Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

La conduite forcée de 1892-1896, tronçon de Servoz au Châtelard

…appelée aussi la « galerie des Gures ».

Lire notre revue Vatusium n° 9, p. 33-34, 36. Extrait :
« À la fin du XIXe siècle l’industrie chimique naissante se trouve largement tributaire de l’électricité. Cette nouvelle énergie est produite dans des groupes entraînés par des chutes d’eau. »

Le barrage du pont des Lanternes a été construit en 1895 sur l’Arve qui sert de frontière entre Servoz et Passy. Il permet, encore aujourd’hui, d’envoyer de l’eau d’abord à l’usine dite « de Servoz » au Châtelard, puis, en aval, à l’usine de Chedde.

Le barrage du pont des Lanternes vu en aval de la passerelle.

Le barrage du pont des Lanternes vu en aval de la passerelle.

Une conduite forcée, en deux tronçons, alimente en effet à Passy ces deux usines hydroélectriques. L’un va de Servoz au Châtelard, l’autre du Châtelard à Chedde.

Le barrage vu du pont des Lanternes à Servoz (cliché Bernard Théry)

Le barrage vu du pont des Lanternes à Servoz (cliché Bernard Théry)

Le barrage se trouve « un peu en aval du village de Servoz, à 125 m du pont des Lanternes, en un point où une masse rocheuse émerge du lit de l’Arve. » (J.P. Gide et J. Banaudo, Les trains du Mont-Blanc, tome 1, le chemin de fer de Saint Gervais-le Fayet à Chamonix, p. 76a)

Schéma de l’équipement hydroélectrique entre Servoz et Chedde : en rouge, les deux tronçons de la conduite forcée (Coll. Bernard Roze, J.P. Gide, op. cit. p. 75)

Schéma de l’équipement hydroélectrique entre Servoz et Chedde : en rouge, les deux tronçons de la conduite forcée (Coll. Bernard Roze, J.P. Gide, op. cit. p. 75)

Il « se situe approximativement au défilé où les éboulements antérieurs de la chaîne des Fiz, en barrant le lit de l’Arve, constituaient les seuils de retenue successifs du lac de Servoz. » (Paul Soudan, Histoire de Passy, p. 102)

1ère grille de la prise d’eau et passerelle (cliché Bernard Théry)

1ère grille de la prise d’eau et passerelle (cliché Bernard Théry)

« Cette masse constituait le milieu du barrage et servait de déversoir, les bords étant remplis par deux murs de maçonnerie, celui de gauche percé par la prise d’eau et celui de droite par une vanne de chasse accessible par une passerelle. » (J.P. Gide, op. cit. p. 76a)

Grille de la prise d’eau du barrage vue depuis la passerelle ; on voit nettement la masse rocheuse sur laquelle le barrage prend appui

Grille de la prise d’eau du barrage vue depuis la passerelle ; on voit nettement la masse rocheuse sur laquelle le barrage prend appui.

« Cette installation, établie antérieurement à la construction du chemin de fer pour l’alimentation de l’usine de Chedde, avait dû être entièrement remise en état par la compagnie P.L.M. » (J.P. Gide, op. cit. p. 76a)

Le barrage et la grille vus en aval de la passerelle.

Le barrage et la grille vus en aval de la passerelle.

« Longue d’une vingtaine de mètres, la prise d’eau se faisait directement dans la berge de la rive gauche. Une grille inclinée en protégeait l’entrée en empêchant l’introduction des corps flottants ; elle était suivie de deux autres grilles. »

La maison du gardien du barrage (cliché Bernard Théry)

La maison du gardien du barrage (cliché Bernard Théry)

« Pour régler le débit dérivé, trois vannes étaient placées à la suite de la deuxième grille et deux vannes de chasse, un peu plus grandes, se trouvaient de part et d’autre de la troisième grille. » (J.P. Gide, op. cit. p. 76b)

Vue de la passerelle, une marmite de géant témoigne de la force des eaux de l’Arve autrefois

Vue de la passerelle, une marmite de géant témoigne de la force des eaux de l’Arve autrefois.

