Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) à Passy

Lire notre revue Vatusium n° 16, p. 71 (causes supposées du crétinisme)Vatusium n° 17, La traversée de Passy, nombreux extraits des Voyages dans les Alpes, p. 29 à 67.

Voir aussi Paul Soudan, Historique de l’usine de Chedde, p. 28.

Compléter avec notre page sur les Voyages dans les Alpes d’Horace-Bénédict de Saussure (éd. 1779, 1786, 1796).

« Horace-Bénédict de Saussure. Chamonix reconnaissant » (cliché Bernard Théry)

« Horace-Bénédict de Saussure. Chamonix reconnaissant » (cliché Bernard Théry)

C’est la curiosité scientifique sera à l’origine de la conquête du mont Blanc. Le savant genevois Horace-Bénédict de Saussure, professeur à l’Académie de Genève, fasciné par la montagne et le Mont-Blanc dès son plus jeune âge, rêve d’installer ses instruments et de mener ses expériences au sommet de la « taupinière blanche ».

Saussure en 1778 par le portraitiste Jens Juel (1745-1802)

Saussure en 1778 par le portraitiste Jens Juel (1745-1802)

Claire-Eliane Engel a brossé en 1939 le portrait d’Horace-Bénédict de Saussure dans son ouvrage Le Mont-Blanc :

« Sa personnalité est l’une des plus curieuses et des plus attachantes de son temps. Sa famille était d’origine française et s’était fixée à Genève à la Réforme. Presque à chaque génération, ses ancêtres s’étaient occupés de sciences, d’économie politique ; certains avaient été de grands voyageurs.

H.-B. de Saussure naquit en 1740 ; il était le fils de Nicolas de Saussure et de Renée de la Rive, qui appartenaient tous deux à l’aristocratie genevoise, caste très fermée, austère et instruite. Autour de lui, des oncles, principalement Charles Bonnet, des amis de ses parents, Tronchin, A. de Haller, étaient en correspondance avec toute l’Europe savante. Un haut degré de culture est de tradition dans la famille. L’enfant est élevé à la campagne, tout près de Genève, à Frontenex. […] Il apprend à aimer la nature, le longues courses à pied et l’étude : « J’ai eu pour les montagnes, dès l’enfance, la passion la plus décidée, écrira-t-il plus tard ; je me rappelle encore le saisissement que j’éprouvais la première fois que mes mains touchèrent le rocher du Salève, et que mes yeux jouirent de ses points de vue ». On trouve tôt chez lui un véritable enthousiasme pour l’histoire naturelle, la botanique, en particulier, et 1a compréhension profonde de la véritable vie du montagnard, a une époque où l’on en était aux bergerades que J. -J. Rousseau allait rendre plus pompeuses et plus artificielles encore. En 1759, terminant ses études à l’Université, le jeune homme écrit : « Je brûle de voir, de plus près le­s hautes Alpes qui, du sommet de nos montagnes, semblent si majestueuses ». Et, l’année suivante, il va seul et à pied à Chamonix.

Il allait récolter des plantes alpestres pour Haller. Il ne trouve pas grand-chose – la flore de Chamonix est pauvre –  mais il voit enfin la haute chaîne de près. La beauté de la vallée et des glaciers le séduit immédiatement et pour jamais. Il va au Montenvers, au Brévent avec un guide, Pierre Simon, qu’il s’attachera désormais pour toutes ses courses. Et, en partant, il fait annoncer dans chaque paroisse, qu’il offre une forte récompense au premier qui gravira le Mont-Blanc. […]

Alors qu’il est encore tout jeune, sa réputation de grand savant se crée et s’impose à l’Europe intellectuelle. Il sera célèbre d’abord comme physicien et comme géologue. Mais, pour lui-­même, un élément profondément personnel, intime, illuminera la science. Dès ce voyage à Chamonix, fait à vingt ans, Saussure est devenu plus conscient que jamais de son amour ardent pour les montagnes. Après des années de recherches et d’observations, il publiera ses Voyages dans les Alpes, ouvrage immense, géologique, géographique, minutieusement préparé, dont la publication s’échelonne sur dix-sept années, et qui contient tout ce qu’on savait alors sur les montagnes. Il traverse quatorze fois la chaîne, fait plusieurs fois le tour du Mont-Blanc, du Cervin, parcourt l’Oberland, la Maurienne, le Piémont. Il mourra presque à la tâche en 1799, à cinquante-neuf ans, épuisé par ses incessantes randonnées. »

Un fac-similé du Voyage dans les Alpes est disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale de France  

 

Saussure publie le Voyage dans les Alpes, paru en 4 volumes entre 1779, 1786 et 1796 à Neuchatel et Genève.

Saussure publie le Voyage dans les Alpes, paru en 4 volumes entre 1779, 1786 et 1796 à Neuchatel et Genève.

