Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

J. P. Vallet, Monographie de Passy, chap. 2, Les écoles, 1787-1892

Written By: BT

Transcription du chapitre 2

MONOGRAPHIE de PASSY, document manuscrit  « fait et rédigé à Passy en avril 1892 par Jean-Pierre VALLET, Instituteur public à Passy (Chef-lieu) »

Fac-similé d’un extrait de la page 7, Chapitre II Monographie des écoles de la commune de Passy, 1892

Fac-similé d’un extrait de la page 7, Chapitre II Monographie des écoles de la commune de Passy, 1892

(La transcription de ce manuscrit en traitement de texte a été assurée pour CHePP par Bernard et Thérèse Théry ; l’orthographe de l’époque a été conservée)

SOMMAIRE du chapitre 2 (pages 7 à 14)

I – Population
II – Esprit de la population à l’égard de l’obligation scolaire
III – Nombre et classement des écoles
IV – Documents historiques : création et historique des écoles
V – Fondation de l’école des garçons du Chef-lieu
VI – Histoire sommaire de l’enseignement primaire dans la commune

Chapitre II

Monographie des écoles de la commune de Passy ou historique de l’enseignement primaire dans la Commune depuis 1783.

 I – Population

  Suivant le recensement du 30 mai 1886, la population totale de la commune était de 1925 habitants ; le dernier recensement de 1891 accuse 1820 habitants.

D’où une diminution de 105 habitants.

La population scolaire est en légère décroissance et peut s’évaluer à 145 garçons et 137 filles de 6 à 13 ans, qui fréquentent les diverses écoles de la commune.

II – Esprit de la population à l’égard de l’obligation scolaire.

  La fréquentation scolaire est satisfaisante, favorisée qu’elle est par le nombre des écoles très rapprochées les unes des autres et par les parents dont la plupart ont émigré et comprennent l’importance de l’instruction. La municipalité elle-même est bien disposée en faveur de l’enseignement laïque, étant donné qu’il n’y a point d’école congréganiste dans la commune, et le conseil municipal a contribué dans une large mesure aux progrès qui ont été réalisés.

La Commune assure gratuitement aux enfants les fournitures scolaires au moyen du revenu des fondations et des ressources de la Caisse des écoles créée le 23 novembre 1881.

Sur la proposition de l’Instituteur du Chef Lieu depuis 1884, le Conseil municipal alloue chaque année cinq francs à chacun des lauréats du Certificat d’études primaires : en 1891, l’allocation totale s’est élevée à 75  francs et en 1890, une somme de 40 francs a été affectée à l’acquisition de nouveaux volumes destinés à la bibliothèque scolaire.

III – Nombre et classement des écoles.

   Sous le rapport de  l’enseignement public, la Commune se divise en  neuf sections possédant chacune un bâtiment scolaire édifié avec le concours matériel et pécuniaire des intéressés de la section. Sont exceptés le groupe scolaire du Chef-lieu construit en 1863 aux frais de la Commune et sur un devis de 43 650 francs, et l’école mixte de Montcoûtant, qui est installée provisoirement dans une maison louée en attendant que la Commune puisse faire une construction nouvelle.

La commune de Passy possède ainsi 12 écoles publiques reconnues ou créées légalement par l’Etat, classées de la manière suivante :

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Quatre des écoles mixtes sont dirigées par des institutrices et deux seulement sont confiées à des instituteurs.

 IV – Documents historiques : création et historique des écoles.

  Bien avant la loi sur l’obligation scolaire, les habitants de Passy ont compris l’importance et la nécessité de l’instruction. Pénétrés de cette idée, ils ont devancé le législateur dans l’œuvre de l’éducation populaire : au centre des hameaux les plus importants, on a vu s’élever successivement les bâtiments scolaires actuels édifiés par les intéressés eux-mêmes qui ont fourni leur travail (corvées personnelles) et leur argent.

C’est ainsi que furent construits les locaux scolaires de Bay, vers 1818, non loin du site pittoresque de Charousse ; un peu plus tard vers 1820 et 1821, ceux de la Motte, de Joux de Chedde et de Maffray ; longtemps après, vers 1862, c’était le tour de la section des Plagnes, sur la rive gauche de l’Arve, qui inaugurait son école ; enfin, après la guerre, depuis 1872, les habitants de la section des Ruttets eurent aussi leur maison d’école.

L’ameublement scolaire suivit de près ces diverses constructions. Ce modeste mobilier, acheté aux frais des intéressés, était tout à fait incomplet et comprenait le plus souvent les meubles de première nécessité, quelques tables-pupitres, un tableau noir, un poële… Cette organisation matérielle, quoique rudimentaire, permit du moins aux populations de faire enseigner aux enfants les premières connaissances jugées alors indispensables : la lecture, l’écriture et la chiffre, comme on disait alors.

Ces écoles temporaires, ouvertes seulement pendant trois mois de l’année, étaient dirigées par des maîtres, choisis et gagés par les pères de famille qui s’imposaient eux-mêmes la rétribution scolaire et assuraient à leurs frais le chauffage de l’école et l’achat des fournitures classiques.

Ces sacrifices volontaires ne manquaient pas d’être onéreux pour les populations.

