Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Pierre Martel, Voyage aux glacières du Faucigny, 1742

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 17, La traversée de Passy, p. 27, p. 64 (marmottes).

William Windham, Richard Pococke et leurs compagnons avaient traversé Passy le 20 juin 1741 pour se rendre aux « glacières de Chamouny ». Pierre Martel et ses compagnons traversent Passy en août 1742 pour effectuer le même voyage. PIERRE MARTEL en fait le récit dans une lettre à William Windham.

Le texte de cette lettre de P. Martel à W. Windham, écrite en français puis traduite en anglais, est tiré du livre de Th. Dufour, pages 35 à 69. Voir notre page « Histoire des lettres de W. Windham et P. Martel relatant leurs voyages à Chamonix (1741 et 1742) par Théophile Dufour ». Le fac-similé de cette lettre a été transcrit par CHePP. L’orthographe de l’époque a été conservée. Les expressions mises en caractères gras l’ont été par CHePP pour faciliter le repérage de certaines notions.

Dans le texte, les phrases ou les expressions entre deux crochets [[ ]]  sont celles que la version anglaise de 1744 a supprimées, tandis que les expressions  entre crochets [ ], tirées des notes, sont les mots que la même traduction a ajoutés ou changés.

Voyage aux glacières du Faucigny (1742) (1)

 [AVERTISSEMENT.]

 [[Ceux qui liront cette relation ne seront pas fâchés de savoir les noms des personnes qui ont fait ce voyage curieux. Les voici, au nombre de cinq : MM. Pierre Martel, mathématicien, Etienne Martin, très habile artiste, Chevalier, orfèvre, Giraud-Duval et un étranger, nommé M. Roze, botaniste.]]

(1) Le voyage des Genevois en 1742, éclipsé par celui de Windham et Pococke, est demeuré fort peu connu et la plupart des Guides et des Itinéraires (G. Mor­tillet *, 1855 ; Ad. Joanne **, 1850 ; K. Baedeker ***, 1867 ; V. Payot ****, 1870, etc.) n’en font aucune mention. Dès 1786, Senebler croyait que Martel n’avait été que l’un des compagnons de route de Windham. – La relation de Martel a un caractère plus scientifique que la première, par le fait de ses observations barométriques, de ses aperçus géographiques, de ses calculs de géodésie, etc. Baulacre l’a spécialement utilisée et il en a reproduit plusieurs passages. En 1773, Bordier ***** dirait avec raison, à propos des observations de Martel : « Elles sont d’un philosophe, mais décousues, incomplètes, mal présentées. » II est clair qu’aujourd’hui elles n’ont plus d’intérêt qu’au point de vue historique ; on doit d’ailleurs se souvenir que notre « mécaniste expert », comme l’appelle Baulacre, n’était pas, à proprement parler, un savant de profession. – En publiant une version anglaise de son récit (1744), sous la forme d’une lettre adressée à Windham, Martel y introduisit des changements nombreux ; je les ai indiqués de la même manière que pour la relation de Windham (voy. plus haut, p. 20, note 1), en négligeant les remaniements sans intérêt. – Au reste, il ne serait pas impossible que le manuscrit de la Bibliothèque de l’Institut offrit quelques omissions : dans ce cas, elles seraient dues au copiste qui a transcrit les deux relations pour Pierre-Michel Hennin.

Notes CHePP : * Gabriel de Mortillet : (1821–1898), Géologue, préhistorien, responsable de musée, directeur de revues, enseignant, homme politique. Guide de l’étranger dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Chambéry : J. Perrin, 1861, 480 p. (http://www.inha.fr/spip.php?article2471 )

** Guides-Joanne : nombreux ouvrages publiés par la Librairie De L. Hachette et Cie. Exemples France-Alpes dauphinoises.

*** Karl Baedeker (1801-1859) est un libraire et écrivain allemand  qui s’est fait connaître en inventant le guide moderne du voyageur. Dans un premier temps, Baedeker se contente de traduire les guides du britannique John Murray ; il s’associe à lui et finit par le supplanter dans ce secteur autour des années 1870. Il révolutionne ensuite le monde du guide de voyage en développant le format « de poche ». Les guides Baedeker quant à eux pèsent moins de 500 grammes ; les illustrations superflues cèdent la place à de nombreuses cartes des villes et des lieux visités. Le grand intérêt de cette collection, à l’époque, était de présenter les facilités de transport qu’apportait le rail.

**** Venance Payot (1826-1902), né à Chamonix, est un naturaliste savoyard. Guide, collectionneur, érudit, éditeur, marchand, élu local : Venance Payot a été tout cela ; mais le qualificatif que lui-même emploie le plus volontiers à son égard est « naturaliste à Chamonix » et c’est sans doute celui qui le caractérise le mieux. La génération du père de Venance Payot complète ses revenus d’agriculteurs en guidant les visiteurs, de plus en plus nombreux, dans les montagnes environnantes : les montagnards s’offrent à conduire les touristes « à la glace ». Pierre-Joseph Payot, le père de Venance était lui-même guide ; il fut celui d’Alexandre Dumas quand l’écrivain visita Chamonix en 1832 et rencontra Jacques Balmat qui avait réussi, avec Michel Paccard la 1re ascension du Mont Blanc.
Ses multiples activités révèlent son caractère éclectique, ainsi que son aptitude à tirer profit du monde qui l’entoure ; il faut souligner qu’elles ont toutes un lien avec la faune, la flore et la minéralogie de la vallée du Mont-Blanc. L’étude des Sciences naturelles, sa principale passion, va le mener à concevoir une riche collection naturaliste dont il aura le souci de faire don avant sa mort, au musée et à la bibliothèque de la ville d’Annecy. Venance Payot commence ses envois vers Annecy à partir de 1897 : à cette époque les communications ne sont pas aussi faciles que maintenant, surtout dans cette région montagneuse accidentée. Les transports de personnes et de biens sont longs et coûteux. En 1897, le chemin de fer n’arrive pas jusqu’à Chamonix, la ligne s’arrête à Saint-Gervais-Le Fayet. Il faut donc emprunter la route pour atteindre cette première gare. Or cette route n’est pas des plus aisées à parcourir, surtout par temps hivernal. Dans son Guide en Haute Savoie, paru en 1874, Gabriel de Mortillet estime le temps de trajet de Saint-Gervais à Chamonix (28 km) à 5 heures de route. On peut faire la route en voiture, à cheval ou mulet. Mortillet dispense des conseils aux voyageurs : « Les diligences de Genève assurent des places jusqu’à Chamonix, mais à Sallanches on quitte les grandes voitures pour prendre de petits chars. S’il y a de la poussière, il faut chercher à se caser dans celui qui doit marcher en tête ». (http://www.lectura.fr/dossiers/payot/chap3_rep5.php )

***** Voyage fait dans le sens Martigny-Sallanches par le pasteur André-César Bordier, Voyage pittoresque fait aux Glacières de Savoye en 1772 (Genève, 1773).

RELATION DE PIERRE MARTEL
[Monsieur, depuis votre départ pour l’Angleterre, j’ai eu l’occasion d’aller aux glacières de Chamouni  avec quatre amis, dont la curiosité avait été éveillée par la lecture de votre lettre, qui a plu à tous les gens de goût. Ayant résolu de faire les observations que vous auriez voulu entreprendre l’année dernière, j’emportai avec moi tout ce qui me parut nécessaire dans ce but et j’eus recours à toutes les précautions possibles pour réussir, ainsi que vous le verrez. Je ne vous donne pas, Monsieur, cette relation comme une œuvre digue d’être comparée à votre récit, mais plutôt comme une note qui pourra fournir à votre Journal de voyage ce que vous désiriez y insérer et ce que vous y auriez certainement mis, si vous aviez eu des instruments avec vous. – Vous apprendrez, en premier lieu, de quels instruments je m’étais muni et quelles précautions j’avais prises ; vous aurez aussi sous les yeux la série de mes observations et j’y ajouterai la relation exacte de ce que nous avons vu. Je m’efforcerai d’expliquer la cause physique qui produit les glacières. A la fin de ce récit, je mettrai une vue de la vallée de Chamouny, prise de l’église, une vue de la Vallée de glace, prise du Montanver, une carte comprenant la route de Genève à la source de l’Arve, corrigée d’après des observations faites sur place, et quelques dessins représentant des chamois et des bouquetins, que vous aimerez peut-être montrer à vos amis d’Angleterre. J’y joindrai les notes d’un de mes amis et compagnons de voyage au sujet des plantes que nous avons trouvées sur la montagne et dans les environs. Enfin, je comparerai nos observations et nos mensurations avec celles du célèbre M. Fatio de Duillier *, publiées, en appendice, dans l’Histoire de Genève. Soyez certain, Monsieur, que ma narration est très exacte : toutes les opérations ont été répétées et le calcul en a été fait deux fois avec grand soin de sorte que vous pouvez compter sur la fidélité de nos renseignements. – Avant d’en venir au fait, il peut être à propos de vous dire quelles étaient les personnes qui composaient notre expédition : Il y avait un orfèvre, très versé dans la connaissance des minéraux, un apothicaire, bon chimiste et botaniste, M. Martin et M. Girod, que vous connaissez pour être des curieux, ce qui faisait une société assez bien qualifiée pour l’entreprise, surtout parce que chacun de ceux qui en faisaient partie contribuait à quelque découverte, grâce à son tour d’esprit particulier, et m’aidait beaucoup, en outre, à relever mes et observations. – Je pris un bon baromètre, enfermé dans un étui de bols : à chaque halte, je le remplissais selon la méthode de Torricelli, avec le plus de précautions possible, et dans ce but j’emportai beaucoup de mercure, afin d’en être toujours pourvu en cas d’accident ; j’avais avec moi mon demi-cercle, qui a dix pouces anglais de rayon, quelques boussoles maritimes, une chambre obscure et tout ce qu’il faut pour dessiner. Je pris aussi un thermomètre, que j’avais fabriqué moi-même ; il était rempli de mercure et partagé en cent parties égales, depuis le point de congélation jusqu’à l’eau bouillante : elles correspondaient à 180 degrés du thermomètre de Faren­heit (sic), lequel commence à 32° et se termine à 212°. Je divisai mon baromètre en pouces et lignes, mesure française, pour apprécier en un clin d’œil la hauteur du mercure. A Genève, je laissai, chez le baron Rotberg, un baromètre et un thermomètre semblables à ceux que je prenais avec moi, afin de pouvoir comparer nos expériences avec les variations du baromètre, dans le cas où le temps aurait changé ; mais comme il resta beau, les variations furent insensibles. Votre relation de voyage nous servit de guide soit pour la route à suivre, soit pour plusieurs précautions dont vous indiquez la nécessité. – Je dois vous faire observer que, avant notre départ, je me rendis chez le professeur Calandrini, afin d’avoir encore quelques instructions sur la hauteur proportionnelle du mercure à différentes distances du centre de la terre ; il me communiqua une formule pour dresser un tableau à cet effet ; mais, par des motifs qu’on peut voir dans les Philosophical Transactions, n° 405 **, je préférai l’expérience fondamentale et les tables de M. Scheutzer. Vous trouverez ici toutes les altitudes des montagnes, calculées exactement au moyen de ces tables, d’après la hauteur à laquelle se trouvait le baromètre, et j’ai constaté qu’elles concordaient mieux que d’autres avec mes opérations trigonométriques. – Nous partîmes de Genève, etc.]