« Une des principales particularités de cette installation était l’établissement souterrain d’une grande partie des ouvrages hydrauliques. L’eau dérivée passait, en premier lieu, dans une chambre de décantation de 230 m de long établie en souterrain, latéralement à la berge. La profondeur augmentait peu à peu (…) pour faciliter les dépôts, mais la largeur diminuait en même temps (…) pour conserver une section constante (…) et une vitesse constante de 0,70 m/seconde, à débit constant de 12 m3. » (J.P. Gide, op. cit. p. 76b)

Canal de décantation le long de la falaise des Gures.

Canal de décantation le long de la falaise des Gures.

« (…) L’épaisseur de ce dépôt devait être mesurée chaque jour au moyen d’une perche par une fenêtre latérale, et ne devait pas dépasser 0,75 m, sinon, on procédait à la purge de la chambre par des chasses énergiques qui renvoyaient à l’Arve les dépôts par l’intermédiaire du canal de fuite. Placé à la suite d’une vanne, ce dernier était taillé dans le rocher sur une longueur de 125 m et aboutissait l’Arve par une pente moyenne de 120 mm/m par mètre. » (J.P. Gide, op. cit. p. 76b)

Canal de décantation le long de la falaise des Gures.

Canal de décantation le long de la falaise des Gures.

« Les chasses, rendues fréquentes par les apports de l’Arve, causaient de fâcheuses interruptions de travail à l’usine de Chedde, aussi celle-ci fit-elle construire une autre chambre de décantation, placée à côté de la première mais à ciel ouvert. Les deux chambres étaient purgées à tour de rôle, moyennant quelques précautions à prendre dans le maniement des vannes. » (J.P. Gide, op. cit. p. 77a)

Canal de décantation le long de la falaise des Gures.

Canal de décantation le long de la falaise des Gures.

« La galerie des Gures, qui faisait suite aux deux chambres de décantation sur une longueur de 505 m, était percée dans l’aiguille du même nom. Sa pente était de 20 mm/m, sa largeur de 2,50 m et la hauteur d’eau de 2 m, pour une vitesse de 2,40 m/seconde et un débit moyen de 12 m3/seconde. » (J.P.Gide, op. cit. p. 77a)

Entrée de la galerie d’amenée avant la traversée des Gures.

Entrée de la galerie d’amenée avant la traversée des Gures.

« Un élargissement de la galerie des Gures constituait une chambre d’eau intermédiaire, partagée en deux parties par une cloison formant déversoir : l’une alimentait l’usine P.L.M. de Servoz, l’autre la chambre d’eau de l’usine de Chedde. On pouvait ainsi mettre Servoz hors circuit, sans pour cela cesser d’alimenter Chedde. » (J.P. Gide, op. cit. p. 77a)

La galerie d’amenée traverse le massif des Gures vu ici du Châtelard, légèrement en amont de la centrale (cliché Bernard Théry)

La galerie d’amenée traverse le massif des Gures vu ici du Châtelard, légèrement en amont de la centrale (cliché Bernard Théry)

« La galerie d’amenée, longue de 50 m, avait pour but de déplacer les conduites forcées en aval de l’usine, de façon à éviter à celles-ci, en cas de rupture, non l’inondation mais le choc démolisseur. Elle était suivie de la chambre de mise en charge, elle aussi souterraine ; longue de 18 m et divisée en deux parties, l’une servait de point de départ aux conduites forcées, l’autre constituait un puisard destiné à recueillir les derniers apports limoneux. Elle était légèrement en pente et fermée par une vanne de chasse en acier, noyée dans une enveloppe en béton, qui se déversait dans un large fossé cimenté suivant le ravin du Châtelard pour aboutir à l’Arve auprès du tunnel des Egratz. » (J.P. Gide, op. cit. p. 77a)

Cette conduite forcée qui descend de Servoz à travers les Gures donne son nom à  l’usine dite « de Servoz » installée au Châtelard, sur le territoire de Passy.
Ce site a d’abord accueilli en 1896 la conduite forcée qui alimentait l’usine de Chedde, puis en 1901, la centrale P.L.M. (Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée créée en 1857 et nationalisée en 1938 lors de la création de la S.N.C.F.). Voir notre page consacrée à cette centrale de Servoz.

 Voir la photo du site sur toponymage (René Siffointe) :
Paysage de Passy, au-delà de l’Arve, entre Servoz et Saint-Gervais.
Le Laby, Le Châtelard et Les Gures (2009) : belle vue aérienne des Gures et du Châtelard
La Forêt du Châtelard, Les Ruttes et Les Maisonnettes (2009)

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