Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Combats du 116e BCAP en Champagne du 28 au 30 septembre 1915

Et mort de Joseph Héribert Falquet tué le 29 septembre 1915.

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915, page 59.

Cette page BONUS complète notre article « Les Passerands dans les offensives conjuguées d’Artois et de Champagne en 1915 » et l’encadré « Falquet disparu en Champagne le 29 septembre 1915 » publiés dans Vatusium n ° 18, pages 57 à 59.
Elle précise les circonstances de la « disparition » de ce Passerand passé au 116e Bataillon de Chasseurs le 4 mai 1915 et des combats de cinq autres Passerands tués ou blessés dans l’offensive française de fin septembre 1915 en Champagne. (Voir Vatusium n° 18, p. 58)

3 Passerands morts pour la France :
Bottollier Robert Valentin, classe 1915, 42e Régt Infant., tué le 25 septembre 1915 à la ferme des Wacques à Souain-Perthes-lès-Hurlus.
Falquet Joseph Héribert, classe 1909, 116e Bataillon de Chasseurs, disparu le 29 septembre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand, à l’est de Reims (voir ci-dessous).
Ramus François Emile, classe 1907, 30e RI, blessé mortellement le 25 ou le 27 septembre 1915 à Souain-Tahure, décédé le 10 octobre 1915. Voir notre page « Combats du 30e RI en Champagne du 25 septembre au 15 octobre 1915 »

4 Passerands blessés et/ou prisonniers :
Dumoulin Gaston François, classe 1896, sergent blessé le 2 septembre 1915 près de la Ferme Beauséjour à l’est de Reims
Denis François Henri, classe 1909, au 8e Btn de Chasseurs le 5 juin 1915 ; disparu le 25 septembre 1915 à Auberive-sur-Suippes, prisonnier interné à Giessen ; rapatrié le 9 janvier 1919.
Raffort-Deruttet René, classe 1914, sergent au 103e RI blessé le 25 septembre 1915 devant Auberive.
Bouchard Pierre Joseph Chérubin, classe 1915, 116e Btn de Chasseurs, blessé le 30 septembre 1915 à Souain, Perthes-lès-Hurlus.

Le 116e Bataillon de Chasseurs fut formé à La Boisse, dans l’Ain, le 18 mai 1915. Il fait partie de la 314ème Brigade d’Infanterie et de la 157ème division. Avec 16 officiers, 61 sous-officiers, 1004 hommes, 43 chevaux et 96 mulets.  (Source : JMO, page 13)

En septembre 1915, ce Bataillon a fait la bataille de Champagne, au nord de la ferme des Wacques.

Carte de l’offensive de Champagne en 1915 : voir la flèche rouge au centre (Source blogs.ac-amiens)

Carte de l’offensive de Champagne en 1915 : voir la flèche rouge au centre (Source blogs.ac-amiens)

Circonstances et enjeux de la Bataille de Champagne
(Texte tiré de « La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants, en 2 tomes  Aristide Quillet, 1922 » cité sur le site Chtimiste)

« Fixée à la date du 25 septembre 1915, cette offensive se déclencha entre la vallée de la Suippes et la lisière ouest de la forêt d’Argonne, dans ces plaines nues et grises. Cette lutte de douze jours porte dans l’histoire le nom de bataille de Champagne. Elle évoque symboliquement un dessein, vite abandonné, de retour à la guerre de mouvement, et une libération relativement importante de terre française. Au point de vue technique, elle marque une étape bien déterminée de la guerre.

Prélude

Ce fut la première fois qu’on vit donner tant de valeur à la préparation d’artillerie. Jamais non plus on n’avait remué autant de terre pour procurer aux troupes d’assaut de propices emplacements de départ. L’infanterie disposait de mitrailleuses en nombre sensiblement plus élevé, et elle allait se servir pour la première fois des grenades modernes, grenades à fusil ou grenades à main munies d’une mise à feu à temps.

