Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Saint-Pierre de Passy, une église baroque atypique ?

Article d’Yves Borrel, Guide du Patrimoine des Pays de Savoie (extrait, pages 10 et 11)

Chaire de St-Pierre, Vatusium n°3, p. 18

(…) Les églises successives

 L’église romane de l’an mil

 Sur cet édifice, déjà mentionné dans l’acte de donation de 1012, nous ne possédons que peu de renseignements. Nous supposons que le clocher à bandes lombardes – caractéristiques de l’art roman – encore visible sur le tableau peint par le Passerand François Tissot en 1866, aurait été conservé lors des reconstructions successives du vaisseau au XVe siècle puis à la fin du XVII e  siècle.

 L’église de 1486

 Une église avait été rebâtie à neuf et consacrée le 11 mai 1486 par Mgr François de Savoie. Le chœur de l’église actuelle pourrait en être un reste. Selon l’Abbé Duval, « sa largeur plus restreinte qui a nécessité un raccordement plus ou moins d’équerre avec le reste de l’édifice, des murs plus épais, des fenêtres plus basses et plus petites, une technique différente pour la voûte avec des lattis en berceau enduits de plâtre, tout laisse à penser qu’il s’agit d’un reste de construction plus ancienne. »

 L’église baroque consacrée en 1701

 Pendant un siècle, de 1680 (Sallanches) à 1781 (Cordon), la vague de construction paroissiale passionne tour à tour chaque communauté rurale du Haut-Faucigny. L’église médiévale qui souvent menace ruine, est selon le cas profondément modifiée, voire rasée pour laisser la place à un nouvel édifice. A Passy, comme dans toutes les autres paroisses de montagne, ce chantier concrétise la rencontre entre trois acteurs :

– le clergé qui veille à l’application des résolutions du Concile de Trente ; celles-ci réaffirment le triomphe de l’Eglise catholique sur la Réforme protestante. Le style baroque contribue à leur rayonnement, à travers l’art populaire savoyard ;

– les artisans et artistes itinérants (maîtres-maçons, sculpteurs, peintres), souvent piémontais, qui proposent leur savoir-faire d’un chantier à l’autre ;

– les communiers (ou paroissiens) qui sont les véritables commanditaires du projet ; ils le financent grâce à leur relative aisance due à l’exploitation des alpages et à l’émigration saisonnière qui leur procurent toutes deux des rentrées d’argent.

L’accord entre la communauté et chaque professionnel est consigné dans un prix-fait, sorte de convention (devis) qui précise parfois de manière très détaillée les matériaux à employer, qui doit les fournir, la durée des travaux et leur coût global, les avantages en nature apportés à l’artisan ou à l’artiste.

Nous n’avons malheureusement pas retrouvé à ce jour de tels documents pour Passy. Aussi n’avons-nous de précision ni sur la conduite du chantier ni sur le nom des différents acteurs.

L’église de Passy peinte en 1866 par le peintre passerand François Tissot (Vatusium n° 3, p. 9)

L’implantation et l’aspect extérieur de l’église

 L’église est reconstruite à la fin du XVIIe  siècle, sur l’emplacement des deux précédentes, malgré les inconvénients de l’instabilité du terrain.

Ce site présente, en effet, deux avantages préconisés par les directives post-tridentines, sa situation centrale par rapport aux différents hameaux et sa position surélevée, à l’écart de tout village important, ce qui permettra aux fidèles de bien distinguer ce lieu sacré dans le paysage, entre autres depuis la route provinciale Genève-Chamonix qui emprunte alors le piémont du coteau.

L’orientation du bâtiment (chevet à l’est – portail à l’ouest) est ici respectée.

L’aspect général extérieur se caractérise par sa simplicité qui suggère néanmoins une sensation de puissance. Les murs de pierre ou de galets de torrent sont simplement recouverts d’un enduit à base de gypse cuit au four et mélangé à du sable de rivière.

 Le clocher roman primitif enchâssé dans la nouvelle façade contribue à donner son caractère massif à l’ensemble architectural qui ne révèle rien de la décoration baroque de l’intérieur.

  Ici, aucun portail monumental avec son fronton interrompu ne marque le passage du monde profane au monde sacré. A-t-on considéré que dans ce cas particulier le porche du clocher, long de quelques mètres, jouait ce rôle de transition tout en servant aussi d’entrée abritée ?

Par contre, les deux portes latérales aux modestes encadrements en calcaire du pays ont été percées à cette époque-là. (…)

 Pour en savoir plus, voir la suite de l’article d’Yves Borrel et ses nombreux documents iconographiques dans le numéro 3 de notre revue « VATUSIUM », pages 9 à 28.

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