Aussi de généreux bienfaiteurs ont mis leurs épargnes au service de l’instruction populaire et sont venus couronner l’œuvre commencée à grands frais par leurs concitoyens. Des fondations diverses ont assuré une partie du traitement des maîtres et ont allégé notablement les charges assez lourdes qui pesaient sur les pères  de famille.

Voici les noms des principaux fondateurs :

M. Pierre Bosson, né à Passy le 23 septembre 1737, est mort à Paris le 4 juin 1822 et fut inhumé au Père la Chaise. Ami éclairé de l’instruction, il fut le bienfaiteur généreux de son pays et consacra toute sa fortune s’élevant à 83 mille francs à la fondation des écoles de Chèdde, de Joux, de la Motte, et de Maffray.

En 1878, les habitants des hameaux ci-dessus désignés, lui ont fait élever un monument funéraire pour perpétuer son souvenir et ont transféré ses cendres dans le cimetière de Passy où il a été inhumé le 11 novembre de la même année au milieu d’un grand concours de la population.

Vers 1830, diverses donations étaient faites aux écoles de Bay et par testament du 4 mai 1862, M. Chesnay Antoine fondait l’école mixte des Ruttets par un legs de 700 francs.

En 1864, la section des Plagnes ouvrit son école temporaire dans le local qui venait d’être récemment construit et pendant dix ans cette école n’avait pas d’autres ressources qu’un revenu de 73 francs environ provenant de diverses fondations.

En 1875, M. Béguin, né aux Plagnes, chef de division à la Préfecture de la Haute-Savoie légua ses avoirs montant à 12 000 francs en vue de dédoubler l’école mixte et de créer une école de filles.

Enfin, à une époque toute récente, M. Pierre Pissard, décédé à Passy le 15 décembre 1887 a légué une somme de 11 000 francs aux écoles de garçons et de filles du Chef-lieu dont la fondation remonte à la fin du siècle dernier.

V – Fondation de l’école des garçons du Chef-lieu.

  A la suite des désastres occasionnés par les grêles de 1763 et 1768, le roi de Sardaigne, Victor-Amédée III accorda à la commune un secours de 2350 livres. Par délibération du 3 mai 1774, le Conseil demanda que cette somme fût employée à un placement dont le revenu, joint à d’autres ressources provenant de petites fondations, composerait le traitement d’un instituteur.

La délibération ci-dessus mentionnée n’eut son effet que quelques années plus tard et par acte du 21 mars 1781, la commune acheta de Dame Pathod, la maison située au couchant de l’église pour en faire une maison commune.

Dès lors, l’une des salles de cette maison fut affectée à l’école jusqu’en 1863, époque où l’on a construit le groupe scolaire actuel.

VI – Histoire sommaire de l’enseignement primaire dans la commune.

  De 1781 au 4 septembre 1842, l’enseignement primaire était donné par des Vicaires-Régents agréés en cette qualité par les évêques d’Annecy.

A partir de 1842, des instituteurs laïques, pourvus de l’ancienne patente sarde, prirent la direction de l’école : ils étaient proposés par le Conseil municipal et nommés définitivement par le Proviseur résidant à Bonneville. Ce mode de nomination subsista jusqu’à l’annexion de la Savoie à la France (24 février 1860).

Dès lors, les maîtres furent nommés par le Préfet du département, et la plupart des instituteurs et institutrices étaient formés dans les écoles normales.

Avant le retour de la Savoie à la France, les appointements de maîtres étaient fournis par le revenu des fondations existantes et le surplus par une sorte de rétribution scolaire payée par les parents à raison de 0ct.50 ( ? difficile à lire : voir ci-dessous) par mois et par élève présent. Depuis l’annexion, la commune prit à sa charge le traitement des maîtres et la rétribution scolaire subsista jusqu’en 1863, époque où le Conseil établit la gratuité absolue pour l’école du Chef-lieu.

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Quant aux obligations qui étaient imposées aux maîtres, elles ont varié suivant les époques et les formes de gouvernements.

On peut citer à ce sujet les termes généraux d’une délibération du Conseil cantonal de Saint-Gervais en date de l’an 8 de la République. Cette délibération a pour objet la nomination de trois instituteurs et il y est dit que les maîtres sont tenus d’enseigner les principes de la lecture, de l’écriture, les éléments du calcul et de la langue française et qu’ils doivent faire leurs efforts pour former de bons républicains.

Les programmes d’enseignement n’ont guère subi de modifications jusqu’en 1867 où l’étude de l’histoire et de la géographie de la France a été rendue obligatoire. Enfin les nouveaux programmes de 1882 sont venus établir l’uniformité de l’enseignement national.

Cette courte monographie nous montre la somme d’efforts individuels qui ont été faits en vue de vulgariser l’enseignement primaire. Nous devons savoir gré à nos devanciers des sacrifices qu’ils se sont imposés dans ce sens ; nous remercions les nombreux bienfaiteurs qui ont participé dans une large mesure à assurer l’instruction à tous les enfants et nous sommes reconnaissants au gouvernement de la République d’avoir couronné l’œuvre de l’éducation nationale par la loi sur la gratuité absolue et l’obligation scolaire.

A découvrir également…

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– F.-Henri Métral, Monographie de Passy (1904)
– Ludovic Cailluet, Chedde. Un siècle d’industrie au pays du Mont-Blanc (1997) 

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