La cavalerie sortit de sa longue inaction pour prendre au combat une part qu’elle ne retrouvera plus jusqu’à la fin de la guerre. Enfin, on partait avec l’espoir de rompre, dans toute leur profondeur, les organisations ennemies.

D’avance, le général Joffre considérait cette offensive comme l’opération principale de la campagne de 1915, et il la prépara durant trois mois avec le soin le plus minutieux. Son objectif essentiel était de rompre le front adverse et d’en repousser les débris assez loin pour nous assurer une zone de manœuvre. « Il faut, disait-il dans ses instructions aux commandants d’Armée, profiter des circonstances présentes, qui ont amené les Allemands à dégarnir leur front occidental, pour rompre leurs lignes de défenses organisées et les forcer à accepter la bataille en rase campagne. La soudaineté et la puissance de notre attaque doivent les désemparer. »

Pour mieux nous ménager le bénéfice d’une surprise et donner à l’opération son maximum de portée, cette offensive devait coïncider avec une attaque secondaire, entreprise dans la région d’Arras (L’offensive en Artois, sept) par les forces combinées du général Foch et du maréchal French. Ainsi l’ennemi se trouverait menacé des deux côtés de l’équerre de Noyon.

En outre, cette grande action de Champagne serait appuyée par une manœuvre offensive de la 3e Armée sur la rive droite de l’Aisne, et par une action défensive de la 5e Armée entre Craonne et le massif de Brimont.

Le général de Castelnau avait été chargé de la conduite générale de l’offensive en Champagne. Pour l’exécution de cette mission, il avait groupé les forces, dont il disposait, en deux Armées : la 2e, commandée par le général Pétain, l’ancien et déjà glorieux chef du 33e Corps d’Armée, en Artois, et la 4e, sous les ordres du général de Langle de Cary. Elles constituèrent une énorme masse de manœuvre de vingt-neuf divisions et de deux Corps de cavalerie, appuyée par huit cents pièces d’artillerie.

En face, dans l’immense plaine aride et crayeuse coupée de bois, le général Von Einern, avait organisé le terrain en deux zones de défense la première présentant de trois à cinq lignes de retranchements séparés par des réseaux barbelés ; la seconde, à 4 kilomètres en arrière, moins puissante, mais établie selon le perfide procédé de la contre-pente, et reliée à la première par des tranchées en tous sens. (…)

L’offensive

Elle commença le 22 septembre 1915, la préparation d’artillerie, formidable, incessante, plongeant les Allemands dans la stupeur et l’effroi. Elle broya d’abord à grande distance les bivouacs de cantonnement et les bifurcations de voies ferrées.

Puis, sous la pluie de nos projectiles, l’ennemi vit sa première position anéantie, et tout ravitaillement lui devint impossible. Pendant soixante-quinze heures, sans arrêt, et par cent mille, nos obus écrasèrent tranchées, abris, boyaux, fils de fer et défenseurs. Des officiers allemands calculèrent que, dans un secteur de cent mètres de largeur sur un kilomètre de profondeur, il était tombé 3600 projectiles par heure. Un temps très beau et très clair favorisait le réglage et aidait fort à propos l’adresse de nos canonniers.

Malheureusement, dans la nuit du 24 au 25, le ciel s’emplit de gros nuages, et des torrents d’eau vinrent délayer cette terre molle et blanchâtre de la Champagne. La question se posa à l’État-Major de savoir s’il n’y avait pas lieu de retarder l’attaque pour attendre de meilleures conditions atmosphériques. Mais, malgré son importance, l’approvisionnement en munitions ne permettait pas de prolonger davantage la préparation d’artillerie. D’ailleurs, le temps parut se remettre au beau.

