Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Passerands évadés des camps allemands en 14-18

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande  Guerre » 1e partie : 1914-1915 et  Vatusium n° 19, 2016 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 2e partie : 1916 à 1919.

Cette page BONUS complète nos articles publiés dans ces deux numéros de Vatusium.

Introduction : Voir notre page « Camps des Passerands prisonniers de guerre en 14-18 »

Parmi les 500 soldats de Passy dont nous avons retrouvé la trace, 22 Passerands ont été faits PRISONNIERS pendant la Grande Guerre ;
2 se sont évadés : BUTTOUD Albert Ambroise, classe 1911 et RICHELMY François
, classe 1913 ;
2 sont morts en captivité.

Camp de Friedrichsfeld 

Camp de Friedrichsfed (Site genealexis.fr)

Camp de Friedrichsfed (Site genealexis.fr)

Les évasions avaient été abordées par les conventions de la Haye : « Les prisonniers évadés, qui seraient repris avant d’avoir pu rejoindre leur armée ou avant de quitter le territoire occupé par l’armée qui les aura capturés, sont passibles de peines disciplinaires. Les prisonniers qui, après avoir réussi à s’évader, sont de nouveau faits prisonniers, ne sont passibles d’aucune peine pour la fuite antérieure. »

« Le premier soin du prisonnier, en arrivant, dans un camp, est de faire connaissance avec sa clôture. […] Je constatai tout de suite qu’il y avait peu d’espoir de ce côté. ». L’évasion signifie pour le prisonnier non seulement échapper aux conditions de détention mais également retrouver son statut de soldat et pouvoir de nouveau combattre pour mener son pays à la victoire. L’honneur militaire et le patriotisme sont de puissants moteurs. La plupart du temps, l’évasion se déroule lors d’un kommando de travail où il est plus facile de se cacher. Les évasions demandent une grande préparation psychologique mais également physique. Rejoindre la ville la plus proche pour prendre un train ou marcher jusqu’à la frontière représente un effort considérable si l’on y ajoute le fait que les prisonniers étaient sous-alimentés. Et cela est d’autant plus difficile qu’ils ne doivent en aucun cas emprunter les routes fréquentées pour ne pas se faire repérer. Le prisonnier doit se fondre, adopter les coutumes locales pour ne pas paraître suspect, il doit savoir parler allemand et avoir des habits civils crédibles : « L’état d’âme de l’évadé ? Ce n’est pas la peur. C’est la tension d’esprit, le qui-vive perpétuel. »

Il est à noter que certains Allemands ont aidé les prisonniers lors de leurs tentatives d’évasion. Au cours de sa deuxième tentative, Robert d’Harcourt se cache dans un entrepôt où il est découvert par un Allemand. Ce dernier ne le dénonce pas et l’aide la nuit venue à sortir de la ville : « […] puis me guida à travers un dédale de ruelles et de cours, dans lequel je ne me serais jamais reconnu seul, jusqu’à l’entrée d’une rue où il m’abandonna, non sans m’avoir vigoureusement serré la main en me souhaitant bonne chance. »La sympathie des femmes en général est également soulignée chez Riou comme chez d’Harcourt. Une fois l’évasion réussie, le prisonnier est envoyé dans la caserne de son régiment pour subir un interrogatoire. Il faut en effet s’assurer que l’évasion est authentique et qu’elle n’est pas une manœuvre d’espionnage.
Si l’opération échoue, l’évadé est ramené au camp pour être puni. La frustration générée par un échec poussait très souvent le prisonnier repris à établir les plans d’une prochaine tentative. Charles de Gaulle et Robert d’Harcourt en sont des exemples. Sur les 313 400 évasions recensées sur toute la durée de la guerre, 67 565 ont été réussies. (Wikipedia, art. Prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale en Allemagne)

