Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Origine et sens du mot « boche »

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915.

Alboche, boche et caboche…

« Face aux Boches », Bulletin destiné à la destruction du cafard dans les Boyaux du front, n° 1, août 1915 (site argonnaute.u-paris10)

« Face aux Boches », Bulletin destiné à la destruction du cafard dans les Boyaux du front, n° 1, août 1915 (site argonnaute.u-paris10)

On ne connaît pas avec certitude l’origine du mot « boche » qui a désigné les soldats allemands pendant la Grande Guerre ; mais on est sûr que le terme existait avant le conflit, dès le XIXe siècle, et d’abord sous la forme « alboche ».

« Alors, les gosses ! On joue à la guerre – On peut pas, personne veut faire le boche. »

« Alors, les gosses ! On joue à la guerre – On peut pas, personne veut faire le boche. » Poulbot N° 28 – A. Ternois, éditeur (site cpa-bastille91)

« Alors, les gosses ! On joue à la guerre – On peut pas, personne veut faire le boche. »
Poulbot N° 28 – A. Ternois, éditeur (site cpa-bastille91)

« Alboche est attesté en 1889. Quelque temps après, il s’abrégeait lui-même en « Boche » terme courant pour désigner les Allemands, dès avant la guerre, dans tous les milieux populaires des grandes villes du Midi comme du Nord. […] Il ne désigne pas une nationalité, mais un peuple, une race, avec la nuance péjorative sous laquelle la foule voit l’étranger, ennemi ou non. Il n’est pas seulement le similaire de l’italien tedesco ou du hollandais moffe, il est aussi la réplique parfaite, qui nous manquait, du Welsche, par lequel les Allemands désignent dédaigneusement les gens de race latine. La guerre actuelle est la lutte des Welsches contre les Boches. » (Dauzat, 1917)

Jean-Yves Le Naour, cite le témoignage d’un journaliste dans Le Radical de Marseille du 3 août 1914 : « Tu vas voir si on va les esquinter ces sales Alboches ! » (1914, éd. Perrin, 2013, Chapitre Personne ne pensait à la guerre, p. 163)

« Boche » vient-il de « alboche » ?

« Alboche » désignait à l’époque une personne à fort caractère et à l’esprit un peu obtus, une « tête de bois ». Il s’agissait très vraisemblablement d’un terme de formation argotique forgé à partir d’al(lemand) et de (ca)boche. Ce surnom désignait nos voisins germaniques,… plutôt têtus et obstinés. Ce terme serait d’abord apparu dans l’est de la France et se serait étendu ensuite à l’ensemble du territoire. L’aphérèse « boche » pour alboche (comme « pitaine » pour capitaine) vient aussi peut-être de bosse, « tête » que l’on retrouve dans caboche (cap, « tête »).

Tête de boche, grand roman national par Aristide Bruant, paru en 1915 chez Le Petit Parisien.(site ww1propaganda)

Tête de boche, grand roman national par Aristide Bruant, paru en 1915 chez Le Petit Parisien.(site ww1propaganda)

Ou… « alboche » vient-il de « boche » ?

« Tête de boche » signifiait autrefois « tête de bois ». Bocha, en franco-provençal désigne une boule en bois, comme celle que l’on lance dans un jeu de quilles, par exemple.

C’est cette origine que retient l’historien J.Y Le Naour : « De ces billes de bois, aussi rondes que dures, est issue l’expression « tête de boche » » qui signifie « tête dure », c’est-à-dire imbécile, têtu, lourdaud. Bien entendu, au départ, cette expression peu sympathique n’a rien d’ethnique ni de national, elle définit juste, comme le remarque le dictionnaire d’argot de Rigaud (1878), un individu à l’intelligence « épaisse ». C’est sans doute avec le développement du nationalisme et de la germanophobie que « boche » et « Allemand » se sont fondus en un seul mot – Alboche – à la veille de la guerre. « boche » n’a donc pas été tiré d’ « alboche » », mais c’est bien le contraire qui s’est produit. » (La Première Guerre mondiale pour les nuls, 2013, p. 154)

Ceci est à rapprocher de « bosch », bois en bas allemand et néerlandais : la ville des  Pays-Bas « s-Hertogenbosch », chef-lieu du Brabant-Septentrional, se traduit en français par « Bois-le-Duc ». Donc, tête de « bosch » = tête de bois, et l’expression vient peut-être des Allemands eux-mêmes qui l’auraient employée en 1870.