Le 23 septembre 1915, un ordre du jour du Généralissime avait demandé à nos soldats :

« D’y aller à plein cœur pour la délivrance de la Patrie et pour le triomphe du Droit et de la Liberté. Votre élan sera irrésistible, disait-ilIl vous portera d’un premier effort jusqu’aux batteries de l’adversaire, au-delà des lignes fortifiées qu’il vous oppose. Vous ne lui laisserez ni trêve, ni repos, jusqu’à l’achèvement de la victoire. »

C’était là une fière réponse aux Allemands qui, depuis un mois, lançaient dans nos tranchées d’insolents messages portant ce défi : « A quand votre fameuse offensive ? Nous vous attendons. »

Dans ses directives aux chefs de grandes unités, Joffre insistait sur ce point qu’il s’agissait de gagner en profondeur le plus de terrain possible sur l’ennemi. Il recommandait de mettre à profit l’ardeur offensive et l’esprit de sacrifice de notre cavalerie, depuis si longtemps inemployée, et cependant si impatiente de retrouver son rôle dans les combats.

Le 24 septembre, on se prépara avec entrain à la grande attaque. Un immense champ de bataille s’ouvrait aux élans. Il s’étendait sur une largeur de 25 kilomètres, d’Auberive à Ville-sur-Tourbe, dans un paysage crayeux, creusé, çà et là, de dépressions de terrain, et bordé, au nord est, par l’Argonne. L’uniformité morne de ces plaines n’était rompue que par de nombreux bois de pins, toujours pareils, à qui leurs formes géométriques servaient d’appellation : le bois Carré, le bois en Losange, en Trapèze, etc. D’autres noms obscurs désignaient les différents points de cette étendue grise qui, sous son apparence immobile et silencieuse, recelait partout la mort : la ferme de Navarin, l’Épine de Vedegrange, le Trou Bricot, la butte de Tahure, la Main de Massiges. L’héroïsme de nos soldats allait leur donner dans le monde entier une renommée éternelle.

Les troupes passèrent la nuit du 24 au 25 dans les places d’armes, à l’arrière des crêtes, en attendant l’heure H, qui devait donner à tous le signal de l’assaut.
Ce déplacement à travers l’étroit réseau des boyaux et des parallèles n’alla pas sans peine pour la plupart des régiments et bataillons, les ordres de départ ayant souvent été donnés avant que le passage fût libre. La première et la deuxième ligne regorgèrent bientôt de soldats dont les rangs pressés et immobiles arrêtaient la marche de ceux qui suivaient. Dans la nuit opaque, sous la pluie presque incessante, bien des cohues jetèrent les combattants les uns sur les autres, sans altérer leur entrain ni leur belle humeur.

Le 25 septembre 1915

Le jour paraît, gris et humide ; l’heure H est fixée à 9h15… Un commandement part : « En avant ! Vive la France ! » Sans hésitation, sur toute la largeur de l’immense front, les fantassins bleus bondissent au-dessus des parallèles de départ et s’avancent en vagues simultanées et correctement alignées. La surprise de l’ennemi est si complète que ses tirs de barrage restent sans intensité.

Fronts successifs en Champagne de février à septembre 1915 ; St-Hilaire-le-Grand, en bas à gauche. St-Souplet et Auberive à gauche (site memorial19141918)

Fronts successifs en Champagne de février à septembre 1915 ; St-Hilaire-le-Grand, en bas à gauche. St-Souplet et Auberive à gauche (site memorial19141918)

 La transcription du J.M.O. du 116ème bataillon de chasseurs à pied permet de vivre les derniers jours du chasseur passerand Joseph Héribert Falquet (transcription assurée par Bernard Théry, 2015) :

Source : site Mémoire des hommes, Journaux des unités 1914-1918.

« 23 septembre 1915 : Exercice pour tout le bataillon de lancement de grenades dans les tranchées de Brensville.

24 septembre : Manœuvre de Bataillon.  Occupation et organisation de positions aux côtes 106 et 106 ( ?) à l’Ouest et au Sud  de Cinqueux.

25 septembre : Exercice de détail par Cie. A 16H reçu l’ordre d’embarquer le Bataillon le 26 à 2h en gare de Pont Ste-Maxence, par chemin de fer.

