Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

L’enseignement du tir dans les écoles primaires de Passy

Lire dans notre revue Vatusium n° 16, page 28-29, l’article « L’éducation civique, patriotique, républicaine et militaire dans les écoles primaires de Passy, de 1870 à 1914″.

Voici en BONUS quelques textes et illustrations complémentaires :

« Aussitôt après la guerre de 1870, un grand courant d’opinion s’était manifesté en faveur d’une éducation militaire à donner à la jeunesse française. Dès 1871, Jules Simon, ministre de l’Instruction publique » transmettait aux recteurs « une circulaire du ministre de la guerre disant : « Le gouvernement attache la plus grande importance à ce que les exercices corporels, y compris le maniement du fusil, occupent désormais une large place dans l’éducation de la jeunesse ».

Bataillon scolaire d'Auvers (Source Internet)

Bataillon scolaire d’Auvers (Source Internet)

Le 20 mai 1880, Jules Ferry (…) s’exprimait ainsi dans la circulaire d’envoi : « Le Sénat et la Chambre des députés ont affirmé d’une manière éclatante leur sollicitude pour un enseignement que l’on peut considérer comme le complément indispensable des études scolaires et comme un moyen très efficace d’assurer le bon fonctionnement de nos lois militaires. (…) Les exercices de l’école du soldat (…) préparent directement les jeunes gens au service militaire. Il en est de même des promenades, qui ont pour objet de leur faire contracter l’habitude de la marche et dont on peut profiter pour leur donner des notions de topographie fort utiles. L’enseignement du tir présente également un grand intérêt (…) »

On trouve dans le livre de Jules JOLY et Philippe Paillard, En Savoie. Notre école au bon vieux temps ( Horvath, 1990, 95 pages) deux illustrations de cet entraînement militaire à l’école :

Exercice de tir (J. Joly, op. cit., p. 64)

Exercice de tir (J. Joly, op. cit., p. 64)

Le 29 mars 1881, nouvelle circulaire ministérielle (…) : « Tous les enfants qui fréquentent nos écoles sont appelés à servir un jour notre pays comme soldats ; c’est une œuvre patriotique que nous poursuivons, et nous rendons un vrai service à nos élèves eux-mêmes en cherchant à leur donner des habitudes viriles, à les familiariser, dès l’enfance, avec le rôle qu’ils auront plus tard à remplir, à les initier aux devoirs qui les attendent au régiment. Si, dans toutes les écoles, l’instruction militaire était donnée comme nous le désirons et comme nous le demandons instamment, les jeunes gens, en arrivant sous les drapeaux, n’auraient plus qu’à compléter leur éducation militaire, et ainsi se trouverait résolu le problème de la réduction de la durée du service. (…) » (1)

Exercice militaire (J. Joly, op. cit., p. 64)

Exercice militaire (J. Joly, op. cit., p. 64)

L’usage du fusil dans les écoles remonte aux années 1880 et sera réactivé en 1907, année des décisions prises par la commune de Passy (1) :

« La loi de finances du 29 juillet 1881 mit à la disposition de l’administration une somme d’un million pour l’instruction militaire. Cette somme fut consacrée à la fabrication de 52 600 fusils scolaires de tir, (…) — Il est bien entendu que le fusil d’exercice ne doit pas être susceptible de recevoir la cartouche, tout en se rapprochant autant que possible, comme mécanisme, du modèle en usage dans l’armée ; il va sans dire que son poids et ses dimensions seront en rapport avec les forces et la taille des enfants qui auront à le manier. — Les élèves âgés de plus de onze ans pourront seuls être exercés au maniement de l’arme. » (…)
Jules Ferry (…) fit entrer l’exercice militaire dans le programme des écoles primaires de garçons (27 juillet 1882), et voulut assurer aux bataillons scolaires, dont les municipalités seules avaient jusque-là pris en mains la formation, le concours effectif de l’Etat. (…) « Chaque enfant susceptible de prendre part aux exercices de tir réduit, dans les écoles où ces exercices auront été organisés, pourra tirer au maximum cinq séries de six balles, soit trente cartouches par an. Il ne sera jamais tiré dans la même séance plus de six cartouches par enfant. — Les plus grandes précautions seront recommandées pendant l’exécution des tirs. (…) »

Dans les écoles primaires de garçons, le programme de l’exercice militaire de 1882 fut remplacé cinq ans plus tard (arrêté du 18 janvier 1887) par un programme qui, toujours sous le même titre, Exercices militaires, ne s’applique plus qu’au cours moyen et au cours supérieur :
« COURS MOYEN. — Exercices de marche, d’alignement, de formation des pelotons, etc. — Préparation à l’exercice militaire.
« COURS SUPERIEUR. — Ecole du soldat sans armes. — Principes des différents pas. — Alignements. — Marches, contre-marches et haltes. — Changements de direction. » Un arrêté du 27 juillet 1893 (…), a ajouté des exercices de tir à ce programme : « Dans le cours moyen et le cours supérieur des écoles primaires publiques, l’addition suivante est apportée au programme des exercices militaires : « Pour les élèves âgés de plus de dix ans, exercices de tir à dix mètres à la carabine Flobert ».

