Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Quatre Passerands morts pour la reprise du fort de Douaumont, 24 octobre 1916

Lire notre revue Vatusium n° 19, 2016 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 2e partie : 1916 à 1919, pages 9 à 13.

Cette page BONUS complète notre article « Il allait avoir 20 ans à Douaumont. Joseph Buttoudin » publié dans Vatusium n ° 19, pages 9 à 13.

Voir notre page « Les 300 jours de VERDUN et les Passerands en 1916 »

Trois Passerands ont été tués le même jour, 24 octobre 1916, jour de la reprise de Douaumont et un 4e blessé mortellement le 28 octobre : BUTTOUDIN Joseph François, classe 1916, MOTTIN Alfred Ambroise, classe 1913, POLLET Auguste Claudius, classe 1910, DECRET François Ulysse, classe 1916 (Vatusium n ° 19, pages 12-13).

Vue générale et actuelle du fort de Douaumont

Vue générale et actuelle du fort de Douaumont (site grandeguerre1418)

Vue générale et actuelle du fort de Douaumont (site grandeguerre1418)

La reconquête française à Verdun, octobre-décembre 1916

La reconquête française à Verdun, octobre-décembre 1916 (site 87dit)

La reconquête française à Verdun, octobre-décembre 1916 (site 87dit)

Le 24 octobre 1916 marque la « reprise du fort de Douaumont par l’énergique Mangin, sous la conduite de Nivelle, et malgré les conseils de prudence de Pétain. » (J. Y. Le Naour, 1916. L’enfer, p. 279, livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy)

Le fort de Douaumont avant 1916

Le fort de Douaumont avant 1916 (Wikipedia, art. Bataille de Verdun)

Le fort de Douaumont avant 1916 (Wikipedia, art. Bataille de Verdun)

Pétain était, lui, partisan d’une guerre défensive. « Un officier d’infanterie posté à Verdun » écrira à son propos : « C’est le seul des grands chefs qui aime les hommes. » » (Paul Jankowski, 21 février 1916. Verdun, coll. « Les journées qui ont fait la France », NRF, Gallimard, 2013, p. 239, livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy)

« Les ardeurs du général Mangin, qui avait attaqué Douaumont sans succès en mai avant d’y parvenir en octobre, lui avaient valu le sobriquet de « mangeur d’hommes » dans la troupe, mais aussi toute l’estime de son supérieur, Nivelle, qui ferait de nouveau appel à son armée lors de la désastreuse offensive du Chemin des Dames, en avril 1917. » (Paul Jankowski, p. 235) Sans doute un jeu de mots entre « Mangin » et « mangeur »…

« Pour un succès, c’est un succès : le front allemand est enfoncé sur 7 kilomètres de long et 3 kilomètres de profondeur, et cela en plein brouillard, selon une méthode que Nivelle se vante d’avoir mise au point : un barrage roulant, réglé et minuté, qui avance au pas des hommes. » (J. Y. Le Naour, p. 279-280)

Ce qu’on ne dira pas c’est que les Allemands avaient très largement évacué le fort, sous le bombardement, ce qui a facilité l’action des Français. Le général Passaga avouera en 1929 que le « fort avait dû être évacué par la presque totalité de sa garnison » et que la plus importante place forte de la région fortifiée est tombée en octobre à peu près comme en février, « sans coup férir et dans des circonstances identiques. » Pour la légende héroïque, il fallait taire en 1916 cette défection de la défense allemande. » (J. Y. Le Naour, p. 280)

Fort de Douaumont, vue aérienne

Fort de Douaumont, vue aérienne (site fortiffsere)

Fort de Douaumont, vue aérienne (site fortiffsere)

Que s’était-il passé ?