26 septembre : Le 116ème Bataillon quitte le cantonnement des Ajeux et de Sarrou à 1h20 et arrive à 1h50 en gare de Pont Ste-Maxence.  Le Bataillon s’embarque en 2 fractions. 1ère fraction : Etat-major C.H.R (Compagnie Hors Rang) moins les téléphonistes, les mitrailleurs, tous les T.C. et T.R. 1ère Cie et 100 hommes de la 2ème Cie. Départ de ce train à 6H.
2ème fraction : 100 hommes de la 2ème Cie, les 3ème et 4ème Cies et les téléphonistes.  Le Capitaine Leypold commande ce détachement. Départ 8H. Le Bataillon est à l’effectif suivant : 21 officiers, 68 sous-officiers, 1029 hommes, 148 chevaux et mulets.
Débarquement à 19h50 en gare de St-Hilaire-au-Temple (Marne) au N.E d’Epernay.  Installation du bivouac dans le bois à l’Est de la route de Châlons à Suippes, au croisement de cette route avec la voie romaine à 1500m environ  au nord de la gare de Cuperly. Formation du bivouac au N.O. en ligne de colonnes doubles de Bataillons. Ordre 102, 107, 116, 32. Bat. de chasseurs.

27 septembre : Le bivouac est levé à 6H. La 314ème Brigade s’embarque à 7h40 en automobiles sur la route de Châlons à Suippes.  Elle est transportée à 1h environ au Sud de St-Hilaire le Grand (ouest de Souain) où elle est débarquée à 9h50.  Le 116ème Bataillon stationne alors dans les tranchées et boyaux allant de la ferme hippique à St-Hilaire.  A 13h30, reçu l’ordre de se porter au Nord de St-Hilaire. La Brigade encadrant la route de St-Hilaire à St-Souplets (lire St-Soupplets). Deux Bataillons à l’Est (32 et 116) et 2 Bataillons à l’Ouest (102 et 107). Occupation sous le feu le l’artillerie ennemi de l’ex-première ligne de tranchées allemandes.  Le 116ème Bataillon stationne pendant la nuit au Sud du Bois Volant à 1km à l’Est de l’Epine de Vedegrange (voir plan directeur, feuille 10), où est le P.C du Colonel Cdt la Brigade.  Pendant cette nuit, violent bombardement par l’artillerie lourde allemande, pas de pertes.

28 septembre : Situation inchangée jusqu’à 9h30, heure à laquelle arrive l’ordre de mettre la 314ème Brigade de chasseurs à la disposition du Général Cheuret, Cdt la 14ème division. La Brigade est dirigée vers l’Est.  Elle suit les lisières des bois Raquette, 172, 171, 170, Bois de la Côte, 150 (plan directeur, feuille N° 10), Bois 33, 32, 31, 30, 29 (feuille 11).  Elle est rassemblée dans le Bois 28.  A 18h30 arrive l’ordre d’attaque.  Objectif : la tranchée allemande dite « Tranchée des Tantes » aux n° 1205 et 1207.  Le 116e Bataillon prend la formation suivante :
2 Compagnies déployées en avant (2ème et 3ème), 2 Compagnies en lignes de sections par quatre en échelon en arrière à droite et à gauche (1ère et 4ème).  Une section de mitrailleuses avec chacune de ces deux dernières Compagnies.  L’attaque se déclenche vers 19h.  Le Bataillon a en avant de lui les 32ème, 102ème, et 107ème Bataillon de Chasseurs, qui ont reçu l’ordre d’attaquer les mêmes objectifs. La progression et surtout les liaisons sont rendues difficiles par suite de la pluie, du violent bombardement et les gaz asphyxiants.