* Note CHePP : Nicolas Fatio, seigneur de Duillier (1664-1753). Né en 1664 à Bâle, il fait des études de mathématiques et de sciences naturelles à Genève. Dès 1682, il participe à Paris aux observations sur la lumière zodiacale menées par Jean-Dominique Cassini. A partir de 1683, il établit avec son frère Jean-Christophe une carte de la région de Genève. Lors d’un voyage en Hollande et Angleterre, il fait la connaissance des hommes de sciences Jacob Bernoulli, Christian Huygens, Robert Boyle et John Wallis. Il s’installe en Angleterre ou il devient précepteur et membre de la Royal Society en 1688. Très proche de Newton, il accusa Leibniz d’avoir plagié celui-ci, lançant ainsi la polémique sur la priorité de l’invention du calcul infinitésimal. En 1707, ses liens avec les camisards des Cévennes lui valurent d’être condamné au pilori. Il émigra alors en Hollande, avant de se rendre en Asie mineure. Il reviendra néanmoins en Angleterre ou il mènera une vie retirée jusqu’à sa mort près de Worcester en 1753. (http://w3public.ville-ge.ch/bge/odyssee.nsf/Attachments/fatio_de_duillierframeset.htm/$file/fatio_de_duillierframeset.htm?OpenElement )
Histoire de Genève, 1730 : Histoire de la ville et de l’état de Genève [t. 1] Histoire de Genève [t. 1] Recueil de titres pour servir de preuves à l’histoire de Genève [t. 2] Dissertation sur le lieu, par où passoient les lignes, que Jules César fit faire près de Genève, pour empêcher le passage des Helvétiens… [t. 2] Dissertation sur la colonie équestre [t. 2] Inscriptions antiques et modernes qui se trouvent à Genève ou aux environs, recueillies par M. Spon [t. 2] Dissertations de Mr. Firmin Abauzit [t. 2] Enquête contre un évêque de Genève [t. 2] Lettre du cardinal de Chalant [t. 2] Remarques faites par Mr. J. C. Fatio de Duillier sur l’histoire naturelle des environs du lac de Genève [t. 2]  http://catalogue.enc.sorbonne.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=38788&shelfbrowse_itemnumber=41415

** Martel fait allusion au mémoire intitulé : The barometrical method of measuring the height of mountains, with two new tables shewing the height of the atmosphere at given altitudes of mercury. Extracted chiefly from the observations of John James Scheuchzer, by J.-G. Scheuchzer (Philosophical Transactions, n° 405, Novembre 1728, vol. XXXV, p. 537-547).

« Nous partîmes de Genève le 20 août 1742. Avant de partir, nous fîmes l’expérience du baromètre, qui s’éleva à la  hauteur de 27 pouces, dans un cabinet, et qui s’étoit trouvé [les jours précédents], au niveau du Rhône, à 27 pouces 2 lignes [En note : toutes les mesures sont indiquées d’après le système français, le pied étant au nôtre comme 114 à 107], et le thermomètre à 18 degrés au-dessus de la glace [ce qui correspond à 60° Farenheit].

Nous partîmes dans ce moment et nous fûmes tout de suite à Bonneville, où nous dînâmes et où le baromètre se trouve à 26 pouces 8 lignes, ce qui fait six lignes moins qu’au bord du Rhône. [[Selon les observations de Mrs de l’Académie des Sciences de Paris, le mercure descend d’une ligne pour les premiers 60 pieds de hauteur, et pour 61, 62, etc., par degré, à mesure qu’on monte plus haut. Avec cette opération d’arithmétique,]] nous trouvâmes que l’Arve à la Bonneville est élevée au-dessus du Rhône de 375 pieds [403 pieds, 10 pouces, 6 lignes, mesure française] (3), ce qui est peu considérable, vu la distance de cinq heures de chemin [ou quinze milles anglais].

(3) Au moment de publier à Londres sa relation, Martel refit ses calculs, car les hauteurs consignées dans l’original français ne sont pas les mêmes que dans la traduction anglaise.

Nous partîmes de la Bonneville à deux heures et demie et fûmes à Cluse environ les six heures, [[où nous ne fîmes que nous rafraichir]], et poussâmes notre route jusques à Sallanches. Nous eûmes beaucoup de plaisir dans la vallée qui conduit de Cluse à Sallanches, à cause des échos [[qui nous amusèrent, soit avec nos pistolets, soit avec nos grenades. C’est une chose admirable d’entendre ces roulements,]] qui continuent à certains endroits durant quelques [quatre] minutes. L’on trouve le long de cette vallée quantité de cascades, entre autres celle du Nant d’Apenaz *, mais nous fûmes privés de ce plaisir à cause de la grande sécheresse [[Comme nous étions partis tard de Cluse, nous ne pûmes arriver à Sallanches qu’à neuf heures du soir, et ce ne fut pas sans peine, parce qu’un de nos chevaux se rendit, de trop de fatigue, une demi-heure avant notre arrivée.]]
* Voir notre page Cascade d’Arpenaz

Lorsque nous fûmes arrivés à Sallanches, [[petite ville à peu près comme la Bonneville]], le baromètre se trouva à 26 pouces et 4 lignes, ce qui est 10 lignes moins qu’à Genève, et qui par conséquent font 645 pieds [670 pieds, 10 pouces, 0 ligne] plus haut que le Rhône à Genève ; le thermomètre se soutint au même point qu’à Genève.

[[Il y a à Sallanches des chanoines qui étendent leur juridiction jusqu’à Chamoigny.

Nous partîmes le lendemain matin de Sallanches ; nous y eûmes la même hauteur au baromètre que lorsque nous y étions arrivés. De là, nous vînmes à Servoz.

Sallanches, comme on le sait, est une petite ville située sur la rive gauche de l’Arve, en venant de sa source, qui prend son nom d’une petite rivière de même nom, sur laquelle elle est bâtie, qui se jette dans l’Arve au-­dessus du pont de Saint-Martin, qui est de pierre, le plus beau et le plus considérable de tous ceux qui sont sur l’Arve. Il est entre Sallanches et ledit village de Saint-Martin, à environ un demi-quart d’heure de Sallanches. La carte particulière met toutefois la Sallanche, sans la nommer, à environ deux cents pas au-dessus de Sallanches et ne la fait point passer par la ville. Sallanches est située dans une large vallée, qui forme une très belle plaine, qui a près de quatre heures de chemin, à peu près de l’est à l’ouest, depuis l’endroit où la Gouille et le Nant des Bois se jettent dans l’Arve, au bas de la montagne de Passy, à la droite la plus orientale, et s’étend beaucoup en deçà du pont de Saint-Martin. L’on voit à droite et à gauche de hautes montagnes, si bien cultivées qu’elles ressemblent à la côte de Cologny (près Genève). Cette plaine est traversée par l’Arve, qui, sous Passy, forme plusieurs îles, que l’on nomme les îles de Passy, (…) »]

Lire la suite du récit et la description du « village de Passy » dans notre revue Vatusium n° 17, « La traversée de Passy », p. 27.

« Nous arrivâmes à Servoz, qui est situé sur le bord de l’Arve, à droite, dans une vallée fort étroite, d’où l’on commence à découvrir les montagnes des glacières. Le baromètre étoit descendu à 25 pouces 7 lignes, ce qui fait 19 lignes plus has qu’à Genève et donne en conséquence pour hauteur 1311 pieds [1306 pieds, 0 pouce, 7 lignes], et 9 lignes de différence de Sallanches, ce qui donne 576 pieds [636 pieds, 0 pouce, 1 ligne] sur cinq heures de chemin. C’est aussi la plus grande pente de l’Arve depuis [[qu’elle est descendue du col de la Balme, où elle prend]] sa source ; ici, elle se précipite de montagne en montagne, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à la plaine de Passy.

L’on nous fit voir à Servoz, de la mine de plomb, qui ne nous parut pas valoir grand’ chose. (… »

Lire la suite du récit et l’évocation de la « Tour du Lac », de « la ville de Saint-Pierre, qui fut engloutie » et du « pont et des Montées Pélissier »  dans notre revue Vatusium n° 17, « La traversée de Passy », p. 27.