Un Passerand réussit son évasion après deux tentatives…

BUTTOUD Albert Ambroise, classe 1911 (Vatusium 19, p. 28).
Né le 5 juillet 1891 à Passy, cultivateur résidant à Passy, fils de Jean Henri Buttoud et de Marie Eudoxie Jacquet domiciliée à Passy ; recensé en 1911 comme cultivateur à Passy hameau du Plan. Conseil de révision : classé dans la 1ère partie de la liste en 1912, inscrit sous le n° 9 de la liste de St-Gervais ;  taille : 1,66 m ; instruction : 2.
Profession en 1934 : menuisier, en 1938 : tabletier (spécialiste du travail de certains bois, de l’ivoire… pour la fabrication des articles de jeu).
Incorporé
au 158e RI de Modane le 9 octobre 1912 ; passé au 97e RI le 1er octobre 1913 puis au 30e RI le 14 novembre 1914 ; blessé le 25 août 1914 au Col de la Chipotte dans les Vosges : éclat d’obus à la main gauche ; hôpital 84 à Clermont-Ferrand du 26 au 31 août, rentré au dépôt. Caporal le 5 mai 1915 ; fait prisonnier le 22 mars 1917 à Artemps, dans l’Aisne, en Picardie, à une dizaine de kilomètres au sud de SaintQuentin, à l’est de Ham ; interné à Dulmen ; évadé le 4 mai 1918 ; passé au 17e RI le 17 mai 1918.
Cité à l’ordre du Corps d’Armée par ordre du Grand Quartier Général du 4 août 1919 : « Bon gradé blessé en 1914 puis fait prisonnier en 1917 au cours d’une contre-attaque, a fait preuve d’un moral élevé et d’un ardent patriotisme en réussissant à s’évader après 2 tentatives»  Croix de guerre étoile vermeil.
Médaille militaire : décret du 16 mai 1952, J.O. du 25 mai 1952.
Campagne contre l’Allemagne : armées du 2 août 1914 au 4 mai 1917 ; captivité du 5 mai 1917 au 15 mai 1918 ; intérieur : du 16 mai 1918 au 15 août 1919. Démobilisé le 16 août 1919 ; se retire au Fayet.

Carte situant le camp de Dülmen

Carte situant le camp de Dülmen

Carte situant le camp de Dülmen


Dülmen 
PHOTO Camp principal de prisonniers situé en Westphalie, au Sud-est d’Arnhem, proche de la frontière hollandaise juste au sud-ouest de Munster- en-Westphalie et au N.E. de Freidrichsfeld. Camp de triage par lequel les prisonniers passent pour être dirigés soit vers d’autres camps, soit dans différents kommandos. Ce camp a reçu la visite des délégués espagnols le 5 Juin 1917, à cette date, il y a 5 934 prisonniers, dont 2.400 français. (site prisonniers-de-guerre-1914-1918)

Un Passerand réussit son évasion après une tentative ratée…

RICHELMY François, classe 1913  (Vatusium 18, p. 17)
Né le 20 novembre 1893 à Cran-Gevrier, canton d’Annecy-Sud, employé de commerce résidant à Grange Canal, canton de Genève (Suisse),  fils de François Marie Louis Richelmy et de feue Esther Péronne Collombet domicilié à Grange Canal, canton de Genève ; recensé en 1911 à Passy au hameau de Chedde comme employé de coopérative.
Conseil de révision : inscrit sous le numéro 49 de la liste du canton de St-Gervais ; taille : 1,68 m ; instruction : 2. Ajournement maintenu par la Commission de réforme du 21 septembre 1913 ; classé bon service armé par le Conseil de révision en 1914 ; taille : 1,68 m ; instruction : 2.
Engagé volontaire pour 4 ans le 5 août 1914 pour le 11e Btn de Chasseurs, parti aux armées le 23 août 1914 ; blessé à la cuisse droite par balle et éclat d’obus le 28 août 1914 ;  fait prisonnier le 28 août 1914 à St-Dié ; interné au camp de Merseburg [dans la province de Saxe, à l’ouest de Leipzig et de l’Elbe, et donc très loin des frontières française et suisse]  et évadé ; hospitalisé en Suisse à Lazarotte [ou Lazarette ? non localisé ; lire « lazaret » ? établissement de mise en quarantaine] le 24 juillet 1917 ; rapatrié de Suisse un an après le 17 juillet 1918. Médaille des évadés. Pension de 40%.