Carte des mouvements du 116e btn de chasseurs du 28 septembre au 6 octobre 1915 : en haut à gauche la « Tranchée des Homo-Sexuels » et la « Tranchée des Tantes » (JMO, page 24)

Carte des mouvements du 116e btn de chasseurs du 28 septembre au 6 octobre 1915 : en haut à gauche la « Tranchée des Homo-Sexuels » et la « Tranchée des Tantes » (JMO, page 24)

29 septembre : Au lever du jour le 116ème Bataillon, se trouve à environ 400m au Sud de la Tranchée des Tantes en formation articulée entre les points 1205 et 1207. Les Bataillons le précédant avaient enlevé la position allemande.  Vers 6h, le Bataillon a appuyé l’attaque de la 313ème Brigade sur le « Fortin » et la « tranchée des Homosexuels » (tranchées à l’Ouest de la tranchée des Tantes.)
Les Compagnies 1 et 4 reçoivent l’ordre alors d’aller dans le Bois N° 2 et d’en faire un solide point d’appui et de se relier avec le Bois sans nom (P.D feuille 11-469).  Le peloton des mitrailleurs est également au Bois N°2. Les Compagnies 2 et 3 ont suivi l’attaque de la 313ème Brigade et ont été arrêtées devant le Bois J.31.
Toute la journée et la nuit, ces positions sont maintenues malgré un violent bombardement d’artillerie lourde.  Organisation du point d’appui en Bois 2.

Haut de la carte des mouvements du 116e btn de chasseurs du 28 septembre au 6 octobre 1915 : en haut à gauche la « Tranchée des Homo-Sexuels » et la « Tranchée des Tantes » (JMO, page 24)

Haut de la carte des mouvements du 116e btn de chasseurs du 28 septembre au 6 octobre 1915 : en haut à gauche la « Tranchée des Homo-Sexuels » et la « Tranchée des Tantes » (JMO, page 24)

30 septembre : Les mêmes positions sont maintenues sous un grand bombardement, plusieurs attaques essayant de déboucher de la tranchée allemande des Homo Sexuels ont été arrêtées par les 15 mitrailleuses rassemblées là par le Cdt du peloton des mitrailleuses du 116e bataillon.
Vers 18h, bombardement inouï d’environ une heure par l’artillerie lourde allemande, puis arrêt subit de la canonnade et attaque allemande arrêtée net. Maintien intégral des positions. »
Pertes de ces trois journées de combat pour la 116ème Bataillon : dix officiers, dont le Commandant, et 116 hommes ont été blessés et 2 officiers et 330 hommes disparus !

La 314e Brigade rassemble ses éléments à la Ferme des Wacques » sur la route de Souain à St-Hilaire-le-Grand. »

Bas de la carte des mouvements du 116e btn de chasseurs du 28 septembre au 6 octobre 1915 : la Ferme des Wacques (JMO, page 24)

Bas de la carte des mouvements du 116e btn de chasseurs du 28 septembre au 6 octobre 1915 : la Ferme des Wacques (JMO, page 24)

Joseph Héribert Falquet était parmi les disparus, et son décès est fixé sur sa fiche matriculaire au 25 septembre 1915, il sera déclaré « Mort pour la France et tué à l’ennemi le 29 septembre 1915 » : Jugement rendu le 15 février 1921 par le tribunal de Bonneville et transcrit à Passy le 22 février 1921.

Fiche de Joseph Héribert Falquet sur le site du Ministère de la défense « Mémoire des Hommes »

Fiche de Joseph Héribert Falquet sur le site du Ministère de la défense « Mémoire des Hommes »

Suite du récit des combats de St-Hilaire-le-Grand (site Chtimiste)

Bilan de la première journée d’offensive

« Cette sanglante journée du 25 septembre s’acheva sous la pluie qui n’avait guère discontinué depuis le début de l’attaque. Sur la grande plaine champenoise une nuit très noire s’étendit, éclairée de temps à autre par les sillons lumineux des fusées. La fatigue de nos soldats se doublait d’une amère déception. Ils avaient espéré que cette offensive, si minutieusement préparée, les conduirait à une prompte et décisive victoire. Hélas ! Après la griserie des premiers succès, il fallait se résigner à de nouveaux efforts, de nouveaux sacrifices.

Cependant, tout s’était passé suivant les instructions données par le Haut Commandement. Les objectifs situés dans la première ligne ennemie avaient, pour la plupart, été dépassés. Nos batteries de campagne avaient franchi boyaux et tranchées et avaient suivi et soutenu efficacement notre avance victorieuse. Les réserves avaient bien rempli leur rôle. Mais la deuxième ligne allemande était demeurée inaccessible dans tout son ensemble.

