blanc, vie d’un cristallier

– site saga-geol.asso : Minéralogie en vallée de Chamonix-Mont-Blanc

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