Les Allemands avaient abandonné le fort de Douaumont « parce que la panique les avait saisis. Ils avaient craint, à la veille de l’assaut, de voir s’embraser soudain toute la garnison […] : ils s’étaient donc retirés vers des positions plus sûres à la faveur de la nuit. » (Paul Jankowski, p. 117-118)

En effet « un autre obus français atteignit une fois encore un dépôt de grenades ; l’incendie s’étant propagé à la salle voisine, où étaient entreposées des munitions et des fusées, la panique s’empara des soldats qui avaient encore en mémoire l’explosion de mai. Ce sauve-qui-peut dans les ténèbres vida le fort de ses occupants : quand les marsouins arrivèrent le lendemain, les lieux étaient pratiquement déserts. » (Paul Jankowski, p. 196)

Douaumont et Vaux le 24 octobre 1916 ; Damloup, en bas à droite ; Louvemont, en haut à gauche 

Douaumont et Vaux le 24 octobre 1916 ; Damloup, en bas à droite ; Louvemont, en haut à gauche (site dupuyblogspotcom)

Douaumont et Vaux le 24 octobre 1916 ; Damloup, en bas à droite ; Louvemont, en haut à gauche (site dupuyblogspotcom)

Voici quatre RECITS de la journée du 24 OCTOBRE 1916 tirés des Historiques des régiments des 4 Passerands tués dans cette bataille :

Joseph Buttoudin, debout à droite, classe 1916, 97e RIA, 7e escouade 

 Joseph Buttoudin, debout à droite, classe 1916, 97e RIA, 7e escouade (Doc. Gérard Buttoudin)

Joseph Buttoudin, debout à droite, classe 1916, 97e RIA, 7e escouade (Doc. Gérard Buttoudin)

HISTORIQUE du 333ème RI, régiment du Passerand Alfred Ambroise MOTTIN tué ce jour-là :

« L’offensive de la Somme a libéré Verdun d’une partie des réserves ennemies. La saison s’avance et le terrain d’attaque devient difficile, le moment pour une opération de grand style à laquelle vient de se résoudre le Grand Etat-Major paraît judicieusement choisi.
Attaque générale
sur les fronts Douaumont, batterie de Damloup, dans le but d’enlever les 2 forts de Douaumont et de Vaux. La 74e division opérera à l’aile droite dans la direction de Vaux ; le 333e sera spécialement chargé d’enlever et de nettoyer tout le système de défenses ennemies en direction des carrières : villages de Vaux, fort de Vaux. (…) » (Historique du 333ème RI)

Assaut 

Assaut (Site lesfrancaiaverdun-1916.fr)

Assaut (Site lesfrancaiaverdun-1916.fr)

« Le 23 octobre, les musettes rebondissant de munitions et de livres, tous s’acheminent par le faubourg Pavé, la route d’Etain, le ravin du tunnel de Tavannes et le boyau Belmont, vers les emplacements assignés. Montée pénible, arrêtée par de nombreux embouteillages dus au grand nombre de troupe, dirigées sur ce point. Elle s’accomplit au milieu de l’un des plus formidables vacarmes qu’ait produit la guerre moderne. Un millier de bouches à feu tonnent et hurlent sans arrêt de notre côté. L’artillerie allemande riposte, mais les oreilles exercées se rendent compte de l’écrasante supériorité de notre feu et ce symptôme est de bon augure. » (Historique du 333ème RI)

Le mortier de 370 Filloux
« Cet obusier est conçu pour palier l’insuffisance, en terme de calibre, du mortier de 270 mm modèle 1885 pour réduire au silence les Festen allemandes. Mis au point en 1913, il est l’œuvre du commandant Filloux et est capable d’effectuer des tirs de plein fouet, plongeant et vertical. Ce mortier est le pendant du 420 mm allemand. Pour sa mise en batterie, il nécessite la mise en place d’une voie étroite de 0,60 mètres. Son premier tir opérationnel a lieu le 14 septembre 1915. Il est employé massivement en 1916 à Verdun dans la préparation de la reprise du fort de Douaumont. » (site fortificationetmemoire.fr)