« De là, nous entrâmes dans la vallée de Chamouny, ayant l’Arve à notre gauche, et à notre droite une fort belle colline, qui se termine au Mont-Blanc du côté méridional, où nous découvrîmes plusieurs apparences de mines de fer, très conformes à celles qui indiquent des mines pareilles en Bourgogne. Après avoir fait une grande heure de chemin, nous passâmes au village de Fouilly, qui n’est proprement qu’un hameau de la paroisse de Chamouny, et de là, nous passâmes à Moncoir (2), où il y a une église dépendante de Chamouny, [[ou le Prieuré, ce qui est le même, les habitants nommant tantôt le Prieuré et tantôt Cha­mouny.]] De Moncoir, nous passâmes l’Arve, la laissant à  notre droite, et arrivâmes au Prieuré à cinq heures après midi.

Le baromètre se trouva, au bord de l’Arve, en cet endroit, à 25 pouces 4 lignes, ce qui est 1 pouce 10 lignes plus bas qu’à Genève, près du Rhône ; ainsi, on peut conclure que la hauteur de l’Arve dans cet endroit est d’environ 1551 pieds [1520 pieds, 5 pouces, 5 lignes] au-dessus du niveau du Rhône. [Je suspendis mon thermomètre la nuit du 22 au 23]

Le lendemain au matin, ayant regardé le thermomètre, nous le trouvâmes [à deux degrés au-dessus de la glace, ce qui correspond à 35 1/2 degrés Farenheit] descendu de 16 degrés, ce qui nous fit prendre la précaution de nous mieux habiller pour monter à la montagne, précaution qui nous fut très utile. Nous partîmes à environ six heures du matin, ayant pris avec nous sept hommes, tant pour porter nos provisions que pour nous conduire [Pour tout le reste, nous prîmes les mêmes précautions que vous et j’emportai mes instruments avec moi].
(2) Aujourd’hui Montquart, commune de Chamonix.

Nous commençâmes à monter et nous le fîmes tout de suite pendant environ trois heures de temps ; après quoi, nous nous reposâmes et, ayant examiné le baromètre, nous trouvâmes le mercure à 16 lignes plus bas qu’à Chamouny. Par le calcul, nous avions monté environ 1080 pieds [1179 pieds, 0 pouce, 1 ligne]. Ayant continué â monter, nous parvînmes à la montagne, que les habitants de ces lieux nomment Mon­tanverd, d’où nous vîmes les glacières ou la vallée de glace. La nouveauté du spectacle nous frappa d’étonnement : [[nous en parlerons plus au long après.]]

[Après en avoir fait une esquisse pendant que nous nous reposions, je trouvai]­ Nous trouvâmes le baromètre a 22 pouces 8 lignes en ce lieu, ce qui fait 32 lignes de différence depuis Chamouny et donne pour la hauteur de la montagne 2486 pieds [2427 pieds, 8 pouces, 10 lignes], et depuis le niveau du Rhône 4446 pieds [3947 pieds, 2 pouces, 3 lignes].

Nous descendîmes ensuite, en approchant de la glace, et nous arrêtâmes, pour nous rafraîchir en prenant de la nourriture, derrière une espèce de rempart, fait de grosses pierres que la glace a élevées (5), où le baromètre se trouva deux lignes plus haut, ce qui par le calcul prouvoit que nous étions descendus d’environ 120 pieds [150 pieds, 7 pouces, 8 lignes]. Nous dinâmes en cet endroit, sous une grande pierre (7) qui nous tenoit à l’ombre [Le thermomètre était descendu à 1 degré seulement au dessus de la glace, soit environ 33 1/2  degrés Farenheit], mais ce fut alors que bien nous en prit de nous être précautionnés contre le froid, puisque nous fûmes obligés de nous mettre au soleil pour nous réchauffer.

(5) comme je l’expliquerai plus loin.
(7) C’est celle dont on voit encore les débris. « Elle a été appelée à tort la pierre aux Anglais, » dit M. Alph. Favre (Recherches géolog., t. III, p. 545), car ce furent les Genevois qui lui valurent sa modeste célébrité. »

Chacun ensuite chercha à contenter sa curiosité, les uns traversant la vallée sur la glace, les autres cherchant du cristal. [Quant à moi, je me fis accompagner par deux hommes et je retournai au Montanvert, où je demeurai environ trois heures : ce temps fut employé à dresser le plan des glacières qui se trouve à la fin de cette relation. J’étais aidé dans cette opération par mon guide, homme très intelligent, qui, non-seulement connaissait le pays, mais encore avait pris part aux travaux du dernier cadastre, que le roi de Sardaigne avait fait établir en Savoie. J’ai d’autant plus de raisons de croire à l’exactitude de cette carte, que je l’ai comparée avec une autre chez le « greffier » de Chamouny, ce qui m’a été d’une grande utilité. Les montagnes étant trop rapprochées et trop élevées pour que ma chambre obscure pût me servir à prendre une vue des glacières, je quittai le Montanvert et j’arrivai au Prieuré de Chamouny à sept heures du soir. – Le lendemain matin, mes compagnons étaient tellement pressés de partir que je n’eus pas le temps de dessiner quelques points de vue, comme j’en avais l’intention : tout ce que je pus faire, ce fut de prendre, avec mon demi-cercle, la hauteur du Mont-blanc, et cela au moyen de deux opérations différentes, qui concordèrent parfaitement. Je fis de même pour le Montanvert, où nous étions allés la veille, et il ne me resta que juste le temps d’esquisser la vue de Chamouny qui est jointe à ce récit : elle est prise au dessus de l’église etc.], etc,

Le lendemain matin, pendant qu’on se disposoit à s’en revenir, un de nous croqua, du mieux qu’il put, une carte, d’un lieu au-dessus de l’église de Chamouny, d’où l’on découvre la montagne où l’Arve prend sa source, les principales gorges des glacières et [ainsi que les plus hautes montagnes et les villages] le village de Cha­mougny. On trouvera cette carte à la fin de cette relation (3).

[J’interromprai ici ma narration pour vous donner, etc.] On tâchera ici de donner une idée, la plus distincte qu’il se pourra, de la vallée de Chamouny, des glacières et de ce qui nous a paru le plus digne de remarque pendant le peu de temps que nous y avons été.

La vallée de Chamouny (Chamougny) peut être considérée renfermer depuis l’endroit où l’on cesse de monter (les Montées) jusqu’à la montagne où l’Arve prend sa source, qui est le col de la Balme, confinant le Valais au nord-est.

(3) « Elle ne se trouve point dans l’exemplaire que j’ai copié. » (Note du manuscrit.)

L’on a voulu donner à cette vallée [la carte donne] la figure d’un croissant, mais il faudroit pour cela qu’elle vint en diminuant par les deux bouts et qu’elle allât en s’élargissant des deux côtés vers son milieu, ce qui est l’opposé, étant plutôt étroite dans son milieu. Elle ne laisse cependant pas d’aller en courbant, [[ce qui a donné lieu de lui donner la figure d’un croissant.]] La première partie que l’on rencontre, en y allant depuis Servoz, est presque dirigée de l’occident à l’orient, et de l’autre ensuite au nord-est ; ainsi elle se replie, en s’arrondissant à peu près dans son milieu.

Cette vallée contient plusieurs hameaux, dispersés dans sa longueur, qui est d’environ six heures [dix-huit milles anglais] de chemin, car pour la largeur, du moins au milieu, elle ne peut avoir tout au plus que 400 pas géométriques [ou environ un demi-mille anglais]. L’on distingue dans ces hameaux les quatre principaux, qui sont Fouilly, en entrant dans la vallée, Moncoir, où est une église au bord de l’Arve du côté gauche, le Prieuré, qui est au milieu, que l’on prend pour Chamougny, qui est sur l’autre bord, à la droite de l’Arve, et Argentière, presque au fond de la vallée.

Cette vallée est bornée au nord-est par [[la montagne de la Balme, autrement dite]] le col de la Balme, où l’Arve prend sa source par deux endroits fort peu distants (3) l’un de l’autre, ayant au sud-est les glacières dans toute l’étendue de la vallée, lesquelles glacières s’étendent jusqu’au-dessus de Saint-Gervais dans la vallée de Sallanches, où il y a une glacière que l’on nomme la glacière de Saint-Gervais. ­

(3) Le manuscrit porte : fort distants.

Celle-ci vient du Mont-Blanc, qui se replie un peu pour s’étendre vers le sud, en évitant de suivre la courbure de la vallée. Le côté du nord-­ouest est borné par la montagne de la Valors(ine) et le sud-est par la gorge qui y conduit en venant de Servoz. Toute la vallée est traversée par l’Arve, qui passe à peu près par le milieu de sa largeur, recevant en son chemin l’Arbeiron et plusieurs ruisseaux et ravines, qui fournissent de l’eau seulement lorsque les neiges fondent.

Pour avoir présentement une idée distincte des glacières, il faut se représenter une grande vallée à peu près parallèle à celle de Chamougny, mais de beaucoup plus élevée, puisqu’elle est située presque au sommet des [de hautes] montagnes. Cette vallée peut avoir environ quatre heures  [douze milles] de longueur, sur deux tiers [deux milles] de large ; l’on en voit une partie depuis le Montanvert, qui est le lieu de la montagne où nous sommes montés. L’on voit, depuis cette montagne, s’élever une grande quantité de pointes d’une hauteur prodigieuse, quoique celle sur laquelle nous sommes montés le soit à peu près de 2486 pieds [2427 pieds, 8 pouces] de Paris [au-dessus de la vallée], le baromètre ayant été au-dessus (6) plus bas de 32 lignes qu’à son pied ; et ayant calculé la hauteur par une opération trigonométrique, sur une base de 1440 pieds, nous trouvâmes cinquante pieds [neuf pieds] de plus, et cela par deux opérations différentes. Et de la même base, ayant mesuré la hauteur de la plus haute pointe [du Mont-Blanc], nous trouvâmes par deux opérations 11,008 pieds [10,939 pieds], compris la hauteur de la montagne où nous étions montés [et 12,459 pieds au-dessus du Rhône].

