Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Souvenirs et témoignages d’alpagistes

Lire notre revue Vatusium n° 14, p. 24 (sauvetage de Platé), p. 28 à 31 (Mollays).

Autres témoignages :

Les « montagnes » à bâtons rompus …

Catherine Soole a réuni Michelle Filippin, Christiane Fivel, Yolande Gavard et Michèle Rollet pour qu’elles lui parlent des pâturages du temps de leurs grand-mères, de leur mère, mais aussi d’aujourd’hui, car toutes quatre ont bien des souvenirs et anecdotes, et elles ont aussi conservé un chalet d’alpage.

« Entrons dans le vif du sujet avec une remarque de  Michelle F :  autrefois, les pâturages correspondaient à des hameaux précis sur la commune, par exemple, Les Mollays regroupaient des fermiers habitant La Motte, Saint Antoine, Les Murets ou Les Remondins  alors qu’on retrouvait aux Ayères ceux de Passy, l’Epagny, Les Ruttets, Champlan, Joux et Chedde et aux Ayères des Rocs ceux du Péchieu, des Nattes et du Loisin.

Autrefois, les alpages des « petites et grandes montagnes » étaient vitaux et faisaient suite à la campagne d’en bas où les bêtes paissaient au printemps. Le jour de « l’emmontagnée » était fixé un an à l’avance pour fin juin, début juillet. Partant de nuit depuis les villages, des caravanes de bestiaux se mettaient en route sur les chemins serpentant vers les sommets. Les hommes menaient les chèvres, les moutons et les vaches dociles au pas lent, rythmé par leur grosse cloche, les femmes et les enfants encadraient les cochons qui, plus fantasques s’accordaient de nombreuses pauses et leurs gardiennes attendaient patiemment leur bon plaisir en tricotant.

Aux AYERES d'en BAS

On s’installait dans les chalets avec les bêtes qui étaient rentrées la nuit, et cela pour un bon mois. La transhumance se faisait en deux temps : après avoir brouté l’herbe des pâtures des « petites montagnes », les bêtes étaient ensuite conduites fin juillet vers les « grandes montagnes », Anterne, Villy, Moëde, Ecuelle et même Platé où elles étaient gardées par des bergers. Chaque propriétaire avait sa semaine pour nourrir le berger et lui montait le ravitaillement à dos d’âne ou de mulet et redescendait le fromage de montagne ou « gruyère », le sérac et le beurre.  Suivant les semaines, raconte Michèle R, le berger était plus ou moins bien nourri selon  la générosité du fermier qui le ravitaillait. Certaines semaines, c’était les « vaches maigres », excusez le jeu de mots ! Les comptes des fruitières étaient tenus par le propriétaire qui était nommé procureur ou régisseur  pour l’année. En 1866, les usagers de la montagne des Mollays  se réunirent en association pour la formation d’une fruitière qui prit fin en 1882, époque de l’incendie des étables de Villy. C’est aujourd’hui le chalet de Christiane.

Les MOLLAYS, un alpage aux chalets rénovés

Revenons aux « petites montagnes » qui ont laissé bien des souvenirs à nos amies. Michèle F, Christiane et Yolande ont appris à traire très jeunes, vers cinq ou six ans : avec le lait, on faisait la tomme et le beurre, qu’on pliait dans des feuilles de caux, se souvient Yolande… Parce qu’elle était « tête à poux » sa mère l’avait montée à  Barmuz pour se débarrasser des petites bêtes…  Et puis, son père l’emmenait faire les foins au Dérochoir. C’était surtout les jeunes filles de chaque maison qui montaient aux « petites montagnes », et elles ne se faisaient pas prier tant elles passaient de bons moments ensemble. Elles gardaient les troupeaux sur le consortage car les prés privés étaient fauchés pour changer le foin dans les granges et surtout le descendre dans les fermes pour l’hiver. Elles animaient les veillées, on tricotait, on faisait du point de croix, on chantait. « Un soir, raconte Michèle F, une jeune fille décide de faire une blague aux autres et de les attendre avec un drap sur la tête, cachée derrière un buisson, mais l’une d’entre elles l’éclaire avec sa lampe électrique et c’est le fantôme qui a la peur de sa vie car elle n’a encore jamais vu ce genre de gadget lumineux ! »

Vaches de la race ABONDANCE (cliché Bernard Théry)

 Aujourd’hui, il y a encore quelques bêtes parquées mais elles ne sont plus gardées de la même manière. Chaque propriétaire fait son fromage, son beurre et son sérac. Il n’y a plus de bergers et de bergères et les chalets d’alpage sont devenus résidences secondaires prosaïquement soumis à la taxe d’habitation ! Un chalet construit sur le consortage était bien privé. Seuls les chalets patrimoniaux (qui abritaient hommes et bêtes) sont habilités à être réparés : soigneusement entretenus, ils permettent d’y passer des moments agréables. On y monte toute l’année, à pied ou en 4×4 l’été, à skis ou à raquettes l’hiver, on y fait des fêtes avec la famille et les amis.

Une dernière petite histoire contée par Michelle F : autour de son chalet, des tables et des parasols très accueillants… Un jour des touristes sont arrivés, se sont attablés et ont commandé à boire ; après s’être désaltérés, ils ont voulu payer. Quelle ne fut pas leur surprise mêlée d’une certaine confusion quand ils ont appris que l’endroit était privé !

Ce n’est pas sans une certaine nostalgie que nos amies ont revisité leurs souvenirs, les pâtures d’antan ne sont plus mais les alpages et leurs chalets offrent toujours plein de bons moments aux générations actuelles et à leurs enfants. »

                       Michèle FILLIPIN, Christiane FIVEL, Yolande GAVARD et Michèle ROLLET.
Propos recueillis par Catherine SOOLE pour C.H.e.P.P.

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