Septembre 1916, mortier français de 370 mm

Septembre 1916, mortier français de 370 (site fortificationetmemoire.fr)

Septembre 1916, mortier français de 370 (site fortificationetmemoire.fr)

« Car il faut le dire, ce n’est pas sans une grosse appréhension que l’on monte en ligne ce soir-là. On n’ignore pas que les places d’arme, sur lesquelles on doit se rassembler sont extrêmement précaires : de simples tranchées à peine à hauteur d’homme, sans aucun abri. On sait que l’ennemi se doute du mouvement et de l’heure de l’attaque. Une contre-préparation ferait dans nos rangs d’irréparables ravages. La fortune souriante nous épargne cette aventure et ce ne fut pas la moindre chance de ces quatre journées. » (Historique du 333ème RI)

Plan du dispositif d’attaque le 23 octobre 1916, tiré de l’Historique du 333e RI, page 27 

Plan du dispositif d’attaque le 23 octobre 1916, tiré de l’Historique du 333e RI, page 27 (site gallica)

Plan du dispositif d’attaque le 23 octobre 1916, tiré de l’Historique du 333e RI, page 27 (site gallica)

« L’heure H. est fixée, pour le 24, à 11 heures 40. Le jour se lève dans un brouillard épais ; à 11 heures 40, il n’est pas encore dissipé et nos vagues d’assaut sortent de la tranchée sans être aperçues de l’ennemi. C’était à la fois une chance et un risque, car la direction devenait périlleuse et des erreurs pouvaient se produire qui auraient été dangereuses pour le succès de l’opération. Heureusement la minutieuse préparation nous évita ces avatars.
D’un seul élan, le 5e Bataillon (Commandant Deleuze) saute dans les tranchées ennemies, balayant tout et cueillant des prisonniers dans chaque tranchée dépassée. Il lance aussitôt en avant les reconnaissances prévues.
Des trous se sont produits à gauche, entre le régiment et le 230e ; à droite entre le régiment et les chasseurs. Le 5e Bataillon les comble de sa propre initiative. De ce fait, il n’y a plus de réserves, mais point n’en est besoin, car rien ne résiste à un pareil ouragan ; des fils de fer sont restés intacts mais ne peuvent arrêter nos hommes.
Le 6e Bataillon (Ct Lourdel), à l’heure dite, passe en 1ère ligne et marche sur son objectif. Mais à gauche on progresse moins vite qu’au 333e. Il y a un vide. Le 5e bataillon s’y installe et les deux bataillons demeurent tout entier en première ligne rejoints le 4e (Ct Grollemund) qui prend la droite du 5e.
Le 25, le 6e Bataillon, soutenu à gauche par le 5e doit continuer l’attaque à l’ouest du fort de Vaux. D’un élan superbe, il se rue à l’assaut et gagne rapidement du terrain, quand arrive l’ordre de ne plus bouger. Entièrement en ligne pendant quatre jours de bombardement intense, le régiment s’installe sur le terrain conquis, et maintient tous ses gains malgré des pertes sévères et une densité de front considérablement diminuée : 21 officiers dont 5 tués et 816 hommes (dont le Passerand Alfred Ambroise Mottin) manquent en effet à l’appel.
Des canons, des mitrailleuses, un nombre considérable de prisonniers étaient les trophées cueillis par le 5e Bataillon dans les tranchées allemandes et dans les Carrières. Les objectifs avaient été atteints dans leur totalité et conservés. Le 333e s’était montré l’égal des troupes d’Afrique combattant à gauche.