(6) C’est-à-dire au sommet.

La plupart de ces pointes sont toutes couvertes de glaces, depuis le sommet jusque dans leurs gorges ou bases, lui sont toutes aboutissantes (sic) aux montagnes qui forment la vallée des glacières, les unes d’un côté et les autres de l’autre.

[Je ne trouve rien qui puisse mieux donner une idée de cette vallée, que la comparaison dont vous vous êtes servi, à savoir qu’elle ressemble à un grand lac qui, etc.]

Qu’on se représente à présent cette grande vallée, qu’on a dit être parallèle à celle de Chamougny, comme un lac qui, ayant été furieusement agité par une grosse bise, se seroit gelé tout d’un coup dans cette grande agitation ; car toute la glacière, envisagée [vue du Montanvert] depuis la montagne, paroit du premier coup d’œil sous cette figure, mais dès qu’on en approche, quelques-unes de ces vagues paraissent avoir plus de quarante pieds de hauteur.

Qu’on se représente ensuite cette grande vallée de glace ouverte en plusieurs endroits par des gorges de montagnes, dont il y en a cinq de principales, qui aboutissent à la vallée de Chamougny. Ce sont ces extrémités ou gorges que les habitants de Chamougny nomment glacières [Ces gorges sont très escarpées, quelques-unes plus que d’autres].

Pour juger à présent de la cause qui entretient continuellement la glace dans cette vallée, il faut [Il faut considérer sa situation sous deux rapports : en premier lieu quant au soleil, et en second lieu quant à l’atmosphère. En raison de la courbe que décrit cette vallée, on doit regarder sa plus grande longueur comme orientée du soleil levant, pendant le solstice d’été, jusqu’au soleil couchant, pendant l’équinoxe : elle est entourée de tous les côtés par de très hautes montagnes, surtout du côté du midi, où se trouve la montagne fort élevée des Eschoux. La glace couvre le côté nord de cette même montagne, tandis qu’il n’y en a point du tout sur la montagne qui est en face d’elle, de l’autre côté de la glacière. Quant à l’atmosphère, il ne faut pas oublier que la surface de la glace est élevée au dessus de la vallée de Chamouny de 2202 pieds. Cette grande hauteur rend l’air etc.] se représenter d’abord qu’elle est élevée au-dessus de la vallée de Chamougny, – on parle de la surface supérieure de la glace, – au moins de 2196 pieds, ce qui fait que toutes les gorges sont fort rapides, les unes cependant plus que les autres, suivant leur obliquité.
Cette hauteur fait que l’air est toujours froid dans cette vallée. En voici quelques preuves certaines : Nous fûmes, [[comme il est dit au commencement de cette relation,]] au [[20 du]] mois d’août, dans un temps très beau et très sec, sans aucune apparence de pluie, n’ayant aperçu ni vent, ni bise, pendant le jour que nous fûmes à la montagne [mais bien un clair et brillant soleil]. Le thermomètre, cependant, descendit à deux degrés au dessus de la glace [soit à 35 2/3 degrés Farenheit], et cela à la vallée de Chamougny, où l’air n’est pas à beaucoup près aussi vif qu’il doit l’être à la vallée de glace [où le thermomètre descendit d’un degré entier, sous le rocher près duquel nous dînions].

De plus, en partant le matin, nous [nous traversâmes à pied sec le lit] vîmes le lit de plusieurs ruisseaux, qui descendent des montagnes, totalement sec dans le jour et donnant beaucoup d’eau le soir à notre retour [si bien que nous fûmes obligés de passer sur les ponts destinés aux piétons].

[En troisième lieu]. L’on voit sur la vallée de glace une infinité de petits réservoirs, qui contiennent une très belle eau, [[qui paroit bleue, à peu près comme la couleur qu’on tire du vert de gris]], laquelle se congèle d’abord après le coucher du soleil, et cela dans les plus grandes chaleurs [ainsi que les habitants nous l’ont tous unanimement assuré. je ne suis pas resté assez longtemps sur la montagne pour l’avoir vu moi-même, mais cette observation est corroborée par le fait que les petits filets d’eau, mentionnés tout à l’heure, cessent de couler durant la nuit].

Si l’on se représente ces hautes montagnes, dont on a déjà parlé, dont les cimes vont de beaucoup au-dessus des nues, si l’on se représente cette prodigieuse quantité d’eau qu’elles doivent donner par la fonte des neiges qui les couvrent, à la moindre pluie que l’on ait dans la plaine, et que les eaux et neiges se convertissent en glace sitôt après le coucher du soleil, l’on découvrira aisément la cause qui entretient continuellement ces glaces qui couvrent cette vallée et ces montagnes.

[Dans mon opinion, ces raisons sont etc.] L’on croit ces raisons suffisantes [ [pour trouver la cause de la continuité de cette glace,]] sans avoir recours aux effets du nitre *. Nous n’y en avons aussi aperçu aucune apparence dans le goût de la glace [et je puis ajouter qu’ayant mis un peu de cette eau dans une cuiller d’argent et l’ayant fait évaporer au feu, elle ne laissa ni dépôt, ni croûte, ni aucune trace décelant la présence du nitre. Aussi, je suis persuadé que le nitre n’est pour rien dans la production comme dans la conservation de cette glace, car lorsque la glace est le résultat d’une congélation artificielle, elle a un goût âcre, tandis que celle-là donne une eau douce, semblable à l’eau de nos meilleures sources], qui est celui de l’eau de nos meilleures fontaines, [[au lieu que la glace du Valais a un goût âcre.]]

* note CHePP : ancien nom du nitrate de potassium.

Les glacières et la vallée de glace augmentent et ne sont pas toujours dans le même état. Les glaces augmentent ou diminuent suivant le temps. Il y a apparence qu’elles ont été [[beaucoup]] plus abondantes. Il y a lieu de croire qu’elles ont dû avoir plus de 80 pieds au dessus du lieu où elles sont actuellement, par les vestiges qui y sont restés.

L’on voit à droite et à gauche de la glacière une pierre blanche, mêlée de sable blanc, ressemblant assez l’un et l’autre aux décombres d’un ancien bâtiment. La pierre paroît calcinée et se rompt [[au moindre attouchement]], comme la chaux qui auroit été exposée pendant quelque temps à l’air.

Les bords de la glacière sont fort escarpés, peut-être parce que la glace élève les bords, [[comme plusieurs le prétendent : nous en dirons quelque chose dans la suite de cette relation.]] Le lieu où nous dînâmes peut être considéré comme un gros revêtement de maçonnerie, dont la plupart des pierres sont très grandes et rangées, les unes sur les autres, comme un mur, fort escarpé du côté de la glace, sans presque aucun talus. Cette espèce de mur nous parut avoir plus de quatre-vingts pieds de hauteur, sur vingt d’épaisseur ; au lieu où nous étions, il laissoit [[au-dessus une espèce de parapet et]] derrière soi un petit terrain plein, allant finir dans la montagne ; ce qui faisoit que nous ne pouvions pas voir la glace de cet endroit sans monter sur le parapet [Il faut observer que la glacière n’est pas de niveau : toute la glace a un mouvement, des parties élevées aux parties basses, c’est-à-dire qu’elle glisse continuellement vers les gorges et dans la vallée, ce qui ressort de plusieurs circonstances et tout d’abord des grosses pierres qui ont été transportées jusque dans la vallée de Chamouny ; on nous en montra une de très grandes dimensions, que plusieurs personnes âgées nous assurèrent avoir vue sur la glace].

On a dit que les vagues, – c’est ainsi que nous avons nommé les inégalités de la glace, – avoient quelquefois quarante pieds de hauteur. Elles [J’ajouterai maintenant que les cavités qui les séparent sont toutes etc.] sont toutes dirigées [[d’une manière latérale ou oblique, n’y en ayant point de longitudinales, étant toujours]] dans un sens contraire à la plus grande étendue de la glace, tellement que, dans la vallée, elles sont dans un sens, et dans les gorges dans un autre, suivant toujours à peu près le sens contraire au cours de la glace. Les petites sont dans la même direction, mais presque toutes leurs cavités sont remplies d’une eau très claire, [[de laquelle on a déjà parlé ci-devant, n’ayant rien dans le goût, ni dans la couleur, qui la puisse distinguer de l’eau de nos fontaines, excepté une très grande fraîcheur, mais d’ailleurs excellente à boire, soit seule, soit mêlée avec du vin. C’est le jugement que nous en avons tous porté sur les lieux.]]

L’on voit sur la glace une infinité de fentes plus ou moins grandes, ayant les unes environ vingt pieds de longueur, sur quatre à cinq de large, les autres [[beaucoup]] moins. Ces fentes soit presque toutes dans la partie faible de la glace, c’est-à-dire dans les abaissements des vagues, et dirigées presque toutes d’une manière oblique, comme les vagues. C’est par ces fentes que nous avons pu juger de l’épaisseur de la glace [: dans les creux, elle n’a que cinq ou six pieds d’épaisseur ; dans les hautes vagues, quarante ou cinquante. La réflexion etc.], du moins à ces endroits où la fente (2) n’est qu’environ de cinq à six pieds, étant aux autres endroits depuis trente jusqu’à cinquante pieds. La réflexion de la lumière fait que l’on voit la glace dans ces fentes, comme si l’on y regardait avec un prisme. C’est quelque chose d’admirable de voir, même depuis la montagne, les mélanges de bleu et de vert venir de toutes ces fentes et de tous ces réservoirs d’eau, [[dont on a déjà parlé]], surtout lorsque le soleil donne sur cette vaste vallée de glace.

