Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Les chevaux de Passy réquisitionnés en 14-18

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915, pages 6 à 8.

« Nos vaillants artilleurs ». Carte postale envoyée à Passy par Félix Grux, artilleur, le 25 janvier 1917 (doc. famille Devillaz)

« Nos vaillants artilleurs ». Carte postale envoyée à Passy par Félix Grux, artilleur, le 25 janvier 1917 (doc. famille Devillaz)

Le recensement fait par F.-Henri Métral dans sa Monographie de Passy au mois de janvier 1902 a donné 20 chevaux, 90 juments, 40 mulets, 60 mules, pour une population de 3083 individus, 782 ménages et 607 maisons.  (Source : recensement de 1911, Archives départementales de Haute-Savoie)

La réquisition des chevaux et juments de Passy

La réquisition des chevaux (site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

La réquisition des chevaux (site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

« Tous les chevaux âgés de 5 ans doivent être déclarés chaque année en mairie et tout contrevenant s’expose à une amende équivalente aujourd’hui à 2 700 €.
Tous les 2 ans, une commission de classement (composée d’un officier, d’un vétérinaire, d’un brigadier des troupes à cheval, d’un civil nommé par le préfet, 2 gendarmes, le maire et le secrétaire de la commune concernée) toise, classe et répartit les chevaux en 6 catégories selon leur hauteur au garrot et leur morphologie ; par exemple, les chevaux toisant 1,54 m et au-dessus seront destinés aux Cuirassiers, de 1,50 m à 1,54 m aux Dragons, de 1,47 m à 1,50 m à la cavalerie légère, etc.
Dès le début du mois d’août 1914, avec les réquisitions successives, 8 millions de chevaux seront engagés dans la guerre. » (Rosine Lagier site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

« Le 5 août 1914, 147 chevaux et juments, venus de la vallée de l’Arve, ont pris le train à Cluses pour la capitale du Dauphiné. » (D. Légat, A. Pinto, Les Savoyards et la Guerre, p. 35-36)
Dans notre commune, « il ne restait plus que « les personnes âgées et… les vieilles mules », dit-on encore aujourd’hui à Passy ! (Voir Vatusium n° 18, p. 6-7 : la réquisition des animaux)

« Gardez mon homme à la guerre tant que vous voudrez, mais laissez-moi au moins ma jument !!!… » (site 87dit)

« Gardez mon homme à la guerre tant que vous voudrez, mais laissez-moi au moins ma jument !!!... » (site 87dit)

« Gardez mon homme à la guerre tant que vous voudrez, mais laissez-moi au moins ma jument !!!… » (site 87dit)

Pour les rendre moins vulnérables, les chevaux à la robe claire sont dissimulés sous une teinture brune (coll. Rosine Lagier site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

Pour les rendre moins vulnérables, les chevaux à la robe claire sont dissimulés sous une teinture brune (coll. Rosine Lagier site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

Les chevaux et la guerre

On pourrait croire les chevaux ont été éliminés de la guerre avec l’apparition de la guerre de tranchée,  puisqu’il n’y plus de cavalerie. Il n’en est rien ! Les chevaux étaient indispensables pour de nombreuses fonctions (suite du texte dans Vatusium n° 18, p.8)

Les chevaux au front : des millions de morts

« Ils ont payé le prix fort. Près de deux millions de chevaux sont en effet morts des effets de la guerre de 1914­-1918. Sur les 14 millions d’ani­maux incorporés sous les drapeaux, dix étaient des chevaux, soit un cinquiè­me du cheptel français.
Force motrice de la Fran­ce à l’époque, la conscrip­tion des chevaux a affaibli le pays ; au point qu’il a fallu en importer, des USA et d’Argentine principale­ment.

Débarquement d’un cheval des troupes anglaises à St-Nazaire (coll. Rosine Lagier, site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

Débarquement d’un cheval des troupes anglaises à St-Nazaire (coll. Rosine Lagier, site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

Et si les chevaux sont les premiers cités en termes de force motrice, de travail et de port de charges, il ne faut pas oublier les ânes et les mulets qui, au même titre souvent, furent incor­porés dès le début de la guerre.
Les exemples con­cernant leurs missions au quotidien ne manquent pas. On retrouve donc les chevaux et leurs cousins pour tracter charrettes et chariots, ambulances et cuisines de campagne, pour porter des charges parfois impressionnantes, voire des armes de guerre comme des mitrailleuses lourdes.