Carte situant le camp de Merseburg, à l’ouest de Leipzig 

 Carte situant le camp de Merseburg, à l’ouest de Leipzig (Robert Broisseau, 2006)

Carte situant le camp de Merseburg, à l’ouest de Leipzig (Robert Broisseau, 2006)

La fiche matricule mentionne deux périodes de « captivité »… séparées de 24 heures ! Sans doute celles d’une tentative d’évasion avortée… : Campagne contre l’Allemagne : intérieur C.S. du 6 au 22 août 1914 ; aux armées du 23 au 27 août 1914 ; en captivité CDBBG du 28 août 1914 au 27 août 1915 ; en captivité du 28 août 1915 au 16 juillet 1918 ; intérieur C.S. du 17 juillet au 11 novembre 1918.
Cité à l’ordre du Régiment du 11 mai 1920, médaille des évadés avec citation d’ordre du régiment (J.O. du 5 juillet 1920, p. 75-37) ; Croix de guerre avec étoile de bronze ; médaille de la Victoire, médaille commémorative de la Grande Guerre.
Proposé pour la Légion d’honneur au titre de combattant volontaire le 14 octobre 1938 par le Centre principal de mobilisation d’Infanterie métropolitaine n° 154 ; chevalier de la Légion d’Honneur à 67 ans (Décret du 9 août 1960, J.O. du 14 août 1960, p. 7630)

La médaille des évadés 

La médaille des évadés est une décoration militaire française, attribuée aux évasés français des lieux de détention ennemis lors des conflits de la période 1870-1945.

Elle a été créée à la suite de la demande de plusieurs associations d’évadés. C’est le député Léon Delsart qui a déposé une proposition de loi en 1925, démarche qui aboutit au vote de la loi du 20 août 1926. Un décret du 2 octobre 1926 précise les dispositions et modèle de l’insigne et du ruban. […] (Textes disponibles sur le site France-phaleristique.com)

Ruban : Vert d’une largeur de 36 mm, coupé dans le sens de la longueur de trois bandes orange. Celle du milieu d’une largeur de 7 mm, celles des bords de 2 mm.

Avers de la Médaille des évadés

Avers de la Médaille des évadés (site Wikipedia, art. Médaille des évadés)

Avers de la Médaille des évadés (site Wikipedia, art. Médaille des évadés)

Médaille : Œuvre du graveur Dubois, l’insigne est rond, en bronze, et porte à l’avers l’effigie de la République française et au revers une couronne de feuilles de chêne avec au centre l’inscription « Médaille des évadés ».

Revers de la Médaille des évadés 

Revers de la Médaille des évadés (site Wikipedia, art. Médaille des évadés)

Revers de la Médaille des évadés (site Wikipedia, art. Médaille des évadés)

Citations : La Croix de guerre 1914-1918 ou des T.O.E. [Théâtres d’opérations extérieurs], accompagne la médaille des évadés pour la Première Guerre mondiale et des opérations qui ont suivi dans les T.O.E. (Site Wikipedia, art. « Médaille des évasés »)

La médaille des évadés est considérée comme un titre de guerre.

Un « Livre d’or des évadés de guerre 1914-1918 1870-1871 » a été publié aux  imprimeries techniques, Paris, en 1937. (Source : Site pages14-18.mes discussions.net, page livre-évadés-guerre, sujet 10194)

Un évadé savoyard témoigne des conditions de détention dans Le Petit Savoyard du 18 mai 1918.
« Les prisonniers. — Un Savoyard s’est évadé »
Après trois tentatives infructueuses, un brave soldat tarin trouve le moyen de s’évader d’Allemagne
Avec joie les habitants de la commune de Saint-Bon ont fêté le retour du vaillant
caporal Blanc Félix-Eugène qui, fait prisonnier le 7 janvier 1915 en Alsace a réussi à s’évader après trois tentatives infructueuses.
Nous avons eu au Petit Savoyard la visite de ce courageux soldat et nous voudrions raconter à nos lecteurs l’intéressant récit qu’il nous a fait de ses diverses tentatives d’évasion et des souffrances endurées par nos malheureux compatriotes prisonniers.
Mal nourri, obligé de faire les travaux les plus malsains et les plus pénibles, souvent pour la moindre incartade mis au régime du pain et de l’eau, les mauvais traitements n’arriveront pas à éteindre la mâle énergie de Blanc qui ayant juré de s’évader pour revoir, dans le plus bref délai, sa charmante femme et les deux bébés qu’il a laissés en partant mit a satisfaire son projet une ténacité bien savoyarde.
Aussi, à trois reprises différentes il tenta de s’enfuir et chaque fois il était pris à quelques kilomètres de la frontière, mis ensuite à un régime plus dur pour punir ses velléités de liberté… cependant le 6 mars 1918, il fut plus heureux et en compagnie d’un sous-officier anglais, il réussit à parcourir, dans les conditions les plus  extraordinaires, 250 kilomètres pour gagner la frontière hollandaise.
— Quelle est la vie des boches ? lui demandons-nous.
— De plus en plus difficile, nous dit-il, on sent véritablement que les souffrances des habitants de ce pays sont tous les jours plus grandes.
— Receviez-vous les colis qui vous étaient adressés ?
— Très rarement les colis individuels, mais très régulièrement les colis adressés par le Comité des prisonniers de guerre de l’arrondissement de Moûtiers. Aussi je ne saurai trop lui manifester ma reconnaissance car grâce à l’excellente organisation mes souffrances ont été atténuées.
Nous transmettons au Comité des prisonniers de guerre les remerciements du caporal Blanc et à notre tour nous le complimentons pour son retour parmi nous. (
Site pages14-18.mes discussions.net, page livre-évadés-guerre, sujet 10194)

