Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Le courage d’Alexandre Crottet

Extraits de notre revue Vatusium n° 15, p. 40 à 43 :

Un trait de courage en 1852 : Alexandre CROTTET sauve neuf personnes de la noyade pendant une crue de l’Arve

A la demande de l’Intendant du Faucigny, le Syndic de Passy rassemble six témoignages dont les archives de la commune gardent la relation (dossier des années 1851- 1856, p. 163 à 168).

Voici, empruntées à ces différents textes, les passages qui permettent de reconstituer le déroulement des faits :

 Le 17 septembre 1852, à quatre heures du matin, neuf personnes se retrouvent dans une situation dramatique : elles avaient passé la nuit dans la grange Vallet, sur une île de l’Arve, et furent entourées par les flots ; elles vont le rester pendant 12 heures :

(…) « J’arrivais au bord de l’eau, lorsque je vis de l’autre côté entre deux courants neuf personnes qui depuis douze heures attendaient le dévouement de quelqu’un pour les arracher à la mort. (…) « Le danger était très grand. Moi qui me pique d’être un bon nageur, je n’eusse pas osé affronter le courant. » (Jean Joseph David)

Un Passerand, Alexandre Crottet, décide d’aller sauver ces personnes qui, depuis douze heures, « risquaient d’être emportées d’un moment à l’autre », selon l’expression de Miotton Joseph Alexandre : il demande à Joseph Charlet, son sellier, d’aller chercher son cheval. (…) La femme de Crottet et les autres personnes présentes le supplient de ne pas tenter cette folie : Crottet « malgré que sa femme pleurait et que tout le monde le retenait a voulu absolument se jeter dans l’eau. (…). A ceux qui lui disaient de ne pas s’exposer, il répondit : « Tant pis si je péris, je ne veux pas laisser périr ces gens sans essayer de les sauver. » (Guy François, Charlet Joseph)
« En effet, il monte à cheval, malgré les instantes supplications de tous les assistants qui s’opposaient à ce qu’il mit sa vie en danger, s’élance au milieu des eaux et parvient jusques au lieu où ces personnes attendaient le dévouement de quelqu’homme courageux, ou d’être emportées par les eaux. » (Vianney Pierre, prêtre vicaire)

Crottet sauve des Passerands à l’aide de son cheval (Dessin de Blandine Poulain, Vatusium n° 15, p. 42))

Crottet essaie d’abord de sauver un « jeune homme », Jean Grosset, mais cette première traversée tourne mal : A la première traversée, « il saisit un nommé Jean Grosset, le fait monter à cheval et essaye de traverser le courant. Pendant son trajet, Grosset », « qui était en croupe avec lui », « tremblant de crainte, fut pris d’un vertige », « pris probablement d’un étourdissement ne pouvait se soutenir » et menaçait de tomber de cheval et d’entraîner Crottet et l’animal lui-même » « en se débattant au milieu du gouffre ». « Je les vis longtemps faire des efforts. ». « Mais le Sr Crottet fit faire un tour en arrière au cheval » et  « s’armant de courage » « stimula et » « sut si bien diriger son cheval et choisir le courant de l’eau qu’il ramena à terre » « par un grand bonheur » « ce jeune homme » « à l’étonnement et aux cris de joie de ceux qui les avaient vus prêts de s’engloutir. »  (Vianney Pierre, prêtre vicaire, Miotton Joseph Alexandre, Jean Joseph David et Charlet Joseph)

Une des pages des archives municipales de Passy relatant l’événement

Crottet décide malgré tout de poursuivre le sauvetage : « Aussitôt après, malgré que tous les spectateurs le dissuadassent de faire une seconde traversée », « il s’obstina à se remettre à l’eau pour sauver les autres qui étaient là privés de tout depuis douze heures, en proie à des angoisses mortelles ». « Il s’élança de nouveau dans les flots », « affronta plusieurs fois le danger », fit « plusieurs traversées avec beaucoup de peine »  (Vianney Pierre, prêtre vicaire, Charlet Joseph, Miotton, Joseph Alexandre et Guy François)

Le vicaire, devant son obstination, met tout le monde en prière. (…) Ainsi les neuf personnes furent sauvées : « Après plusieurs traversées, il ramena à terre neuf personnes qui sont le nommé Grosset, Feige François, Pin Pierre Marie, les deux fils de Mathieu Dévouassoux, Fontaine Alexandre, sa sœur et sa domestique, Fivel Marie. » (Jean Joseph David)

L’Intendant du Faucigny transmet ces témoignages au Ministère de l’intérieur, mais ce dernier demande des précisions. (…) Le Syndic de Passy, M. Daigne, organise donc une délibération la veille de Noël, le 24 décembre 1852 (conservée aux Archives municipales de Passy, 1851- 1856, p. 183) : (…) Le Conseil Délégué, (…) Après avoir pris la vue des lieux où s’est accomplie la noble et courageuse conduite du Sr Crottet, et consulté les personnes qui en ont été témoins, s’est convaincu que la largeur du courant était de trente mètres, sur une profondeur très approximative de deux mètres * (puisque le cheval sur lequel était monté Crottet, nageait sur presque toute l’étendue de l’espace) et que la vitesse calculée devait être au moins de quatre vingt cinq mètres par minute.

Le Conseil ajoute que le courage du Sr Crottet était d’autant plus remarquable que l’Arve

charriait à profusion des pièces de bois fort volumineuses qui se jetaient çà et là avec impétuosité, et augmentaient à chaque instant le grave danger qu’il y avait à traverser un courant si furieux.

La vallée toute entière et les communes voisines ont applaudi à ce trait de courage et de philanthropie ; et le conseil délégué s’associe de grand cœur par reconnaissance et par devoir aux désirs de toute la population de la commune, et surtout des personnes sauvées, pour que Mr Crottet soit récompensé suivant son mérite : bien persuadée qu’est d’ailleurs l’administration de Passy que la récompense d’une action semblable est un germe fécond pour susciter et multiplier les traits de courage et de dévouement. (…)

* Un mètre et demi à la suppression, renvoi approuvé.

Signé Daigne, M. Freppaz, Poncey, le secrétaire Descombes.

On ne sait si le « sieur Crottet » a reçu de Sa Majesté le roi de Piémont-Sardaigne une quelconque récompense ni quel en aurait été le montant. (…)

Pour en savoir plus, voir dans Vatusium n° 15, pages 40 à 43, le texte complet.

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