Notre État-Major n’en avait eu qu’imparfaitement connaissance ; la puissance de ses défenses ainsi que l’habileté de son établissement avaient provoqué chez les troupes d’assaut une désolante surprise. Cette deuxième ligne, située sur le versant nord de la Dormoise, s’était trouvée hors de la portée de notre artillerie de campagne. Elle sortait à peine de terre à la fin de juillet ; mais, dès qu’avaient commencé nos travaux d’approche, l’ennemi s’était mis à y travailler fiévreusement.
Nos pièces lourdes avaient bien essayé de gêner ce travail, puis d’en détruire les effets. Malheureusement, elles étaient trop peu nombreuses et trop mal approvisionnées pour pouvoir obtenir un résultat sérieux. Malgré tout, au moment de l’attaque, les tranchées n’étaient pas encore complètement terminées sur la croupe de l’Arbre 193 et à l’ouvrage de la Vistule.
Par contre, les organes de flanquement se trouvaient tous en place, ainsi que les réseaux barbelés qui présentaient même une résistance et une épaisseur inaccoutumées. Les cisailles de nos soldats ne parvinrent pas à les couper. La force de cette ligne était doublée par son tracé à contre-pente, qui la rendait absolument invisible à nos observatoires terrestres.

Néanmoins, dans la soirée du 25, nos troupes avaient gagné, sur tout le front de bataille, une appréciable profondeur de terrain. Quatre avances étaient particulièrement à signaler, en raison de leur importance tactique une, assez légère, en direction de Saint-Souplet ; deux, plus importantes, dans la région nord de Souain et de Perthes-les-Hurlus ; la quatrième dans la région de Maisons-de-Champagne et de la Main-de-Massiges.

La lutte allait se poursuivre les jours suivants et se prolonger, après une courte interruption, jusqu’au 7 octobre. »

Carte des fronts successifs en Champagne en février-mars 1915 ; Perthes-les-Hurlus et Tahure au centre ; Souain, en bas à gauche (Source site lemilitarial)

Carte des fronts successifs en Champagne en février-mars 1915 ; Perthes-les-Hurlus et Tahure au centre ; Souain, en bas à gauche (Source site lemilitarial)

Le 26 septembre, complétant et élargissant les succès de la veille, nos vagues d’assaut arrivèrent à border complètement la deuxième position allemande, depuis la route de Saint-Soupplets jusqu’à la butte de Tahure, c’est-à-dire sur un front de quatorze kilomètres.

Plus à l’est, l’ennemi réussit à se maintenir dans ses retranchements entre Tahure et la butte du Mesnil. La progression de toute la 2e Armée se trouva de ce fait enrayée. Cependant les Allemands semblaient décontenancés par la violence de nos assauts. De très nombreux prisonniers, un important matériel tombèrent entre nos mains. On a dit qu’à cette heure difficile von Einem avait donné un ordre de repli sur la Meuse.

Les 27 et 28 septembre, nous cherchâmes encore vainement à faire brèche dans la deuxième position allemande, bien que les effectifs eussent d’abord paru assez faibles sur toute la partie abordée par la 4e Armée. On se battit sans répit sur toute la largeur du front. Autour de la ferme de Navarin, coloniaux, tirailleurs marocains et chasseurs à pied s’élancèrent en de furieux assauts.

Le 28, du côté de Somme-Py, le 1e régiment colonial était parvenu un moment à entamer la deuxième position allemande avec l’aide des tirailleurs sénégalais. A l’Épine de Vedegrange, quelques braves du 16e régiment d’infanterie pénétrèrent également dans la position et commencèrent à l’explorer. Payant d’audace, le sergent Le Lorrec et le caporal Launay forcèrent même à se rendre les Allemands qu’ils rencontrèrent, et ramenèrent ainsi trente prisonniers.