Ce sont eux, aus­si, qui sont les véhicules de déplacement de cer­tains militaires au combat. Ils courent dans ce cas autant de risques, voire davantage, que leurs cava­liers. Car le sort de ceux qui sont partis au front n’a pas été enviable. Décimés par les mitrailleuses au début du conflit, gazés ensuite, ils ont tracté des charges, dans des terrains de plus en plus accidentés, ont souffert de mauvais traite­ments, d’épidémies. » (Site leberry)

Protection des animaux contre les gaz toxiques

« Chez le cheval, les voies respiratoires sont sensibles à l’action des gaz, alors que le corps et les yeux ne sont surtout sensibles qu’à l’ypérite. L’appareil réglementaire Lanusse, puis Decaux ne protège donc que les voies respiratoires.
En cas d’attaque à l’ypérite il fallait donc protéger les yeux du cheval par des moyens de fortune (bandeaux). A défaut de masque on pouvait confectionner un masque de fortune avec une musette doublée contenant, entre la doublure et la musette du foin imbibé de solution neutralisante.

Si le cheval devait stationner dans une zone infectée, on devait le munir d’une musette sur la gueule pour éviter qu’il ne broute de l’herbe ou des feuilles toxiques. » (site rosalielebel75, art. gaz de combat)

Protection des chevaux contre les gaz toxiques (site rosalielebel75, art. gaz de combat)

Protection des chevaux contre les gaz toxiques (site rosalielebel75, art. gaz de combat)

: Un soldat américain présentant son masque à gaz et celui de son cheval (site Wikipedia, art. Cheval durant la Première Guerre mondiale)

: Un soldat américain présentant son masque à gaz et celui de son cheval (site Wikipedia, art. Cheval durant la Première Guerre mondiale)

Le transport des chevaux vers le front

Tous les wagons couverts portèrent des inscriptions donnant leur capacité en hommes et en chevaux. Cette mesure concernait tous les wagons couverts, indiquant « hommes : 40, chevaux en long : 8 », ou moins lorsqu’il s’agissait de plus petits wagons sur les chemins de fer secondaires. Cette inscription est trop souvent associée à tort avec la déportation, alors qu’elle trouve son origine dans un usage militaire qui avait déjà cours depuis la Première Guerre, et même avant. (site Wikipedia, art. wagon couvert)

: Embarquement en gare d’Abbeville (site 87dit)

: Embarquement en gare d’Abbeville (site 87dit)

Une vision humoristique de l’embarquement des chevaux :

Une vision humoristique de l’embarquement des chevaux. Carte postale envoyée à Passy par Félix Grux, artilleur, le 27 décembre 1916 (Doc. famille Devillaz)

Une vision humoristique de l’embarquement des chevaux. Carte postale envoyée à Passy par Félix Grux, artilleur, le 27 décembre 1916 (Doc. famille Devillaz)

Débarquement des chevaux (Site resistanceinventerre)

Débarquement des chevaux (Site resistanceinventerre)

« Au total, quatorze millions d’animaux sont pris en otage par les combattants, pour l’essentiel des chevaux de monte et de trait, des ânes et des mulets, des chiens. » (Philippe VALODE, La Grande Guerre sans les clichés, éd. l’Archipel, 2013, Chapitre 13 Des armes toujours plus meurtrières, p. 147 à 149). Le train emploie 140 000 chevaux et mulets en 1914.

U.S. Field Artillery in Chateau-Thierry (Site Wikipedia, art. Cheval Durant la Première guerre mondiale)

U.S. Field Artillery in Chateau-Thierry (Site Wikipedia, art. Cheval Durant la Première guerre mondiale)

Malgré les progrès des engins motorisés, le cheval demeure inégalable dès lors qu’il s’agit de se déplacer sur un terrain accidenté, et même à la fin de la guerre, sa valeur est intacte en ce qui concerne la logistique. Les zones de boue profonde sur le front, causées par l’endommagement des systèmes de drainage et les inondations, rendent les équidés vitaux puisqu’ils sont les seuls capables d’amener provisions et munitions jusqu’aux tranchées dans ces conditions.