Par ces mêmes fentes, l’on voit sous (3) la glace des eaux qui en découlent, du moins dans le jour [comme elles le faisaient alors], qui doivent toucher parfois la surface inférieure de la glace ; en voici des preuves qui paroissent [incontestables] assez fortes :
(2) Lisez : la glace. (3) Sur, dans le manuscrit.

Premièrement, nos guides y enfoncèrent un bâton fort avant, et l’ayant abandonné de la main, il se releva de lui-même ; ce ne peut être que l’eau qui ait pu produire un tel effet, [[et comment l’auroit-elle pu faire, si elle n’avait touché la glace ?]]

L’autre preuve, c’est que lorsque quelqu’un tombe par malheur dans quelqu’une de ces fentes, ce qui est arrivé à quelques chercheurs de cristal, l’on les retrouve sur la glace, bien conservés, au bout de quelques jours, lorsqu’il arrive un peu de pluie ou de temps doux. La cause de ce retour sur la glace ne peut venir que de la surabondance d’eau, qui, ne trouvant pas assez de passages sous la glace, sort par ces fentes pour se chercher une autre route ; aussi, c’est ainsi qu’elle se dégage de tout ce qui s’oppose à son passage. Mais, parce que la quantité des fentes, quoique fort nombreuse, n’est pas toujours suffisante pour laisser le passage â cette prodigieuse quantité d’eau, il se peut fort bien qu’elle soulève toute la masse de la glace.

L’on pourroit tirer de ces faits quelques conjectures tant pour découvrir la cause de l’accroissement des glacières, même pendant les plus grandes chaleurs, que pour expliquer l’élévation des pierres sur leurs bords [[car c’est une chose de fait que les glacières ont leurs accroissements aussi bien dans l’été que dans l’hiver, et que la glace élève toutes ces pierres que l’on voit au bord.

Quelques personnes ont estimé la vallée très profonde sous la glace et cru qu’il y a des endroits où il se forme des amas d’eau, qui, après un certain temps, rompent la glace et causent des inondations, mais comme on n’en voit aucune preuve, ce sentiment ne sauroit passer pour certain.

D’autres personnes ont cru que l’accroissement et le décroissement des glacières étoit périodique, savoir sept ans pour croître et sept ans pour décroître, mais cela n’a pas l’air d’être vrai. Elles croissent et décroissent à la vérité, mais selon les temps et sans aucun terme fixe. Rien ne contribue plus à leur accroissement que les pluies froides, et à leur diminution que les pluies chaudes et le vent du midi.]]

L’on a déjà dit que l’épaisseur de la glace étoit fort considérable. Nous dirons aussi quelque chose sur sa consistance. Nous l’avons trouvée généralement beaucoup plus légère et plus mince dans les bords [de la vallée] que dans le milieu ; car, quoique l’une et l’autre surnagent dans l’eau, cependant celle du milieu s’enfonce beaucoup plus que celle des bords.

Nous avons dit que les montagnes ou pointes que l’on voit depuis celle où l’on monte sont fort hautes et qu’il y en a plusieurs. Nous en avons distingué trois principales, savoir une vers le midi et deux en tirant vers l’ouest. Celle qui est vers le midi, que l’on voit d’abord devant soi, est celle que l’on nomme l’Aiguille du Dru. Cette pointe ressemble à un obélisque, dont la cime se perd au-dessus des nues, faisant au sommet un angle fort aigu. Elle ressemble fort à une grande tour gothique, bâtie d’une pierre blanche et brune, dont les parties sont toutes fort rustiques, car il faut remarquer que les morceaux qui s’en détachent le font toujours verticalement, en laissant de petites parties isolées par ci par là, et qui font que toute cette montagne paraît composée d’une infinité de petites tours, ce qui fait un très bel effet, lorsque le soleil l’éclaire, par l’agréable mélange de clair et de brun, qui est varié à l’infini [Cette montagne est trop escarpée pour que la neige ou la glace puisse s’y maintenir.].

Les autres deux pointes, qui sont du côté de l’occident, sont l’Aiguille du Mont-Mallay [qui est toujours couverte de glace,], le plus près de l’Aiguille du Dru, et le Mont-Blanc, qui est le plus vers l’occident. C’est cette pointe du Mont-Blanc qui passe pour la plus haute des glacières et peut-être des Alpes. Plusieurs personnes du pays, qui ont voyagé, nous ont assuré l’avoir vue [de Dijon et d’autres de Langres, qui est à 135 milles de distance. Effectivement, la cime du Mont-Blanc est facile à distinguer, parce qu’elle est en pointe mousse et tout à fait à pic du côté nord ; si les côtés étaient prolongés de manière â former un angle au sommet, j’imagine qu’il serait de 25 à 30 degrés. Cette montagne est, du haut en bas, entièrement couverte de glace.] depuis Langres et d’autres depuis Dijon.

La montagne où l’on monte pour voir la vallée de glace a trois noms : la partie du côté de l’orient est nommée le Montanverd, celle du milieu les Charmeaux et celle du côté du couchant la Blaiterie. Sur cette montagne s’élèvent quatre pointes dans le goût de l’Aiguille du Dru, et que l’on nomme les Pointes des Charmeaux.

Toutes ces pointes sont absolument inaccessibles, les unes à cause de la glace qui en couvre la surface presque partout, comme sont le Mont-Mallay et le Mont-Blanc, les autres à cause de leur pente escarpée.

C’est au sommet de ces montagnes et le long de la vallée de glace qu’on trouve le cristal, et non sous la glace (1), comme quelques-uns l’ont prétendu.

Le cristal* se trouve dans l’épaisseur du roc : ceux qui le cherchent le connaissent à certaines veines blanches et bleues qu’ils voient sur le roc ; [c’est ce qu’ils appellent apparence.] Ces veines sont ou seules, ou plusieurs ensemble, venant se réunir à un même point. Ils frappent à l’extrémité des veines, et dès qu’ils entendent un son creux ils rompent le rocher et trouvent le cristal dans des excavations, qui sont quelquefois profondes de quelques pieds, qu’ils nomment fours. Le cristal est une pierre qui se produit [, à ce que je crois] par une lente végétation et non par congélation. Chacun sait que ce sont des branches, toutes de figure hexagonale, jointes les unes aux autres, à peu près comme les niches que font les abeilles, [[ainsi qu’elles sont décrites dans le Spectacle de la nature (3)]]. Ces branches sont quelquefois inégales en grosseur et en longueur, mais se terminent toutes en pointes de diamant, comme si elles avoient été taillées. Elles sont toutes adhérentes à une espèce de pierre de figure informe [qui en est quelque sorte la racine], participant de la nature de la roche et du cristal, de couleur bleue et blanche, brune et noire, extrêmement dure et pesante. C’est cette pierre que l’on nomme matrice.

(1) Les mots imprimés en italiques manquent dans le manuscrit. Je les rétablis d’après la version anglaise.
(3) Le Spectacle de la nature, ou entretiens sur l’histoire naturelle et les sciences. Paris, 1732 et années suivantes, 9 vol. In-12°. Ouvrage, souvent réimprimé, de l’abbé Pluche.

Il faut remarquer que dès que l’on a une fois détaché le cristal, il n’en revient plus d’autre, quoique l’on laisse la matrice à la même place d’où on l’a tirée, et c’est ce qui a fait penser [à quelques personnes] que le cristal étoit formé dès la fondation du monde. Il [il arrive quelquefois que etc.] arrive, dans la suite des temps, que quelques-uns de ces fours, ou cristalières, s’éboulent avec les morceaux ou pièces de rochers qui les contiennent et vont rouler jusque sur la glace. C’est la raison pourquoi les [les gens du pays trouvent] bergers trouvent souvent des morceaux de cristal sur la surface de la glace et même quelquefois adhérents avec elle, et dans le courant de l’eau où ils sont venus par la fente de la glace. Il y a certains endroits où le bétail traverse la glace pour aller paître au pied des montagnes, de l’autre côté de la vallée [, là où le soleil peut parvenir et où l’on trouve un peu d’herbe.]. Il le fait d’autant plus facilement que la surface de la glace est parsemée d’une espèce de gravier, qui n’est que des petits morceaux détachés des rochers, que [probablement] les vents transportent des montagnes voisines.

L’on trouve même sur la glace plusieurs grandes pierres. Il y a apparence qu’elles y ont été roulées du haut des montagnes, quoique les gens du pays prétendent qu’elles y ont été élevées du fond des glacières.
* Voir notre revue Vatusium n° 17, page 61 : « Recherche du cristal », par Saussure.

(6) [[Il n’habite sur ces montagnes que des chamois*, des bouquetins* et quelques oiseaux de proie, et une grande quantité de marmottes**, dont nous avons entendu siffler plusieurs. Les plus petits oiseaux que nous ayons vus sont des merles ; nous en vîmes un vol de plus de cinquante dans la vallée de Chamougny.

(6) Cf. plus loin, p. 58, note 3, le texte de la version anglaise.

* Voir notre revue Vatusium n° 17, pages 58 à 61.
** Voir notre revue Vatusium n° 17, page 64.

L’on n’y voit point d’hirondelles. Nous vîmes, entre les insectes qui s’y peuvent trouver, une espèce de sauterelles ailées, qui tiennent de la sauterelle et de la demoiselle : elles sont fort grosses et ont les jambes extrêmement longues.]]