Après les glorieuses journées d’Octobre, le régiment est mis au repos, puis envoyé sur les côtes de Meuse, Fort de Troyon, où il assure la garde du sous-secteur de Ranzières.
Il repousse un fort coup de main et, comme partout, travaille. Malheureusement, en période à peu près calme, la fatalité voulut qu’un 77 fit tomber le Lieutenant-Colonel Franchet d’Espèrey, [frère du général Louis Franchet d’Espèrey] visitant les premières lignes. Le chef qui personnifiait le régiment, qui, pendant deux ans, en avait été l’âme et l’avait conduit à toutes les attaques, tombait au Champ d’honneur, donnant à tous l’exemple une fois de plus.
Le Lieutenant-Colonel Vidon le remplace au commandement du régiment.
Relevé de Ranzières, le régiment partit aussitôt pour la Rive Droite tenir le terrain entre Louvemont et Les Chambrettes. (Historique du 333ème RI, Belley, 1921, Site dumoul.fr)

Plan des objectifs atteints le 25 octobre 1916, tiré de l’Historique du 333e RI, page 27 

Plan des objectifs atteints le 25 octobre 1916, tiré de l’Historique du 333e RI, page 27 (site gallica)

Plan des objectifs atteints le 25 octobre 1916, tiré de l’Historique du 333e RI, page 27 (site gallica)

Voir dans Vatusium 19 page 13 un dessin tiré de l’Historique du 333e RI, page 29 (1921)

JMO du 333e R.I.  (Mémoire des hommes Journaux des unités 1914-1918) : Lire p. 64 Du 20 au 24 octobre 1916 ; p. 66 Pertes :
Tués Officiers : lieutenant Dansette ; troupe 19 ; Blessés : 4 officiers ; troupe : 162. Disparus : troupe : 16.

HISTORIQUE du 299e RI, régiment du Passerand Auguste Claudius POLLET tué ce jour-là (Site dumoul.fr) :

Le 299e RI « participe le 24 octobre à l’attaque qui a pour objectifs la reprise des forts de Douaumont et de Vaux. »

Assaut 

Assaut (Site lesfrancaiaverdun-1916.fr)

Assaut (Site lesfrancaiaverdun-1916.fr)

« Le temps est très couvert. Toute la matinée a régné un fort brouillard qui a empêché les canons de tranchées de régler leur tir.
L’attaque se déclenche ; à gauche les vagues d’assaut sont accueillies par une fusillade intense qui brise leur élan devant les fils de fer. La 23e Compagnie ne peut déboucher et engage le combat en première ligne. Une petite fraction de la 21e Compagnie arrive seule à pénétrer dans la tranchée ennemie.
La 22e Compagnie envoyée en renfort, se fond avec la 21e et réussit à s’emparer de la tranchée Clausewitz. A droite la 19e Compagnie et le peloton de sapeurs sautent dans la ligne allemande, font de nombreux prisonniers, mais de suite, se trouvent en butte à d’énergiques contre-attaques. Le manque de grenades rend la situation critique. Le Colonel essaye par trois fois de ravitailler les éléments engagés, aucune corvée ne pourra arriver avant 17 heures. » (…)
« La nuit tombe. Le Chef de corps donne l’ordre au Commandant Picaudet de réunir tout ce qui lui reste sous la main, de traverser à droite les éléments de la tranchée conquise, et de tourner le centre de résistance pour le faire tomber. Le mouvement commence. Le Bataillon composé des 17e et 18e Compagnies du 299e d’un peloton du 222e de la section de mitrailleuses et du canon de 37, sort de la tranchée de Bitlis. Les vagues avancent dans le plus grand ordre. Le Chef de bataillon marche en tête de ses hommes, les entraînant au chant de la Marseillaise. A cette vue, les îlots de résistance se rendent. La 17e Compagnie se met en liaison avec la 19e pendant que le reste du bataillon, continuant son mouvement de conversion se rabat sur le Petit Dépôt et le prend à revers.
Par cette manœuvre habile, le centre de résistance si bien défendu se trouve complètement encerclé. Le Commandant du secteur est fait prisonnier avec son état-major. Les défenseurs, privés de leurs chefs, se rendent en grand nombre, toute la nuit, les tranchées sont fouillées et livrent un butin considérable. Puis, sous un feu violent, les sections travaillent à retourner les tranchées et à relier entre eux les trous d’obus.
La Régiment, dont l’entrain et le courage ne se sont pas démentis un instant au cours de cette lutte acharnée, peut être fier du résultat acquis. Malheureusement le succès a coûté cher, puisque le Capitaine Georges, les lieutenants Pichot, Dassilat, Linguinon et 195 hommes (dont le Passerand Auguste Claudius Pollet) ont trouvé la mort au cours du combat.
Mais la tâche du Régiment n’est pas terminée ; du 27 octobre au 2 novembre, seul de la division à n’être pas relevé, le 299e est soumis à une dure épreuve. Bombardés sans arrêt, dans la boue, sous la pluie, les survivants organisent les tranchées de la Horgne reconquise, brisent les attaques ennemies, tiennent sous le feu de leurs fusils et de leurs mitrailleuses les abords du fort de Vaux, et forcent l’ennemi à vivre terré.
Relevé enfin par le 62e notre Régiment rentre à Belrupt, le 3 novembre il embarque en auto, et descend au repos à Beurray près de Bar le Duc.
Le 6, en récompense de sa ténacité et de son courage, le Régiment présenté par le Lieutenant-Colonel Vidal voit la Croix de Guerre attachée à son drapeau par le Président de la République. La citation suivante consacrait ses efforts et ses sacrifices :
Ordre Général n° 638 de la IIe Armée
Le Général Commandant la IIe Armée cite à l’ordre de l’Armée :
Le 299e Régiment d’Infanterie
« Le 24 octobre 1916 sous les ordres du Lieutenant-Colonel Vidal, a enlevé par une manœuvre habile et après 9 heures de lutte pied à pied, un point d’appui solidement organisé, en y prenant 400 prisonniers, dont 10 Officiers, 6 lance-bombes, 3 mitrailleuses, et quantité de matériel ». »