Artillerie de campagne : franchissement de talus de route par le canon (site resistanceinventerre)

Artillerie de campagne : franchissement de talus de route par le canon (site resistanceinventerre)

 

Après la bataille de la crête de Vimy en avril 1917, un soldat canadien déclare : « Les chevaux avaient de la boue jusqu’au ventre. Nous voulions les attacher à une ligne de piquetage entre les roues des chariots durant la nuit, mais ils se seraient noyés avant le lendemain matin. Nous avons dû en abattre un assez grand nombre ».

En 1917, à la bataille de Passchendaele, les hommes du front pensent qu’à ce stade, « il était plus grave de perdre un cheval qu’un homme, parce qu’après tout, les hommes étaient remplaçables alors que les chevaux ne l’étaient pas ». En Grande-Bretagne, les montures ont tellement de valeur que si celle d’un soldat est tué lors d’une bataille ou meurt pour une quelconque autre raison, le soldat en question est tenu de lui couper un sabot et de l’amener à un officier supérieur pour lui prouver qu’il ne l’a pas simplement perdue. ». (Site Wikipedia, art. Cheval Durant la Première guerre mondiale)

Le rôle des chevaux dans l’artillerie

Six chevaux pour tracter un canon. Une vue impressionnante de pièces de 90 de Bange avec leurs attelages. Le manque de chevaux, malgré les réquisitions, puis le manque de fourrage, contraindront à motoriser un nombre croissant d’unités. (site net4war)

Six chevaux pour tracter un canon. Une vue impressionnante de pièces de 90 de Bange avec leurs attelages. Le manque de chevaux, malgré les réquisitions, puis le manque de fourrage, contraindront à motoriser un nombre croissant d’unités. (site net4war)

« Des attelages de chevaux de trait permettent aussi d’acheminer les canons et leurs accessoires sur le champ de bataille. Ils rendent l’efficacité des régiments d’artillerie dépendante de leur vitesse. Des milliers d’entre eux sont employés à cette tâche, pour laquelle il faut de six à douze bêtes par chariot. »

« Cheval de trait léger et cheval d’attelage d’artillerie ne font qu’un » (Comte de Robien, 1909). (Site attelage-patrimoine)

« Cheval de trait léger et cheval d’attelage d’artillerie ne font qu’un » (Comte de Robien, 1909). (Site attelage-patrimoine)

Voir Vatusium n° 18, page 8 : Mitrailleuse défilée pendant une reconnaissance de dragons, photographie prise dans la Somme (journal L’illustration, 12 décembre 1914 ; doc. J. Pierre Morin)

Une vision humoristique du rapport entre le cheval et l’artilleur. Carte postale envoyée à Passy par Félix Grux, artilleur, le 30 décembre 1916 (Doc. famille Devillaz)

Une vision humoristique du rapport entre le cheval et l’artilleur. Carte postale envoyée à Passy par Félix Grux, artilleur, le 30 décembre 1916 (Doc. famille Devillaz)

Des bêtes non soignées, aux terribles blessures

« Les documents montrent que ces bêtes nécessaires à la guerre n’étaient, dans nombre de cas, pas bien soignées… certainement parce que les hommes étaient eux aussi, exténués et avaient à peine la force de s’occuper d’eux. Quelques extraits de lettres concernant les chevaux, avant de parler des  « hôpitaux pour chevaux ». « …. Certains soldats ont raconté avoir vu des groupes entiers de chevaux n’ayant pas été dételés pendant des mois (!), impossible d’enlever leur harnachement incrusté dans leur peau sans provoquer de terribles blessures »

Même son de cloche  du dr Schoutzeten, vétérinaire ; un officier de cavalerie, le capitaine Langevin :   « Il semble que la guerre ait aboli toute connaissance du cheval et de son emploi. On ne desselle plus jamais …. nombre de chevaux sont de misérables bêtes qui marchent tête basse, les flancs creux… ils ne boivent plus, ils ne mangent plus, on ne les desselle plus de crainte de découvrir, sous la couverture des blessures profondes que l’on y sait ; elles sont terribles ces blessures » (Site dupuyblog)