Nous avons dit, au sujet des glacières, que la vallée de la glace se communique à la vallée de Chamougny par cinq gorges, qui ont chacune leur nom, comme on le verra dans le plan à la fin de cette relation (1). Les glacières s’étendent par diverses gorges et vallées jusqu’à la vallée de Courmayeux [dans le val d’Aoste.]. Mais on ne peut suivre cette route, comme elle l’a été ci-devant, à cause des éboulements de quelques morceaux de montagne. C’est pour cela qu’il est à présent impossible d’aller de Cha­mougny à Courmayeux par la vallée des glacières.

(1) « Il ne s’y trouve pas. » (Note du manuscrit). – Dans sa Description des glacières, glaciers et amas de glace du duché de Savoye, 1773, p. IV,  Bourrit raconte qu’il a « en mains une estampe angloise qui représente la Vallée de glace du Montanvert, gravée par Vivarès, dont il n’y a pas un trait pris dans la nature. » C’est l’une des deux planches qui accompagnent la brochure anglaise de Martel, en 1744. (Voy. ci-dessus, p. 16). – Je dois ajouter ici que M. Ch. Le Fort vient d’acquérir un exemplaire du plan de Genève, par Martel, qui diffère sur quelques points de celui de la Bibliothèque de Bâle : c’est ainsi que le Plan de Genève Ancienne y est tout autre, que la signature J. Maurer excudit a disparu, qu’une quinzaine de désignations nouvelles ont été introduites dans les environs de la ville et que la dédicace à lord Brooke est remplacée par le petite carte coloriée (CARTE du Balliage de Gex en France et des Balliages de Ternier et Galliard en Savoye, Avec ce qui est de la dépendance de GENEVE, Levé par Mr Grenier Comisaire de la République) dont Haller avait fait mention (cf. p. 16, n. 1). Ainsi, le bibliographe bernois avait vu un exemplaire de cette seconde édition du plan de Martel, mais c’est à tort qu’il le croyait identique à l’exemplaire de Bâle.

Entre les cinq gorges qui aboutissent à la vallée de Chamougny, celle que l’on nomme glacière des Bois est la plus considérable, non seulement par sa beauté et sa grandeur, mais parce que l’Arbeiron y prend sa source. Il sort de dessous la glace par deux voûtes toutes de glace, [ [d’un goût semblable à celui des grottes de cristal que la fable a imaginées pour loger les fées.]]

C’est un spectacle aussi admirable qu’extraordinaire de voir partout les inégalités qui s’élèvent au-dessus de ces voûtes de plus de 80 pieds et qui paroissent du plus beau cristal du monde, réf1échissant une infinité de belles couleurs, comme si l’on regardoit tout autant de prismes qu’il y a de branches de glace ; car il faudroit se représenter cet endroit comme s’il étoit composé d’une infinité de branches verticales, adhérentes les unes aux autres et finissant en haut et en bas inégalement. Ce n’est cependant pas sans peine que l’on parvient jusqu’à cet endroit, si digne d’admiration [Nous fûmes même obligés de traverser l’un de ces passages, où l’eau etc.]

. L’on peut même aller sous une de ces voûtes, où l’eau n’est pas si abondante qu’à l’autre, mais non pas sans danger, à cause des morceaux de glace qui s’en détachent quelquefois, comme [Comme nos guides l’ont vu arriver.] nous l’avons vu nous-mêmes.

L’Arbeiron [, large cours d’eau qui se jette dans l’Arve,] vient de dessous ces voûtes et roule avec soi quantité de paillettes d’or, comme l’orfèvre  qui nous accompagnoit nous le montra. Le ruisseau d’Argentière, qui vient du glacier du même nom, charrie également des paillettes d’or (4) et d’argent, ce que l’on n’a pas remarqué aux sources de l’Arve. Il y a apparence que l’Arbeiron a une autre source que celle [de la fonte de la glace]

de la glace, puisque son eau ne tarit jamais, non plus que l’Arve, qui prend sa source sur une montagne où il n’y a [en été] ni glace, ni neige. Quoi qu’il en soit, l’Arve et l’Arbeiron roulent un sable très blanc et très fin, ce qui fait que leur eau ressemble à celle dans laquelle ou a fait dissoudre du savon.

(4) Nouvelle omission du manuscrit, due à ce que les typographes appellent un bourdon.

Elle conserve même cette couleur jusqu’à l’endroit où elle reçoit le Nant des Bois, duquel nous avons déjà parlé [et dont l’eau charrie un sable très noir, qui change en gris foncé la couleur de la rivière : l’Arve garde cette couleur jusqu’à ce qu’elle se jette dans le Rhône, au dessous de  Genève.]. Il est à présumer qu’elle peut prendre avec cette eau beaucoup [un peu] de paillettes d’or, car nous avons remarqué, en passant au travers de ce Nant, une infinité de pierres qui paroissent contenir beaucoup de mines d’or et d’argent.

Toutes les glacières, du moins celles qu’on nomme glacières de Chamougny, sont situées à la gauche de l’Arve. Il y en a une autre de l’autre côté, dans la montagne de Valorsine, mais elle est très peu considérable et n’a aucune communication avec les grandes glacières.

Avant de quitter Chamougny, il convient de dire quelque chose de son histoire naturelle [et merveilleuse].

Les habitants du pays paroissent fort honnêtes gens, vivant ensemble dans une grande confiance. Ils sont assez robustes, vivent longtemps ; il y a même très peu de pauvres. Ils ne cultivent leurs terres qu’au printemps, après que les neiges se sont retirées, ce qui est quelquefois à la fin d’avril, d’autres fois à la fin de mai. Ils labourent dès lors leurs terres et y sèment des graines, comme de seigle, de l’orge, des fèves, de l’avoine et du sarrasin, qu’ils moissonnent dans le courant de septembre, et de toutes ces graines, ils en font une espèce de pain plat, qui est extrêmement dur*, parce qu’ils le font sécher au soleil, après qu’il est cuit ; ils le conservent ainsi plusieurs mois. Ils n’ont de froment que pour les enfants, encore est-ce fort peu. C’est une chose surprenante de voir de quelle manière les montagnes sont cultivées dans des endroits presque dirigés verticalement, où ils labourent et sèment presque aussi bien qu’on le fait dans la plaine. C’est ce que nous avons remarqué depuis Sallanches.
* Voir notre revue Vatusium n° 17, page 62 « Le pain et la hache ».

Les fruits y viennent fort tard, car nous y vîmes les cerises qui n’étoient pas encore mûres, et trouvâmes sur la montagne des fleurs et des fruits que l’on n’a ailleurs qu’au printemps.

Il faut dire ici un mot d’une fontaine que l’on trouve en montant la montagne, qui donne une fort bonne eau minérale [belle et limpide.], tenant du fer et du soufre. [ [Il est dommage qu’elle ne soit pas plus abondante, car]] elle est délicieuse et bien fraîche ; [ [c’est la première que l’on trouve en allant au Montanverd]].

Il y a du miel [blanc] qui ressemble fort à celui de Narbonne pour la couleur, mais non pour le goût.

[Les moutons, que l’on tient près du glacier, lèchent la glace, ce qui leur sert de boisson ; on les laisse là sans aucun gardien, car il n’y a peint d’animaux de proie dans cette vallée, bien que les ours, les loups et les renards abondent dans la contrée qui l’entoure. Le pays n’offre que des chamois, des bouquetins, qui habitent les hautes montagnes, et une grande quantité de marmottes. Voici ce que les habitants nous ont raconté sur cet animal. Les marmottes dorment pendant six mois de l’année, soit tout l’hiver. En été, elles se préparent une couche chaude pour le temps de leur sommeil ; à cet effet, elles coupent des herbes avec leurs dents et quand elles veulent transporter ces herbes dans leurs tanières, l’une d’elles se renverse sur le dos et les autres, la chargeant comme une charrette, la traînent ensuite par les oreilles jusqu’à leur gite*. On prétend aussi que ces animaux se préservent des surprises en plaçant des sentinelles, qui leur donnent l’alarme au moyen d’une sorte de sifflement. Les habitants du pays mangent les marmottes ; ils les trouvent bonnes et brûlent leur graisse dans des lampes. Il n’y a, dans la vallée, ni oiseaux de proie, ni corbeaux, ni hirondelles. J’y ai remarqué une espèce curieuse de sauterelle, qui a de langues pattes et ressemble beaucoup à la demoiselle. Nous restâmes à Chamouny du mardi soir au jeudi matin ; mais le baromètre etc.] — Cf. le texte français, ci-dessus, p. 54, et plus loin, p. 64.

* Voir notre revue Vatusium n° 17, page 64 : Pline l’Ancien (23-79 ap. J.C.) était à la source de cette légende tenace (Histoire naturelle, Livre VIII, 55, 37). Cette explication fantaisiste, répétée par les locaux aux touristes, sera reprise par quantité de naturalistes. Saussure rétablira la vérité.

[[Les habitants de ces contrées disent que ces vallées de glace ont été autrefois habitées et qu’il y avoit un très bon nombre de maisons, mais qu’une fée qui prési­doit sur le pays, ayant reçu quelque mécontentement des habitants, les maudit et que, depuis, leur pays a toujours été couvert de glace. Ils font un conte à peu près semblable d’un géant. Ils disent que ces montagnes, qu’ils nomment souvent Maudites, sont les habitations des démons, des sorciers et des esprits immondes que les prêtres exorcisent et relèguent dans ces lieux inhabités. Ils font encore un autre conte sur l’Arbeiron : ils prétendent qu’une vieille femme a vu, plusieurs années de suite, un grand trésor sous ces voûtes de glace, où l’Arbeiron prend sa source aux glacières des Bois, et que ce trésor s’ouvroit seulement deux fois l’année, savoir le jour de Noël et le jour de la Saint-Jean pendant la messe, ce qui fit que le curé ne put jamais le voir, et qu’il se refermoit d’abord après. L’on ne finirait pas si l’on vou­loit rapporter toutes les fables qu’ils débitent au sujet des choses extraordinaires que l’on voit dans ces contrées. Ils sont tous fermement persuadés que la glace des glaciers se produit par une espèce de végétation tant l’été que l’hiver.]]