« Dès 1767, et peut-être même plus tôt, il recueillait des notes. Il écrivait à son oncle Bonnet : « J’écris à présent, suivant votre conseil, ce que je craindrais d’oublier, ou les choses dont les impressions pourraient s’effacer. Mais je ne publierai rien de longtemps. Je vois que cet ouvrage ne peut avoir de prix que par la profondeur des recherches… Mais ces recherches exigent des études et des travaux qui ne sont ni l’ouvrage d’un jour, ni celui d’un hiver. Je ne suis point fâché de ce retard ; autant en ai-je peu à l’écrire (1) ».
C’était le contraire des méthodes courantes au XVIIIe siècle où les pseudo-savants, si nombreux, et même les vrais savants, comme Buffon éprouvaient une telle ivresse à rédiger ce qu’ils croyaient la vérité, qu’ils ne prenaient pas la peine de vérifier d’abord leurs théories. Saussure, durant toute sa vie, contrôle sans cesse les résultats qu’il a obtenus. Il se faisait une très haute idée du rôle du naturaliste, mais la montagne était beaucoup plus pour lui qu’un grand laboratoire.

Jamais il ne la trouvait trop sauvage. Les lettres innombrables qu’il écrit à sa femme au cours de ses expéditions sont pénétrées d’une sorte de joie grave. La montagne éveille en lui une passion noble, de celles qui suscitent l’héroïsme. Les ennuis, la fatigue, les dangers ne lui furent pas épargnés. Il eut plusieurs accidents, l’un grave au glacier des Pèlerins, où un pont de neige céda sous lui. Sa santé n’était pas bonne et les courses l’épuisaient. Il persévérait avec joie, avec enthousiasme. Il savait s’arranger de tout et de tous, sans récriminations et sans phrases, se mettre à la portée de ses guides tout en gardant sa dignité un peu hautaine. Tous les Chamoniards le vénéraient.
Très bon, mais observateur rigoureux, il savait lire les caractères et, à travers la courtoisie constante de ses livres et de ses lettres, ses jugements sont nets. On peut s’y fier pour comprendre la personnalité de ceux qu’il a connus. Spirituel, très fin, doué du sens de l’humour, il a tracé d’inoubliables silhouettes. […]

(1) Bibl. Publique et Universitaire. Genève. Corresp. de Bonnet. T. VI, mss. supp. 720.

Saussure veut comprendre le système général de ces montagnes, établir une théorie de leur formation. Et il en vient à penser que, du haut de quelque grand sommet isolé, il en aura comme la révélation. […] Il n’est pas le premier qui ait eu l’idée d’aller au Mont-Blanc. […] Il est hors de doute que Saussure, et Saussure seul, a rendu célèbre et glorieuse l’ascension de la montagne. Bientôt, le projet d’ascension, le hante. Lorsque de sa propriété de Genthod, il aperçoit le Mont-Blanc par temps clair, celui-ci lui produit une impression presque douloureuse. Plus que toute autre pensée, c’est cet élément moral qui littéralement l’obligea à atteindre le sommet. […]

Vue des environs du lac Léman du côté du nord, par J. A. Linck

Vue des environs du lac Léman du côté du nord, par J. A. Linck

Incidemment, les ouvrages de Saussure révélèrent à leurs lecteurs certains types qui deviendront rapidement célèbres : les guides et les chasseurs de chamois. Jusque là, on les ignorait, ou l’on en faisait des personnages de bergerades. Saussure les montre en action dans  le domaine de la réalité : Pierre Balmat le dégageant d’un mauvais passage au glacier des Pèlerins, tandis que le porteur perd la tête et reste inerte. […] » (Le Mont-Blanc. Route classique et voies nouvelles, Coll. Montagne, éd. Victor Attinger, 1939, Chap. II., p. 16 à 20)

H.-B. de Saussure par Saint-Ours en 1796

H.-B. de Saussure par Saint-Ours en 1796

Stéphen d’Arve a fait dans son  Histoire du Mont-Blanc et de la vallée de Chamonix publiée en 1878 l’inventaire des voyages de Saussure dans notre vallée :

« Sa première excursion à Chamonix remonte à 1760 : il fit l’ascension du Brévent pour la première fois. L’année suivante, il revint et établit des relations avec les plus hardis chercheurs de cristaux pour trouver en eux de bons guides aux explorations botaniques et minéralogiques. Il arrivait de Genève à pied et prenait gîte à l’entrée du bourg dans l’hôtellerie de madame Couteran, avec laquelle il fit amitié. […]

1764 : Troisième voyage, au mois de mars, pour étudier la vallée sous les effets de la neige. Nouvelle ascension au Brévent.

1767 : Quatrième voyage â Chamonix et autour du Mont-Blanc, par l’Allée-Blanche et Courmayeur.