Une image  hantait la mémoire des hommes, celles des chevaux morts qui jalonnent, durant toutes ces semaines les routes de Belgique et de France… « Nous faisons route par une poussière très dense, partout des chevaux crevés, le ventre gonflé, affreux à voir, répandant une odeur infecte … »  (Site dupuyblog)

« Le bon compagnon d’armes qui va mourir », Le Petit Journal du 25 juillet 1915 (coll. Rosine Lagier site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

« Le bon compagnon d’armes qui va mourir », Le Petit Journal du 25 juillet 1915 (coll. Rosine Lagier site documentation.equestre, art. le cheval d’armes)

Le mémorial des animaux de guerre a été créé pour rendre hommage à tous les animaux qui ont servi et sont morts sous le commandement britannique au cours de l’Histoire.

Monument à la gloire des chevaux (Animals in war Memorial) (site Wikipedia, art. Cheval durant la Première Guerre mondiale)

Monument à la gloire des chevaux (Animals in war Memorial) (site Wikipedia, art. Cheval durant la Première Guerre mondiale)

Monument aux morts de Chipilly : A la 58ème Division Britanique “London Division”. Le 08/08/1918, cette division coopérant avec l’armée française et le corps d’armée australienne réussirent à pénétrer les défenses allemandes. Le sculpteur mit en scène un soldat britannique qui console son cheval blessé. (site monumentsmorts.univ-lille3)

Le Monument du 58th (London) Division Memorial à Chipilly (Somme) – L’artilleur britannique- Henri-Désiré Gauquié sculpteur (site monumentsmorts.univ-lille3)

Le Monument du 58th (London) Division Memorial à Chipilly (Somme) – L’artilleur britannique- Henri-Désiré Gauquié sculpteur (site monumentsmorts.univ-lille3)

Sort des chevaux survivants

« Quand la guerre prend fin, de nombreux chevaux sont abattus du fait de leur grand âge ou de leur maladie, et les plus jeunes vendus aux boucheries françaises ou aux particuliers, ce qui ne manque pas d’attrister les soldats, obligés d’abandonner les bêtes qu’ils ont chéries pendant plusieurs années. (site resistanceinventerre)

Pour en savoir plus

Site documentation.equestre, art. le cheval d’armes

Site resistanceinventerre

Site attelage-patrimoine

Site p8.storage L’animal au cœur de l’expérience combattante

Sources :

Bibliographie : D. Légat, A. Pinto, Les Savoyards et la Guerre. Les combattants de 14-18, éd.3dvision, 2013 (livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy)

Recensement de 1911, Archives départementales de Haute-Savoie

Sites :

site documentation.equestre, art. le cheval d’armes

Site resistanceinventerre

Site leberry

site rosalielebel75, art. gaz de combat

site Wikipedia, art. Cheval durant la Première Guerre mondiale

site net4war

Site attelage-patrimoine

Site dupuyblog

site monumentsmorts.univ-lille3

site 87dit Les animaux pendant la Grande Guerre

 

Voir nos autres pages sur
– Passy pendant la grande Guerre
en particulier
 notre page consacrée au monument aux morts de Passy.

– Passy de 1920 à nos jours.

Découvrez aussi, sur notre site, la richesse et la variété du patrimoine de Passy :
 Les ex-voto du temple romain de Passy
– Le château médiéval de Charousse à Passy
– Le retable de la Chapelle de Joux, à Passy
– L’étonnant « Cahier » d’Eugène Delale, école de Passy, 1882
–  La méthode Freinet à l’école de Passy, 1932-1952
– La conduite forcée de 1947-1952 et la production hydroélectrique à Passy
– L’Arve des Gures aux Egratz, à Passy
– Vues panoramiques sur le Mont-Blanc depuis Passy
– L’inalpage dans les « montagnes » de Passy, « l’emmontagnée », et la « remuée » pendant l’été
– La gare de Chedde à Passy et la ligne Le Fayet-Chamonix
– La sculpture d’Albert FERAUD (1921-2008), La Porte du soleil (1973), sur la « Route de la Sculpture Contemporaine » à Passy
– La stèle de la Torchette à Passy et les commémorations du maquis de Montfort

Nous contacter ; Commander nos publications

S’abonner à notre lettre d’information-Newsletter