Autres évasions de prisonniers savoyards !
Récit tiré de La Croix de Savoie du 25 juillet 1915 :
BOUVARD Alfred. Natif des Déserts (Savoie) mais dont les parents sont venus tôt à Paris, ce chasseur de Vincennes informe ses anciens professeurs de son évasion, La Croix de Savoie :
Mon bien cher, ma carte, sans doute, va vous surprendre, mais je devais vous dire que je me suis évadé d’Allemagne depuis le 20 juin. Après onze nuits de marche, je suis arrivé à la frontière Suisse. Je me suis rendu ensuite par le chemin de fer à mon dépôt, à Troyes, où je suis depuis dimanche. Ma souffrance morale, là-bas, était trop grande, et la pensée de passer peut-être encore un hiver dans ce pays où tout regard respire la haine, me pesait horriblement. Je savais aussi ma bonne maman rongée par l’ennui que lui causait ma captivité ; et le besoin de venir la consoler m’a poussé à l’évasion… Seule la crainte de ne pouvoir peut-être pas accomplir le voyage et d’être arrêté en cours de route, m’a fait hésiter un instant… Si j’avais été arrêté, j’eusse été condamné à la prison pendant plusieurs années et il m’eut eût impossible d’écrire à ma chère maman… Dans mon hésitation, j’ai prié le Bon Dieu de ne pas m’abandonner, car, en entreprenant ce voyage, je ne faisais que mon devoir de soldat français.
Je suis parti avec la conviction qu’Il me protégerait. Je ne me suis pas trompé : me voilà bien loin maintenant du joug allemand.
Alfred Bouvard, x° chasseurs de Vincennes. (Site pages14-18.mes discussions.net, page livre-évadés-guerre, sujet 10194)

Un Savoyard évadé d’Allemagne. – Un prisonnier de guerre, de la Côte-d’Aime, Berthaud François, s’est évadé d’Allemagne
Nous venons d’apprendre qu’un jeune homme, nommé François Berthaud, natif et domicilié à la Côte-d’Aime, soldat au 99e d’infanterie, avait pu s’évader d’Allemagne, et était arrivé chez lui en permission de vingt jours.
Nous serions heureux qu’il nous rende visite, pour que nous puissions publier quelques intéressants détails sur son évasion et sur la vie en Allemagne.
En attendant, nous pouvons dire que Berthaud était en Allemagne depuis le mois d’octobre 1914. D’après ses dires, la misère serait grande chez les Boches. Beaucoup de gens ne peuvent plus acheter pour s’habiller que des vêtements en papier. Une attache de soulier en papier tordu se vend quarante centimes.
Berthaud travaillait comme mineur et a pu avec un autre camarade se préparer une place dans un wagon de charbon destiné à la Hollande
. (Site pages14-18.mes discussions.net, page livre-évadés-guerre, sujet 10194)

Sources et sites  à consulter pour en savoir plus :

Site Wikipedia, art. « Médaille des évadés » http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9daille_des_%C3%A9vad%C3%A9s

Wikipedia, art. Prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale en Allemagne  https://fr.wikipedia.org/wiki/Prisonniers_de_guerre_de_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale_en_Allemagne

Site pages14-18.mes discussions.net, page livre-évadés-guerre, sujet 10194  http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/livre-evades-guerre-sujet_10194_1.htm

Voir nos autres pages sur
– Passy pendant la grande Guerre
en particulier
 notre page consacrée au monument aux morts de Passy.

– Passy de 1920 à nos jours.

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