Carabine Flobert (Source Internet)

Carabine Flobert (Source Internet)

Des circulaires du 27 juin 1903 et du 26 avril 1907 ont prescrit diverses mesures relatives aux exercices de tir dans les écoles primaires élémentaires : « (…) Depuis la mise en vigueur de la loi du 21 mars 1905 (réduisant à deux ans la durée du service dans l’armée active), la question de l’organisation pratique de cet enseignement dans les écoles revêt, plus que jamais, un caractère d’urgence. (…) :
« 1° Les instituteurs seront invités d’une façon pressante à donner l’instruction du tir à courte distance dans leur école ; il leur sera recommandé, s’ils n’ont déjà une organisation fonctionnant à leur satisfaction, de procéder à la création de petites sociétés scolaires de tir et d’y ajouter une section post-scolaire destinée à assurer la continuation des exercices dans les sociétés jusqu’au service militaire et même après, s’il convient (…) ;

Fabrique de fusils scolaires(Source Internet)

Fabrique de fusils scolaires(Source Internet)

« 5° Les préfets seront invités à faire connaître aux maires le vif désir du gouvernement de voir organiser le tir dans les écoles de toutes les communes, et à appeler leur attention, par une circulaire spéciale à chaque département, sur la nécessité de s’entendre à cet effet avec les instituteurs et de les aider dans la plus large mesure possible. (…). « La création d’une société scolaire de tir peut se faire à peu de frais ; elle peut commencer à fonctionner à l’aide des cotisations volontaires d’habitants de la commune, admis comme membres honoraires, et d’une faible subvention communale. La première installation n’exige, en effet, qu’une dépense d’environ 85 francs permettant d’acquérir la carabine, le rameneur qui est indispensable pour la sécurité du tir, et le porte-carton avec fond de cible, qui peut s’appliquer dans la cour de l’école, contre un mur suffisamment abrité. « Sur tous ces points, les instituteurs peuvent s’inspirer du Manuel de tir scolaire de l’Union des sociétés de tir de France (…)
« J’estime que presque partout, à l’heure actuelle, les instituteurs, dont la plupart ont passé par le régiment, sont capables de donner l’enseignement élémentaire du tir ; mais je suis convaincu que, s’ils avaient à cet égard quelque scrupule sur leur compétence, ils trouveraient aisément, dans chaque localité, d’anciens sous-officiers, caporaux ou soldats suffisamment instruits, très capables de donner à côté d’eux cet enseignement, et qui seraient désignés, en ce qui concerne la section scolaire, par l’instituteur, après agrément de l’inspecteur primaire. (…) « J’ajoute que, pour mener à bien l’organisation de l’enseignement du tir à l’école et au delà de l’école, le concours des communes est indispensable. Il appartient aux municipalités de venir en aide aux sociétés en prenant à leur charge au moins une partie de la dépense et en secondant les efforts des instituteurs par une action commune, qui aura pour effet de grouper autour de l’école toutes les bonnes volontés. (…) « En ce qui me concerne, j’ai l’intention de demander au Parlement, pour répondre au vœu exprimé par la Commission, les crédits nécessaires en vue de contribuer aux dépenses d’installation, là où les ressources locales seraient manifestement insuffisantes. » (1)

Dans les écoles, le ministère met sur pied les bataillons scolaires, on apprend aux enfants à défiler au pas, à manier les armes etc. Les écoles primaires s’équipent de fusils en bois. Les bataillons devant regrouper 200 élèves de 12 ans minimum, cela pose des problèmes, en particulier financiers. Les municipalités traînent souvent et les parents ne sont pas enthousiastes. Des manifestations de grande ampleur sont parfois organisées comme ici, le 14 juillet, place de la Bastille. Ce tableau est au musée Carnavalet :

Bataillon scolaire à la Bastille (Musée Carnavalet)

Bataillon scolaire à la Bastille (Musée Carnavalet)

Extrait de Vatusium n° 16, p. 29 : « Les grandes figures de l’histoire de France, symboles de l’indépendance et de sauvegarde du territoire, sont évoquées régulièrement dans les exercices de français, et la République est valorisée.  Eugène Delale, le petit écolier du Chef-lieu de Passy, apprend ainsi l’histoire de France à travers celle de Clovis, Poitiers, Jeanne d’Arc ; et si l’on parle de Louis XI, c’est pour évoquer ses « remords »… ». Voir ces textes à la rubrique « Cahier d’Eugène Delale, 1882 ».

(1) Pour en savoir plus sur l’enseignement du tir dans les écoles,voir le site de l’INRP.fr , l’article « Militaire (exercice) » tiré du Nouveau Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié sous la direction de Ferdinand Buisson, édition de 1911
(2) Délibération du 12 août 1907 : Enseignement du tir dans les écoles de Passy.
(3) Délibération du 15 juin 1908 : Enseignement du tir

Pour en savoir plus sur l’éducation militaire dans les écoles, voir

–  sur les bataillons scolaires (textes et photos très complets : l’Illustration, le Journal illustré…) et aussi les sites bflons ,  histoire-collection, académie des armes anciennes

– sur les exercices de tir : site de la BNF

– sur les fusils à l’école : site groupelupeen , site amismericourt 

– sur la carabine Flobert

-sur la communale

– sur l’éducation civique

Autres pages sur l’enseignement à Passy   

à découvrir également…

– Le Cahier de mise au net d’Eugène Delale, 1882.

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L’étonnant « Cahier » d’Eugène Delale, école de Passy, 1882

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