Nous repartîmes de Chamougny le jeudi 23 du même mois, après y avoir resté environ trois jours. Le baromètre ayant été gâté, nous ne pûmes plus faire d’expériences. Nous revînmes coucher à Cluse, et de là nous vînmes â la montagne du Môle, qui doit être de quelque chose plus haute que le Montanverd, puisque nous employâmes une demi-heure de plus à la monter, quoique le chemin en soit uni : il est aussi plus escarpé.

[J’aurais voulu avoir mon baromètre pour mesurer la hauteur de cette montagne, mais je dus me contenter, arrivé à la cime, de relever l’angle de position que forment les glacières par rapport à Genève ; je trouvai qu’il était exactement de 158 degrés. Ce fut avec un vif plaisir que je contemplai tous les objets qui nous environnaient : ce spectacle me rappela le beau plan que vous avez vu dans notre Bibliothèque publique, car, vue du sommet, la plaine qui s’étend au bas de cette haute montagne a, au premier aspect, la même apparence. C’est une chose etc.]

Lorsque nous y fûmes parvenus, nous eûmes beaucoup de plaisir à contempler les objets de toute part ; c’est une chose admirable de voir tout ce que nous prenons pour de hautes montagnes entrecoupé de coteaux et de val­lées, couvertes des richesses de Cérès et de Pomone. Un grand nombre de villages, qui nous paraissent devoir être ensevelis dans des antres profonds, sont situés d’une manière très agréable [et dans une position champêtre]. En un mot, si nous eûmes beaucoup de peine à gagner la cime de cette montagne, nous en fûmes largement dédommagés par la plus superbe vue qui puisse s’offrir aux yeux.

Après avoir joui pendant une demi-heure du plaisir d’une si belle vue, nous descendîmes et vînmes coucher aux Contamines, d’où nous vînmes le [le samedi 26] (lisez : le samedi 25)

lendemain à Genève, tous très satisfaits de notre voyage, sans autre regret que de n’être pas restés plus longtemps â Cha­mouny, pour y examiner toutes les raretés que la nature a produites dans ce pays.
[Les personnes qui désireront entreprendre ce voyage fatigant et curieux devraient ajouter aux précautions indiquées ci-dessus celle de s’arranger à consacrer plus de temps à cette excursion et, si possible, à revenir par la Suisse, ce qui serait très facile en partant de Chamouny. Rien ne serait plus agréable que ce voyage par suite de la rareté et de la variété des points de vue, qui s’offrent continuellement aux regards. Dans ce cas, ce serait à l’aller qu’il faudrait faire l’ascension du Môle. – Permettez-moi, Monsieur, de vous adresser la relation de notre course, comme à celui auquel elle appartient de droit. Vous nous avez tracé un chemin que, grâce à vos indications, il a été facile de suivre. J’espère que vous voudrez bien me pardonner mes incorrections de style et mon manque de méthode dans l’exposition des faits : j’ai confié au papier tout ce qui nous arrivait, à mes compagnons et à moi. La vérité est l’unique mérite de ce récit et c’est elle seule qui peut vous engager à le recevoir favorablement, comme un témoignage du respect sincère avec lequel je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, P. M.] – A ce qui a été dit p. 7 et p 35, note, on peut encore ajouter que, dès 1760, une partie des renseignements donnés par Baulacre sur les expéditions de 1741-42 étaient reproduits par Gru­ner dans son ouvrage intitulé : Die Eisgebirge des Schweizerlandes. (Voy. la traduction française, fort mauvaise d’ailleurs, due à M. de Kérallo, 1770, p. 154­-160.) Gruner paraît même avoir eu sous les yeux le texte complet des deux relations. – D’autre part, le voyage et le récit de Martel n’ont été mentionnés, dans ces derniers temps, ni par M. Stéphen d’Arve (Ed. de Catelin] dans ses Fastes du Mont-Blanc, 1876, ni par M. Longman (Modern mountaineering, 1877.)

 [[REMARQUES SUR LES PLANTES QU’ON TROUVE SUR
CES MONTAGNES.]] (1)

En montant par un chemin pénible et fort étroit du Montanverd vers la glacière des Bois, nous trouvâmes diverses belles plantes, sans pourtant [quitter nos guides ni notre compagnie et sans]  nous être écartés du chemin. Voici les noms de quelques-unes (3) :

Pyrola folio mucronato (4); – Consolida Saracenica minor alpina ; – Alchemilla alpina minor quinquefolia (5) ; – Lamium album Plinii (6) ; – Asclepias flore albo (7) ; – Victorialis longa (8) ; – Euphrasia alpina floribus luteis (9) – Meum Athamanticum (10) ; – Carlina acaulis (10) ; – Helleborus albus (11) ; – Lapathum de plusieurs espèces ; sans faire mention de quantité d’autres plantes [dont l’énumération constituerait un catalogue, plutôt qu’un récit de voyage.]

Tout le long de cette montagne, il y a en plusieurs endroits des pins et des sapins ; il y a aussi des mélèzes [[que les gens du pays nomment larchis]], en latin Larix conifera folio deciduo *. Nous y avons trouvé de bel agaric, et autour de plusieurs de ces larchis ou mélèzes, il y avoit des incisions horizontales et latérales, par lesquelles des Italiens avoient tiré de la térébenthine.
(1) Ces Remarques sont dues, sans doute, à l’apothicaire Rose, « étranger et botaniste. » (Voy. p. 13, n. 2.)

(3) J’ai soumis cette liste à un botaniste, M. Marc Micheli et il a bien voulu l’examiner avec attention : c’est à lui que je dois les notes qui rétablissent le nom sous lequel la plupart de ces plantes sont actuellement connues. Quelques plantes ne se retrouvent pas dans les anciens auteurs et il est probable que Martel les a citées d’une manière inexacte.

(4) Pyrola secunda L.

(5) Alchemilla pentaphylla L.

(6) Lamium album L.

(7) Asclepias vincetoxicum L.

(8) Allium victorialis L. (?)

(9) Euphrasia lutea L. (?)

(10) Ces deux plantes ont conservé les mêmes noms.

(11) Helleborus niger L. (?)

* Note CHePP : « Larix, -icis, (gaulois ; italien « larice »), larix, mélèze : Lucain, 9, 920 ; Pline, 13, 100 ; Vitruve, 2, 9, 14. (Gaffiot)

A la source de l’Arbeiron, qui est au pied de la glacière des Bois, dans la vallée de Chamougny, et dans le lit même de cette source de l’Arve, qui n’étoit pas couvert d’eau, on a trouvé les plantes suivantes :

Muscus capillaceus lanuginosus densissimus (1) ; – Lytho­phytum album nodosum (2) ; – Sedum Alpinum subhirsu­tum, corona floris purpurascente, disco viridi (3), et plusieurs autres espèces de Sedum.
(1) (?) Probablement une espèce d’Hypnum.

(2) (?) Sans doute une espèce de lichen.

(3) Sempervivum montanum L. (?)

 [[QUESTIONS PROPOSÉES PAR UN CURIEUX
A CEUX QUI ONT FAIT LE VOYAGE DES GLACIÈRES. (4)

(4) Les Questions et Réponses qui suivent ne se trouvent pas dans la traduction anglaise de 1744. Après les remarques botaniques, qui y figurent en post scriptum, et avant l’Advertisement qu’on a lu plus haut (p. 17), vient un morceau qui manque dans le manuscrit français et dont voici la traduction :

[Comparaison de nos observations avec celles de M. Fatio de Duillier, qui sont insérées dans l’appendice à l’Histoire de Genève, 4me édition *, t. II, p. 450.

« La hauteur de la Montagne-Maudite, par dessus le niveau de la surface du « lac, est pour le moins de 2000 toises de France, » ou environ 4374 yards anglais.

J’ai dit ci-dessus (p. 4l, 45) que nous avions évalué à 1520 pieds la hauteur de l’Arve à Chamouny au dessus du niveau du Rhône à Genève, et à 10,039 pieds au dessus de l’Arve à Chamouny la hauteur de la montagne la plus élevée **, ce qui fait en tout 12,459 pieds5 pouces 5 lignes, soit 2076 toises 3 pieds5 pouces 5 ligues. C’est à sept lieues de Genève que M. Fatio a trouvé que la hauteur de cette montagne est de 2000 toises au dessus du niveau du lac, par conséquent à une distance où il devait être au moins de 50 pieds plus élevé qu’à Genève. Ainsi, il me semble que nos opérations concordent assez exactement. Il faut également se souvenir que les observations de M. Fatio avaient été faites à 45 milles de la montagne et les miennes juste à son pied : celles-ci sont donc bien moins sujettes à la réfraction.]

Les « Remarques sur l’histoire naturelle des environs du lac de Genève » im­primées dans le t. II (p. 449-470) de l’Histoire de Spon (1730) sont mises par l’éditeur sous le nom de J.-C. Fatio de Duillier. Mais, d’après l’opinion d’Abauzit, citée par Senchier (t. 111, p. 162), Nicolas Fatio de Duillier (né 1664, † 1753) serait, bien plus que son frère aîné, Jean-Christophe (né 1656, † 1720) l’auteur de ces Remarques. En tout cas, la mesure de la hauteur du Mont-Blanc paraît devoir être attribuée à Nicolas Fatio, car dans son Voyage de Suisse, d’Italie et de quelques endroits d’Allemagne et de France, fait ès années 1685 et 1686, Gilbert Burnet s’exprime ainsi (édit. de Rotterdam, 1690, in-8°, p. 19) : « Il y a une montagne, pour vous remarquer cela en passant, qui n’est pas fort éloignée de Genève, appelée la Montagne Maudite et couverte de neige en tout tems, qui, en ligne perpendiculaire, a deux mille thoises de France ou douze mille pieds de hauteur par dessus le niveau du lac, selon l’observation qu’en a faite Nicolas Fatio de Duillier, célèbre mathématicien et philosophe, qui, à l’âge de 22 ans, est un des bons esprits du siècle et semble être né pour porter fort loin la philosophie et les mathématiques.

