Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Distribution des prix : Discours prononcé en septembre 1874

Le discours reproduit ci-dessous a été prononcé en 1874 dans notre arrondissement de Bonneville, peut-être dans le canton de St-Gervais, mais pas à Passy, qui n’a jamais eu d’école congréganiste ; ce texte a de singulières résonances avec notre époque.

Distribution des prix dans une école de filles en 1838 : institution de Mme Bailly, prix de dictée (source Internet)

Distribution des prix dans une école de filles en 1838 : institution de Mme Bailly, prix de dictée (source Internet)

Il s’adresse à des jeunes filles, qui vont recevoir un Livret de caisse d’épargne, et les pousse à avoir plus d’ambition : se présenter au concours cantonal, passer le diplôme d’études primaires et se présenter au Brevet d’institutrice ; le « plafond de verre » existait déjà, semble-t-il… !
Il s’adresse également aux mères de famille et insiste sur l’importance du « travail à la maison » : il faut surveiller l’apprentissage des « leçons ». Et il n’y avait pas, en 1874, d’ordinateur, SMS, MSN et autres Smartphones pour distraire les jeunes, filles ou garçons, de leur travail personnel, si indispensable !
On peut remarquer au passage l’hommage rendu aux « excellentes sœurs », ces religieuses institutrices « si laborieuses et si dévouées » qui ont assuré les progrès des jeunes filles.
Ce discours et cette distribution des prix ont lieu en septembre et clôturent l’année scolaire ; après la cérémonie, les jeunes filles seront en  vacances du lundi 14 septembre au mardi 3 novembre.

Maîtresse d’école (source Internet)

Maîtresse d’école (source Internet)

Discours prononcé à une distribution de prix en septembre 1874

L’allocution suivante prononcée à la distribution des prix d’une école importante de l’arrondissement de Bonneville, renferme des conseils sur lesquels nous appelons 1’attention des instituteurs et des institutrices.

Mesdemoiselles,

« Vous recevrez dans un instant les couronnes que vous avez si bien méritées par votre conduite, votre travail et vos progrès.

« Je voudrais voir figurer, parmi ces couronnes, celles du concours cantonal.

« Il est regrettable qu’une défiance exagérée de vous-mêmes vous ait empêchées de prendre part à ce concours. C’est d’autant plus regrettable, que plusieurs d’ entre vous – j’ai été à même de le constater tout récemment – auraient pu subir les épreuves avec succès, grâce l’excellente instruction que vous ont donnée vos chères maîtresses, si laborieuses et si dévouées.

« Les prix consistent en des livrets de caisse d’épargne. Ces récompenses sont parfaitement choisies pour vous inspirer l’amour de l’économie. Il est certain que les jeunes filles qui obtiennent un livret, sont forcées en quelque sorte d’y faire inscrire de nouvelles sommes en faisant de nouveaux versements. Elles prennent ainsi l’habitude de se créer quelques revenus dès leur entrée dans la vie.

« Venez donc, au mois de mai prochain, au concours de l’hôtel-de-ville.

« Faites-vous honneur à vous-mêmes ; faites honneur à vos familles et à vos maîtresses ; faites honneur au canton, qui n’était pas suffisamment représenté.

« J’appelle votre attention sur un autre point.

Je veux parler du diplôme d’études primaires, dont vous ne vous préoccupez pas assez.

« Ce diplôme est le couronnement des études primaires, comme le baccalauréat est le couronnement des études secondaires.

« C’est la preuve que les études primaires ont été sérieuses.

« Dans les villes d’industrie et de commerce, on donne les emplois de préférence aux jeunes filles munies de ce diplôme.

« Elles ont été laborieuses à l’école : on sait qu’elles le seront dans le commerce.

« Dans beaucoup de villes du nord-est notamment, on va plus loin les parents exigent que leurs jeunes filles se présentent aux examens du brevet d’institutrice à la sortie de l’école ou du pensionnat.

« Il s’agit alors d’un but à atteindre, et les jeunes filles travaillent sérieusement ; elles sont toujours en haleine jusqu’à la sortie de l’école.

« La jeune fille, au contraire, qui n’a aucun but à atteindre, court le risque d’être quelque peu nonchalante en terminant ses études.

« Je vous dis la vérité avec franchise ; ne m’en sachez pas mauvais gré.

« Quelque riche que vous soyez, d’ailleurs, un revers de fortune peut vous atteindre : le brevet est une corde à votre arc.

« Vos bonnes mères se feront un devoir, je l’espère, de vous engager à travailler pour le diplôme d’études primaires ou même pour le brevet d’institutrice, et vous verrez avec quelle ardeur vous vous mettrez au travail pour réussir.

« Nos excellentes sœurs, si capables et si dévouées, favoriseront de leur pouvoir ces vues si fécondes pour votre instruction.

« Mères de famille,

« Quelques mots à votre adresse, pour terminer.

« Je connais une petite fille qui ne veut point partir pour l’école quand elle ne sait pas ses leçons, et qui force sa maman  – occupée ou non – à les lui faire apprendre avant son départ.

« Si plusieurs de vos jeunes filles sont moins zélées, ne craignez pas de les forcer vous-mêmes à étudier à la maison.

« Au collège, il y a étude matin et soir, et un maître répétiteur est chargé de faire réciter les leçons avant l’entrée en classe.

« A l’école primaire, on ne peut guère se payer le luxe de l’étude du matin ou du soir.

« Que la maison paternelle soit l’étude.

« Remplacez vous-mêmes le maître répétiteur. Si vos occupations vous en empêchent, exigez au moins que vos jeunes filles étudient toutes leurs leçons sous vos yeux.

« La leçon, vous le savez, est la base de l’enseignement. Elle est bien plus importante que le devoir, qui n’est que l’application de la leçon.

« Le devoir présenterait quelquefois, d’ailleurs, des obstacles matériels à la maison.

« Il n’en est pas de même de la leçon. Une jeune fille, le livre à la main, près de la lampe de la famille, n’a aucune objection à faire pour se dispenser d’étudier sa leçon, qu’on lui a expliquée d’avance à l’école.

« A l’école, il faut lire, écrire, calculer, corriger, réciter, expliquer… Il reste bien peu de temps pour l’étude des leçons.

« Que vos jeunes filles les étudient donc à la maison. Soyez exigeantes sous ce rapport ; forcez-les à contracter l’amour du travail, et leurs progrès seront une fois plus rapides.

« Distribuons maintenant les couronnes à ces chères élèves, et donnons leur la clef des champs. Elles iront se retremper à l’air pur, pour travailler de plus belle, grâce à Dieu, l’année prochaine.

Pour copie conforme : L’Inspecteur d’Académie, DEYN EZ.

(Source BULLETIN DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE, Département de la Haute-Savoie, 7ème année, 1875,  n° 2, p. 39-40)

Sur la distribution des prix, voir aussi le site « Le temps des instituteurs » 

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