Reprise du fort de Douaumont

 

Reprise du fort de Douaumont (site assemblee-nationale.fr)

Reprise du fort de Douaumont (site assemblee-nationale.fr)

Voir aussi le JMO du 299e R.I.  (Mémoire des hommes Journaux des unités 1914-1918) : 

Lire les pages 30 à 33 Le 24 octobre 1916 ;
p. 33 Pertes :

Tués : 4 officiers ; troupe : 195
Blessés : 9 officiers dont 2 décédés ; troupe : 225.
Prisonnier : un officier.

La prise du fort de Douaumont vue du côté du 321e RI, régiment du Passerand Joseph BUTTOUDIN tué ce jour-là :

« En juin 1916, le 321e RI est à Verdun ; il se signale à l’attaque du fort de Vaux, réagissant contre une forte tentative d’attaque allemande. Déjà noté comme un régiment hors de pair, il est choisi pour participer en Alsace à la formation de cette 133e D. I. qui deviendra la glorieuse Gauloise. Ses destinées l’appellent à insérer des pages de gloire dans l’épopée de Verdun. Fleury-Douaumont-Bezonvaux marquent les dures et célèbres étapes de son nouveau séjour dans cette région. Douaumont, point de mire sur lequel l’univers entier avait les yeux fixés ; Douaumont, coin précieux de la terre française devenu un symbole de défaite ou de victoire, Douaumont vaut au régiment cette belle citation à l’Ordre de l’Armée : « Sous le commandement du lieutenant-colonel PICARD, s’est porté à l’attaque, le 24 octobre 1916, avec une remarquable énergie. A porté d’un seul élan nos lignes à 2 kilomètres 500 plus en avant, après avoir vaincu les plus grosses difficultés de terrain, s’employant à fond avec courage et un sang-froid remarquables. A fait 600 prisonniers, pris 15 mitrailleuses et a permis, par son intervention, la conquête d’un important point d’appui ». » (HISTORIQUE du 321e RI, Site ancestramil.fr)