1770 : Cinquième séjour à Chamonix.

1774 : Nouveau tour du Mont-Blanc et première ascension au Crammont.

1775 : Deux autres excursions à Chamonix et première ascension du Buet.

1778 : Neuvième voyage avec Tramblay et Pictet : analyse de l’air. Même opération (comparative), le 13 juillet, à la mortine du Buet. Course, le 15, au Mon­tanvers.

1781 : Dixième voyage ; on remonte au Brévent.

1785 : Onzième voyage. Premier essai, avec Bourrit, d’une ascension du Mont-Blanc par le Dôme du Goûté.

Les fatigues furent énormes et mal récompensées. Mais Saussure emportait la certitude d’atteindre un jour à ce but si ardemment poursuivi depuis un quart de siècle. « Cette idée, a-t-il dit, m’agitait à un tel point, que j’en perdais souvent le sommeil ». (Mémoires ; passim).

A ce moment, sa correspondance avec son hôtesse, la bonne dame Couteran, devient plus active ; il se fait tenir au courant des audacieuses tentatives de son guide préféré, Jacques Balmat (1).

(1) J’ai eu entre les mains ces précieux documents qui sont en la possession de M. Joseph Simond, de Chamonix, petit-neveu de madame Couteran.

Lorsque Balmat qui, le premier, a gravi la cime du Mont-Blanc, accourut lui raconter son triomphe, avec quelle impatience M. de Saussure dut attendre le retour de la saison ! Ses premiers pas, de ce côté, dataient de 1760 : c’est à l’âge de quarante-sept ans qu’il arriva.

Il avait consumé la moitié de sa vie à parcourir les régions limitrophes du mont redoutable dont il convoitait la scientifique conquête. Il y rôde dans tous sens, tantôt de Genève à Chamonix, tantôt de Genève au Mont-Cenis, tournant sans cesse, comme le fauve qui cerne une proie, autour de l’inaccessible sommité. Il a frappé de son marteau de naturaliste tous les puys de l’Auvergne et les pics pyrénéens ; analysé les scories de l’Etna aux pentes de son cratère ; les eaux de nos lacs et celle de la Méditerranée… Quittant brusquement un jour sa chaire de philosophie à l’Académie de Genève sur l’annonce d’une ascension aérostatique, il court à Lyon, solliciter de Montgolfier et de Pilastre des Rosiers une place de néophyte dans ces observations périlleuses. »

(Histoire du Mont-Blanc et de la vallée de Chamonix. Ascensions et catastrophes célèbres depuis les premières explorations (1786) jusqu’à nos jours, nouvelle édition, revue et augmentée de 12 chapitres, préfacée par Francis Wey, 1878, p. 22 à 24)

Saussure fait l’ascension du mont Blanc le 3 août 1787

Il accède à la cime du mont Blanc le 3 août 1787, accompagné de son valet de chambre et de 18 guides, dont Jacques Balmat, celui qui avait conquis le Mt-Blanc avec Paccard le 8 août de l’année précédente avec le Docteur Paccard.
Il passera plus de 4 heures au sommet, pratiquant des expériences et des observations remarquables pour l’époque : il évaluera notamment l’altitude du mont Blanc à 2450 toises, soit 4775 mètres ! ( source : site kairn )

L’ascension de Saussure (site annales)

L’ascension de Saussure (site annales)

« Voyage de M. de Saussure à la cime du Mont-Blanc au mois d’août 1797 » (gravure)

« Voyage de M. de Saussure à la cime du Mont-Blanc au mois d’août 1797 » (gravure)

« H. B. de Saussure, Chamonix reconnaissant » (site amolenuvolette.it)

« H. B. de Saussure, Chamonix reconnaissant » (site amolenuvolette.it)

Compléter avec notre page sur les Voyages dans les Alpes d’Horace-Bénédict de Saussure (éd. 1779, 1786, 1796)

Illustrations de Voyages dans les Alpes par Marc-Théodore Bourrit.

Sites intéressants sur Saussure :
– Site du collège de Saussure
– Site sur l’histoire de l’alpinisme
– Site BU-Lyon1
– Fac-similé du Voyage dans les Alpes disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale de France  

Vous pouvez compléter cette lecture avec les pages suivantes sur notre site :
 Saussure trouve l’explication des plissements alpins
–  William Windham (juin 1741), Relation d’un voyage aux glacières de Savoie en l’année 1741
 Pierre Martel (août 1742), Voyage aux glacières du Faucigny.

 Autres pages sur les  Visiteurs du XVIIIe siècle et les récits de voyage à Passy et dans la vallée de Chamonix

Découvrez le n° 17 de notre revue Vatusium, La traversée de Passy au XVIIIe siècle, et ses nombreux BONUS, ajoutés sur ce site.

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