En 1770, les frères De Luc, réalisant un désir qu’ils avaient depuis longtemps, exécutèrent une nouvelle opération géodésique et attribuèrent au Mont-Blanc une altitude de 2203 1/3 toises (13,220 pieds) au dessus du lac de Genève, soit 2391 1/3 toises (14,348 pieds) au dessus de la mer Méditerranée (Recherches sur les modifications de l’atmosphère, par J.-A. De Luc, 1772, t. II. §§ 761-763, 938.) Cette évaluation, presque aussi peu connue aujourd’hui que cette de Martel, est, comme on le voit, antérieure aux calculs de Schuckburgh (1775) et de H.-B. de Saussure (1787 ; – Cf. Ch. Durier, Le Mont-Blanc, p. 27-28.)

* Soit édit. de 1730, en 2 vol, in-4° : t. II, p. 458.

** le Mont-Blanc.

1° De Chamougny on voit le bout des glacières. Ne peut-on pas aller du moins à l’un de ces bouts et toucher même la glace, sans être obligé, de monter sur la montagne voisine, d’où l’on voit en plein les glacières dans toute leur étendue, jusqu’à la Val d’Aoste, et que les chercheurs de cristaux ou les chasseurs de chamois et de bouquetins ne montent qu’avec beaucoup de peine ? Cette glace n’a-t-elle rien dans le goût qui la distingue de la glace ordinaire, et n’y a-t-il point de minéral connu dans les environs qui ait pu se mêler avec elle dans le temps de sa formation ?

2° Les glacières vues du haut de cette montagne pa­roissent sous la forme d’un Y, dont les deux cornes seroient les deux bouts, vues de Chamougny, et dont la base iroit à la Val d’Aoste. Mais quel bout est précisément vers Courmayeux, fameux par ses eaux minérales, ou bien plus au midi, vers la Thuile, au pied du Mont St-Bernard ? Va-t-on aisément de Chamougny à Col Major et en combien d’heures de chemin ?

3° Les deux bouts ou cornes des glacières sont-ils à l’orient ou au midi de Chamougny et à quelle distance ? Ne va-t-on pas de Chamougny à Martigny en Vallais par Forglas ? Quelle distance de Forglas aux glacières et Cha­mougny est-il entre deux ?

4° La montagne qui vers l’orient forme le bout de la vallée de Chamougny est-ce le Col Major ou le Mont-­Mallay ?

5° Comment se nomme la montagne que j’ai nommée dans l’article premier, et de Chamougny à son pied combien de chemin ? Chamougny n’est-il pas sur la rive droite de l’Arve, en suivant le cours de la rivière ? Sa source, à quelle distance est-elle de Chamougny ? Est-elle au nord ou au midi ?

6°  L’Arve a-t-elle des paillettes d’or à Chamougny même ? Les y porte-t-elle de sa source ? ou bien est-ce quelque autre rivière qui les porte dans l’Arve ? Quel serait le nom de cette rivière ? d’où sortiroit-elle ? et se jetteroit-elle dans l’Arve à sa rive droite ou à sa gauche ? Celle que l’on nomme le Bonnant sort-elle de la montagne que l’on monte pour bien voir les glacières ?

RÉPONSES DES VOYAGEURS AUX QUESTIONS PRÉCÉDENTES.

1re REPONSE, QUI PAROIT FAITE PAR UN D’EUX, EN PARTICULIER (1).

 (1) Cette première Réponse semble se rapporter, non aux questions qui précèdent, mais à d’autres que le manuscrit n’aurait pas reproduites. – Au dernier moment, j’apprends de M. Ludovic Lalanne que la copie de la Bibliothèque de l’Institut est en entier de la main de Pierre-Michel Hennin. (Cf. plus haut, p. 8 et 9.)

L’on dit que les glacières de Chamougny croissent pendant sept ans et diminuent ensuite pendant sept autres années.
(2) Il y a dans ces montagnes beaucoup de marmottes ; c’est un animal qui dort six mois de l’année. Pendant l’été, elles s’assemblent pour faire leurs provisions, qui consistent en herbe qu’elles coupent avec leurs dents, et ensuite une d’entre elles se couche à la renverse, les autres la chargent de l’herbe qu’elles ont coupée et la traînent par les pattes ou les oreilles, avec sa charge, dans leurs tanières, qui sont des creux dans le roc.
(2) Cf. ci-dessus p. 54 et p. 58, note 3.

De plus, il s’en poste dans les avenues qui font sentinelle et si elles aperçoivent quelqu’un, elles en donnent avis aux autres par un coup de sifflet, et toutes ensem­ble rentrent promptement dans leurs tanières. Cet animal est bon à manger. Les paysans pour les prendre observent l’endroit où elles se retirent et ensuite pendant l’hiver, lorsqu’elles sont endormies, ils creusent dans cet endroit et les prennent facilement, les portent chez eux tout endormies et ne les réveillent que par le moyen de l’eau bouillante, qu’ils leur jettent dessus pour les épiler, comme on fait des cochons. Ils en tirent ensuite une graisse liquide, qu’ils mettent dans leurs lampes.

Il y a de beaux marbres sous la cascade de Magyland (sic) ; on y montre une concavité dans laquelle il y a un lac, à quatre cents pas de l’entrée.

A Servoz, il y a des mines de plomb ; quelques-uns disent qu’elles contiennent une matière plus fine.

A Chamougny, ou trouve de bon miel blanc.

De St-Joire à Mieusey, derrière le Môle, on passe par un chemin étroit entre deux montagnes, et à droite est le torrent de Guifre, qui se précipite dans les rochers avec un grand bruit.

Les bouquetins se nourrissent avec de très bonnes plantes médicinales, qui sont le génépi et la camomille (1).

Entre la glacière des Bossons et celle des Bois, il y a une montagne nommée Montanvert, qui est contiguë à la glacière des Bois, et après cette montagne suit une autre, nommée la Blaiterie.

(1) Le manuscrit porte : « la comanile ».

La montagne au bout de la glacière, qui fait point de séparation de la glacière qui va à Courmajeux et de l’autre, qui va dans le Valais, est nommée l’Echaire.

L’on va par une de ces pointes à Courmajeux et par l’autre à Tryant dans le Valais, paroisse de Martigny.

Du prieuré de Chamougny à la montagne du Tour, d’où sortent les fontaines qui sont la source de l’Arve, il y a deux petites lieues.

L’eau qui porte les paillettes d’or dans la rivière d’Arve se nomme l’Arbeiron, qui sort de la glacière des Bois.

2me  RÉPONSE AUX QUESTIONS.

  1° L’on peut aller toucher la glace à toutes les gorges des glacières et monter même dessus à certains endroits, sans aller sur la montagne d’où l’on découvre une partie de la grande vallée de glace.

2° Cette glace n’a rien dans le goût qui puisse la distinguer de la nôtre : il n’y a aucun minéral dans les montagnes qui environnent les glacières qui puisse parvenir jusqu’à elle. Il est bien vrai que l’on trouve, en montant la montagne, une petite source minérale, tenant du fer et du soufre, quoique fort peu ; mais elle est beaucoup plus basse que la superficie de la glace et peut-être que le fond de la vallée.

3° L’on peut voir la disposition de la vallée et sa figure par le plan ci-joint (1), qui a été fait sur la montagne même.

4° La montagne qui ferme la vallée de Chamougny du côté du nord est celle que l’on nomme le col de la Balme.

5° L’on peut aller de Chamougny à Martigny par For­glas. Chamougny est, à ce qu’on en peut juger, entre Forglas et les glacières, mais on ne le peut pas assurer.

(1) « Il manque. » (Note du manuscrit.)

6° La montagne où l’on monte pour voir les glacières a trois différents noms, que l’on peut voir sur le plan ; la distance de Chamougny à son pied est d’environ 400 pas géométriques.

7° Chamougny est à la rive droite de l’Arve, prise en descendant, et les glacières à la gauche.

8° L’Arve n’a point de paillettes d’or, mais l’Arbeiron en charrie beaucoup.

9° Le Bonnant ne sort pas de la montagne d’où l’on voit les glacières, mais d’une gorge aboutissant entre Sallanches et Servoz.

10° L’on ne peut aller à présent de Chamougny à Courmajeux par les glacières, comme l’on faisoit autrefois, à cause des avalanches des montagnes, qui ont rompu le chemin (1).]]

(1) Ayant eu l’occasion de citer (p. 9) le Voyage pittoresque aux glacières de Savoye, publié en 1773 par André-César Bordier, je puis noter ici, pour ceux qui n’auraient pas ce volume sous les yeux, que l’Alpine journal, dans son numéro de novembre 1879 (vol. IX, p. 327-333), vient de reproduire toute la partie du livre qui a trait à la théorie des glaciers, soit les chapitres XIV (p. 224-236) et XVII (p. 254-264), avec un paragraphe du chap. IX (p. 276­-277).
(FIN)

Voir notre page Histoire des lettres de W. Windham et P. Martel relatant leurs voyages à Chamonix (1741 et 1742) par Théophile DUFOUR

Une version numérique du livre de Th. Dufour est disponible sur le site gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France .

Voir aussi le texte de William Windham :  William Windham, Relation d’un voyage aux glacières de Savoie en l’année 1741 (pages non publiées dans Vatusium n° 17).

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