Le Passerand Joseph Buttoudin tué le 24 octobre 1916 

Le Passerand Joseph Buttoudin tué le 24 octobre 1916 (Doc. Gérard Buttoudin)

Le Passerand Joseph Buttoudin tué le 24 octobre 1916 (Doc. Gérard Buttoudin)

Le Lieutenant BENECH du 321e R.I. raconte :

« Le 24 octobre 1916, à 11 h. 40, le 321e régiment d’infanterie quittait les parallèles de départ sur la lisière du Nord de Fleury. Son axe d’attaque était orienté Nord-Est et reliait, presque en ligne droite, le Nord-Ouest de l’emplacement du village à l’angle Nord-Est du fort de Douaumont, soit une avance de près de trois kilomètres à effectuer sur un terrain des plus difficiles. De plus, un brouillard intense, limitant notre vue à 20 mètres, ne nous laissa pas l’utilisation des objectifs, mais nous permit, avec un angle de 45°, une marche impeccable à la boussole. (…)
La glorieuse petite phalange venait de mériter, pour le régiment, l’honneur de recevoir du général Nivelle cette lettre autographe :

« Le général commandant la 2e armée se fait un plaisir de reconnaitre que le 24 octobre 1916 des éléments de la 23e compagnie du 321e régiment d’infanterie ont pénétré les premiers sur la face Est du fort de Douaumont et ont pris ou chassé les défenseurs. » (Lieutenant BENECH, 5e compagnie de mitrailleurs du 321e régiment d’infanterie, site saint-gervais-guerre-14-18)

Carte de l’attaque du 24 octobre 1916 

 

Carte de l’attaque du 24 octobre 1916 (Site bezonvaux.eklablog.com

Carte de l’attaque du 24 octobre 1916 (Site bezonvaux.eklablog.com)

 Le Lieutenant Petit décrit terrain du 24 octobre 1916 (Extrait du Vatusium 19, p. 12-13) :

« Les tranchées n’étaient plus qu’un bouleversement chaotique de trous de torpilles béants, entonnoirs gigantesques de six à sept mètres de profondeur dans la terre glaise, où les mottes de terre de plusieurs centaines de kilogrammes ont été projetées comme simples fétus de paille… La zone crapouillotée une fois dépassée, le décor change ; nous nous trouvons dans le Sahara. C’est un véritable désert au travers duquel nous avançons. Le sol est nivelé par les obus, sa surface est recouverte de matériaux de toutes sortes, brisés, pulvérisés : havresacs boches, fusils, casques, équipements, bottes, débris humains, un bras ! une jambe ! une tête !… tout est haché… »  (Lieutenant Petit, lettre du 24 octobre 1916, Paroles de Verdun. Lettres de poilus réunies par Jean-Pierre Guéno, Perrin, 2006, p. 326, livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy)

Voir aussi le JMO du 321e RI : un extrait est cité dans Vatusium 19, page 13.

HISTORIQUE du 116e BCAP, bataillon du Passerand François Ulysse DECRET tué ce jour-là

« Par décision ministérielle n° 5841 I/II du 21 avril 1915, le 116e bataillon de chasseurs alpins
est créé le 8 mai 1915 et constitué par des éléments provenant exclusivement de
divers bataillons de chasseurs. » (p. 3)

Fort de Douaumont : les impacts d’obus

Fort de Douaumont (site lesfrancaisaverdun-1916.fr)

Fort de Douaumont (site lesfrancaisaverdun-1916.fr)

L’attaque du 24 Octobre 1916 (p. 9)
« Après avoir quitté Salmagne le 21, le bataillon cantonne, le soir même, à Verdun, dans les
caves du quartier Saint-Victor et, le 22, vient relever le 407e régiment d’infanterie
en ligne.
La 133e division d’infanterie, encadrée par la 38e division d’infanterie à gauche et la 74e division d’infanterie à droite, portera, le lendemain, son front entre l’étang de Vaux et le fort de
Douaumont
.