Mais partout nos soldats se heurtaient à des organisations défensives dont la valeur n’avait pu être exactement appréciée, à des fils de fer intacts, à des tranchées à contre-pente. N’existait-il pas un endroit plus vulnérable, un défaut de l’armure dans cet impénétrable système de fortifications ?

Batailles de Champagne : mars et septembre 1915 (Source site patrimoine51)

Batailles de Champagne : mars et septembre 1915 (Source La guerre racontée par nos généraux planche 17, site patrimoine51)

Un moment, le général de Castelnau pensa l’avoir trouvé et il ordonna de chercher la rupture entre la butte de Tahure et la route de Saint-Soupplets par une action d’ensemble bien préparée et méthodiquement menée. Mais le mauvais temps, l’impossibilité de régler le tir de l’artillerie, une liaison insuffisante entre l’infanterie et l’artillerie, l’arrivée de renforts ennemis ajoutaient encore aux difficultés qui s’accumulaient devant nous depuis quatre jours.

Cependant, au cours de la journée du 29, on vit briller une dernière lueur d’espoir. Le 28 au soir, nous avions pris pied dans un élément de la deuxième position que nos soldats désignaient sous un terme d’argot à la crudité rabelaisienne : ils l’appelaient la Tranchée des Tantes. Celle-ci fut même légèrement dépassée. On signala aussitôt cette progression à l’état-major du 7e Corps qui pensa que l’élargissement de cette brèche pouvait conduire à la percée.

Durant la nuit, toutes les unités disponibles furent acheminées vers cette partie du front.

Le lendemain, plus de neuf régiments franchirent la tranchée des Tantes. Malheureusement, ils avaient été amenés des points les plus divers et plusieurs même venaient de débarquer. Ils ne connaissaient pas le terrain, ce qui rendit très pénible leur marche vers le lieu de concentration et occasionna les retards les plus préjudiciables. Arrivé le premier et lancé en pleine nuit, sous une pluie battante, le 42e régiment d’infanterie ne put concerter son action avec celle des groupes de cavaliers à pied et de coloniaux qui opéraient à sa droite, ni avec celle des chasseurs à pied qui s’efforçaient d’avancer à sa gauche.

A l’aube, il était cerné par les Allemands qui contre attaquaient sur nos deux flancs. La brigade Destenave, dont le bataillon de tête accourait, ne put déboucher de la tranchée où s’entassaient en désordre fantassins, chasseurs, marsouins et cavaliers. Les autres brigades n’arrivaient à proximité que dans la journée du 29.

Une attaque de nuit fut alors préparée. Mais l’ennemi s’était solidement installé en arrière de la brèche, et faisait converger sur l’étroit goulet des feux incessants d’artillerie et de mitrailleuses. A une heure du matin, quelques éléments essayaient encore d’attaquer, mais vainement.
Le général de Castelnau décida de renoncer à cette tentative demeurée trop longtemps stérile. La deuxième position allemande restait intacte. Afin de l’enlever, il devenait désormais nécessaire de reprendre une préparation d’artillerie sur l’ensemble du front. Le nouvel assaut devait être ensuite tenté avec des troupes fraîches.

Ces raisons nous obligeaient à marquer un temps d’arrêt pour les préparatifs d’une nouvelle offensive d’ensemble. Aussi le général Joffre se décida-t-il à suspendre cette action. Mais, afin de consacrer les résultats obtenus, il adressa, le 3 octobre, aux troupes qui venaient de soutenir avec tant de vaillance l’âpre lutte, un ordre du jour qui se terminait par ces mots :
« Aucun des sacrifices consentis n’a été vain. Tous ont su concourir à la tâche commune. Le présent est un sûr garant de l’avenir. Le Commandant en chef est fier de commander aux plus belles troupes que la France ait jamais connues. »

La nouvelle attaque se déclencha le 6 octobre, par un temps brumeux qui gêna beaucoup le tir de notre artillerie. »

Suippes et St-Hilaire-le-Grand, front au 25 juin 1915 (Source Internet)

Suippes et St-Hilaire-le-Grand, front au 25 juin 1915 (Source Internet)

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