Carte postale satirique : « Faces boches » (site caricaturesetcaricature)

Carte postale satirique : « Faces boches » (site caricaturesetcaricature)

Voir Les cartes postales satiriques pendant la Première guerre mondiale – Etude comparée des représentations de l’ennemi en France et en Allemagne. Par Pierre BROULAND, Maître de conférence, Faculté des relations internationales, Université d’Economie de Prague. (site caricaturesetcaricature)

Dans les Pieds nickelés s’en vont en guerre, bande dessinée de 1908 qui raconte les aventures de Croquignol, Ribouldingue et Filochard, Louis Forton en tout cas les fait abondamment parler des « Boches » et des « Alboches ».

Aventures parues dans l’Epatant  les Pieds nickelés s’en vont en guerre

Aventures parues dans l’Epatant les Pieds nickelés s’en vont en guerre

Le tirailleur sénégalais raconta aux Pieds-Nickelés : « ‘Y a pas bon ! V’là li Boches. Eux faire kapout à tous li blessés »

Le tirailleur sénégalais raconta aux Pieds-Nickélés : « ‘Y a pas bon ! V’là li Boches. Eux faire kapout à tous li blessés’ (p. 89, B3)

Le tirailleur sénégalais raconta aux Pieds-Nickelés : « ‘Y a pas bon ! V’là li Boches. Eux faire kapout à tous li blessés’ (p. 89, B3)

« Boche » et « alboche » en 1913, à Nancy…

« [Les Boches] Pourquoi ce surnom aux Allemands ? Bien peu de mes camarades le connaissaient avant le mois d’août. J’avais appris son existence à la fin de 1913, au retour de Saverne, où je venais de voir opérer Forstner et de comprendre combien la guerre se faisait inévitable et prochaine. Passant à Nancy, j’échangeais avec de jeunes amis des impressions, quand l’un d’eux me dit vivement :
– En somme, les Boches sont indécrottables.
– Les… quoi ? fis-je.
– Les Alboches
Je suis bien sûr que se sont fourvoyés tous ceux qui ont cherché une étymologie ingénieuse à ce mot nouveau. On a d’abord dit Alboche pour Allemand et c’est resté, parce que cela rimait avec caboche, moche, bidoche, une foule de vilains mots. Le radical est tombé ensuite, par la faute des gens pressés, et le suffixe à consonance injurieuse a subsisté seul.» (Redier, 1916)

Mais pourquoi diable les Allemands auraient-ils plus que d’autres une « tête de bois » ?

L’explication est peut-être à rechercher du côté du jargon des imprimeurs. Le dictionnaire de l’Argot des typographes d’Eugène Boutmy (1883) comporte l’entrée Boche (tête de) avec la définition suivante : « s. f. Tête de bois. Ce terme est spécialement appliqué aux Belges et aux Allemands parce qu’ils comprennent assez difficilement, dit-on, les explications des metteurs en pages, soit à cause d’un manque de vivacité intellectuelle, soit à cause de la connaissance imparfaite qu’ils ont de la langue française et de leur impardonnable ignorance de l’argot typographique. »

Un peu de propagande…

« Les civils allemands n’apparaissent qu’épisodiquement dans les cartes postales. Laide, grossière, stupide, la population ennemie est stigmatisée dans son ensemble. Un thème revient plus que les autres, celui des restrictions alimentaires et des ersatz. Le pain de rationnement K. K. – Kriegskartoffelbrot (pain de guerre aux pommes de terre qui comprenait 20% de fécule de pommes de terre) permet, à cause de sa dénomination propice, d’innombrables allusions scatologiques. » . (site caricaturesetcaricature)

Carte postale « Les Français mangent du Bon Pain Blanc et les Boches du… K.K. » (site compagnons-boulangers-patissiers)

Carte postale « Les Français mangent du Bon Pain Blanc et les Boches du… K.K. » (site compagnons-boulangers-patissiers)

Voir nos autres pages sur
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en particulier
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