Le 23 octobre, notre artillerie exécute, en avant de nos lignes, un tir intense de destruction :
la réaction de  l’ennemi est assez violente et nous subissons quelques pertes.
Le 24, la préparation d’artillerie est complétée par le tir des batteries de tranchées. Le bataillon
prend son dispositif d’attaque dans les parallèles de départ formées par les sillons reliant les trous
d’obus, en arrière des premières lignes. A 11 heures, un obus éclatant devant le P. C. Fleury tue le
général Ancelin, commandant la 214e brigade. Le temps est mauvais : pluie et brouillard,
le terrain est boueux, très difficile, les trous d’obus remplis d’eau.
A 11 h 40, les chasseurs du 116e, au signal du capitaine Debombourg, commandant le bataillon,
sortent de leurs trous, superbes d’ordre et de résolution. Le bataillon se porte dans la direction
générale du Nord-Est, après avoir conquis et nettoyé les lignes allemandes.
En 58 minutes, le 116e avait atteint son objectif, malgré les énormes difficultés de la marche dans un terrain boueux, bouleversé et semé d’épaves, malgré le brouillard qui oblige de maintenir la direction strictement à la boussole. Nous progressons avec ordre derrière les éclatements de nos 75 qui
précèdent la marche. Dans sa marche en avant, le 116e bataillon de chasseurs alpins fait plus de 300
prisonniers, dont 5 officiers et plusieurs gradés. Les liaisons téléphoniques sont rompues, les
coureurs font preuve d’un courage et d’un dévouement remarquables, en assurant toutes les
liaisons.
Conformément à la mission donnée, le 102° bataillon de chasseurs à pied atteignait le « ravin de la
Fausse Côte » à 15 heures. »

Le 25, vers 1 heure du matin, le 116e bataillon de chasseurs alpins, qui avait occupé et organisé le premier objectif, reçoit l’ordre de se porter en avant. Il devra attaquer à une heure H, de concert avec le 102e bataillon de chasseurs à pied, l’ouvrage de Lorient et le « ravin du Fond du Coup ».
Toutes les tranchées sont bouleversées, presque nivelées, aucun abri, aucune sape, il pleut ; l’ennemi envoie sur nos positions des obus de tous calibres ; pertes nombreuses, pieds gelés.
Le 26, le bombardement de nos positions, qui sont vues de Vaux, augmente encore d’intensité et de précision. Le capitaine Lafferrère est blessé. Malgré la fatigue résultant de l’effort prolongé, du mauvais temps, du manque absolu d’aliments chauds et d’eau potable, les chasseurs continuent avec le plus grand courage à organiser la position.
Le 27, les pertes diminuent considérablement l’effectif du bataillon ; le capitaine Vitry et le lieutenant Toussaint sont blessés.

Le bataillon est relevé le 28 et va cantonner à Verdun (faubourg Saint-Victor). Il a perdu, dans les journées du 22 au 30 octobre :
Tués. 48
Blessés. 200 (dont le Passerand François Ulysse Décret qui décède de ses blessures le 30 octobre)
Evacués ou disparus. 6.

Le 1er novembre, le général Nivelle, commandant la 2e Armée, adresse au bataillon la proclamation suivante :
OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS ET SOLDATS DU GROUPEMENT MANGIN,
« En quatre heures, dans un assaut magnifique, vous avez enlevé d’un seul coup à votre puissant ennemi .le terrain hérissé d’obstacles et de forteresses du nord-est de Verdun, qu’il avait mis huit mois à vous arracher, lambeaux par lambeaux, au prix d’efforts ‘acharnés et de sacrifices considérables. Vous avez ajouté de nouvelles et éclatantes gloires à celles qui couvrent les drapeaux de l’Armée de Verdun. Au nom de cette
Armée, je vous remercie.
Vous avez bien mérité de la Patrie !
 » Signé : Général NIVELLE. » (HISTORIQUE du 116e BCAP , Site gallica.bnf.fr )

Le J.M.O. du 116ème bataillon de chasseurs à pied permet de vivre les derniers jours de François Ulysse Décret :

Lire les pages 72 à 75 : Du 22 au 24 octobre 1916.

JMO du 299e RI p. 74 CARTE de VERDUN :

JMO du 299e RI p. 74 CARTE de VERDUN

JMO du 299e RI p. 74 CARTE de VERDUN

Tombe de Joseph Buttoudin à Douaumont, au premier plan au centre ; photo prise en 1972 

Tombe de Joseph Buttoudin à Douaumont (Doc. Gérard Buttoudin)

Tombe de Joseph Buttoudin à Douaumont (Doc. Gérard Buttoudin)

SOURCES et SITES à consulter pour en savoir plus sur Verdun et Douaumont :

Sur Douaumont

Wikipedia, art. Fort de Douaumont https://fr.wikipedia.org/wiki/Fort_de_Douaumont

Site lesfrancaiaverdun-1916.fr : fortifications http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/fortifications1024.htm TRES DETAILLE

site lesfrancaisaverdun-1916.fr : histoire détaillée de Verdun  http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/histo-verdun-detaille.htm

site fortificationetmemoire.fr : CANONS  http://fortificationetmemoire.fr/canon-versus-cuirasse-le-vainqueur-est-part-13/

Site fortiffsere.fr http://fortiffsere.fr/verdun/index_fichiers/Page11436.htm PHOTOS et CROQUIS

site grandeguerre1418 http://grandeguerre1418.canalblog.com/archives/2016/04/19/33686452.html

site 87dit http://87dit.canalblog.com/archives/2015/01/03/31241739.html

site dupuyblogspotcom  http://httpdupuyblogspotcom.unblog.fr/2016/03/28/verdun-la-bataille-reprise-du-fort-de-vaux-3-novembre-1916/

site assemblee-nationale.fr  http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/1914-1918

Historique du 299e RI Site dumoul.fr http://www.dumoul.fr/mili/14-18/regiments/299eRI/historique/historique.php#299eRI

Historique du 333e RI, page 27 (site gallica) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6399988n/f33.item.zoom

HISTORIQUE du 321e RI, Site ancestramil.fr http://www.ancestramil.fr/uploads/01_doc/terre/infanterie/1914-1918/321_ri_historique_1914-1918.pdf

Et site saint-gervais-guerre-14-18 http://saint-gervais-guerre-14-18.over-blog.com/pages/une-page-du-321e-regiment-d-infanterie-6184919.html

HISTORIQUE du 116e BCAP , Site gallica.bnf.fr  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62605803.r=.langFR

Site bezonvaux.eklablog.com http://bezonvaux.eklablog.com/1916-bezonvaux-dans-la-bataille-de-verdun-c746780

JMO du 333e RI, JMO du 299e R.I., JMO du 321e RI, J.M.O. du 116ème BCAP  (Mémoire des hommes Journaux des unités 1914-1918) : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/ead_ir_consult.php?&ref=SHDGR__GR_26_N_II
BIBLIOGRAPHIE

Jean-Yves Le Naour, 1916. L’enfer, éd. Perrin, 2014, livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy

Paul JANKOWSKI, 21 février 1916. Verdun, coll. « Les journées qui ont fait la France », NRF, Gallimard, 2013.

Paroles de Verdun. Lettres de poilus réunies par Jean-Pierre Guéno, Perrin 2006.

Dir. Patrick Facon, Le Grand Atlas de la première Guerre mondiale, éd. Atlas, 2013.

FILM
Apocalypse Verdun, documentaire d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle (90 mn), diffusé le 21 février 2016 par France 2.

Voir nos autres pages sur
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