Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Les soldats de Passy dans le froid des tranchées

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre » 1ère partie : 1914 et 1915 ; et Vatusium n° 19, 2016 « Les Passerands dans la Grande Guerre » 2e partie : 1916 à 1919 (parution août 2016).
Cette page BONUS complète nos articles publiés dans Vatusium n° 18 et n° 19.

Comme tous les poilus, les soldats de Passy ont fortement souffert des conditions atmosphériques pendant la Grande Guerre.

« Guerre d’usure sur le plan militaire, la Grande Guerre le fut aussi pour des raisons météorologiques, agissant directement et durablement sur le moral et la santé du soldat des tranchées. A une entrée en guerre marquée par la forte chaleur succédèrent des périodes de pluie remarquables : 1915 et 1916 comptèrent parmi les années les plus pluvieuses depuis 1877, date des premiers relevés pluviométriques du B.C.M. de France [Bureau central météorologique] . Les régiments durent ensuite affronter deux hivers particulièrement rigoureux dont la terrible vague de froid de janvier-février 1917 avec ses périodes de gel remarquables en intensité et en durée. » (site lodel.irevues.inist.fr)

Voir aussi nos pages
Les soldats de Passy dans la chaleur et la soif en 14-18
Les soldats de Passy sous la pluie et dans la boue des tranchées

On peut facilement imaginer que s’il est éprouvant de passer du temps à l’extérieur par -20 degrés de nos jours, il y a cent ans vivre dans les tranchées l’hiver était un exploit.  (site meteomedia.com)

Chasseurs alpins et peau de mouton

Le Cdt Georges Desvallières et ses hommes de liaison, Rochedure 1915 (Catherine Ambroselli de Bayser, site centenaire.org/fr)

Le Cdt Georges Desvallières et ses hommes de liaison, Rochedure 1915 (Catherine Ambroselli de Bayser, site centenaire.org/fr)

Une étude de climatologie historique « explore les données météorologiques aptes à rendre compte des contraintes vécues par les soldats dans les tranchées lorraines et champenoises de la Grande Guerre. (…) » Elle « permet d’établir des séquences de mauvais temps, certaines exceptionnellement pluvieuses, comme ce fut le cas au cours de l’année 1916, d’autres très rigoureuses, comme durant l’hiver 1917. Par le biais de bilans annuels, mensuels et d’une chronique journalière, cette approche quantitative confirme le caractère remarquable des conditions atmosphériques de la Grande Guerre et explique, pour une large part, la fréquence des témoignages qui évoquent ces véritables fléaux que furent la pluie et la boue, le froid et la neige, la chaleur et la soif. » (Au temps météorologique de la grande guerre. Approche séquentielle des périodes contraignantes dans les tranchées sur le front de la Marne et de la Meuse, 1914-1918, Climatologie, 2011, p. 59-77, par Edwige Savouret, Jean-Paul Amat, Olivier Cantat et Paola Filippucci, site lodel.irevues.inist.fr)

Hiver 1914-1915

« 16 novembre 1914 : « Aujourd’hui, pour la première fois, nous ressentons un froid très vif : les ruisseaux sont recouverts d’une couche de glace… Le brouillard se dissipe à vue d’œil et les rayons du soleil radieux qui nous éclaire vont nous réchauffer ».
Deux jours plus tard, la première vague de froid engendrée par une situation anticyclonique s’installe dans le nord-est de la France : « Il fait froid, il gèle, il gèle même assez ferme, les rayons du soleil ne sont pas chauds » (de Ferrari, 1920*).
Très exactement, ce matin du 18 novembre 1914, la température minimale avoisine -3°C dans la Marne et -5°C dans la Meuse. Le mercure atteint 6°C puis -8°C les deux jours suivants.

Face aux premiers frimas, les fantassins dépourvus de vêtements d’hiver ne disposaient que de quelques couvertures. Les protections lentement distribuées, « des pantalons de velours à grosses côtes » au début de mois de décembre, « des galoches fourrées en peau de vache » et « un manteau en peaux de mouton » au mois de janvier, leur permirent de mieux affronter le premier Noël passé dans le froid puis, quelques semaines plus tard, du 18 au 23 janvier 1915 par flux de nord perturbé, un épisode neigeux – plus d’une trentaine de centimètres en Champagne – auquel succédèrent du 28 au 30 des journées de gel marquant, jusqu’à -11,4°C le 29 janvier à Commercy. »  (site lodel.irevues.inist.fr)
*De Ferrari Doria J-J-B., 1920 : Lettres de Guerre (1914-1918). Ed. Paris Plon-Nourrit, 415 pages.

Des couvertures pour se protéger du froid dans la tranchée 

Des couvertures pour se protéger du froid dans la tranchée (Dominique Toussaint, Les Loups du Bois-le-Prêtre, Gérard Louis éd. 2007, p. 97)

Des couvertures pour se protéger du froid dans la tranchée (Dominique Toussaint, Les Loups du Bois-le-Prêtre, Gérard Louis éd. 2007, p. 97)

Le caporal Louis Barthas témoigne : « Et la pluie tombait toujours, elle tomba toute la nuit ; les parois de la tranchée s’éboulaient […] Hélas ! en même temps la température baissait effroyablement […]. Nos capotes, nos couvertures mouillées se raidissaient en gelant, nos pieds devenaient inertes de froid, je dus me déchausser en dépit de la défense formelle et me les frictionner vigoureusement avec un peu d’eau-de-vie tenue en réserve, puis les envelopper dans le coin le plus sec de ma couverture. A la pointe du jour le ravitaillement ne put nous servir le jus si impatiemment attendu : il s’était gelé dans le bidon en chemin. » (Les Cahiers de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, 2e cahier, Vers la tuerie, 4 novembre – 14 décembre 1914, p. 50-51)

« Jusqu’au 23 décembre [1914], on nous fit travailler sans relâche de jour et de nuit à creuser tranchées et boyaux et cela en dépit de la pluie et du froid. […] Ce furent des jours de travaux forcés, sans dormir, sans un abri, pas même un simple trou pour se parer un peu de la pluie, les pieds bleuis par le froid, douloureux, enflés à ne pouvoir ôter les godillots boueux, durcis, condamnés chaque nuit à creuser un bout de tranchée qui devenait notre cantonnement du lendemain. Quand on vint enfin nous relever, nous étions hâves, amaigris, sales, boueux à ne pas nous reconnaître les uns avec les autres. » (3e cahier, Massacres, 15 décembre 1914 – 4 mai 1915, p. 80-81 23 décembre 1914, (Mazingarbe)

« Ce que fut ce mois de janvier [1915], ce que nous souffrîmes, je ne tenterai pas de le décrire, je n’aurais jamais supposé que le corps humain pût résister à de telles épreuves. Presque chaque matin gelée blanche ou gelée sèche qui faisait pendre des stalactites de glace à nos barbes et moustaches et frigorifiaient nos pieds, puis dans la journée ou dans la nuit la température s’adoucissait et la pluie tombait, parfois en trombe, emplissant d’eau et de boue nos tranchées transformées en torrents, en canaux d’arrosage ; il y en avait pour souhaiter de devenir grenouilles.
Pour lutter contre le sommeil, la fatigue, le froid, la soif, la faim, les hommes se mirent à boire du poison, l’alcool néfaste, que les ravitailleurs portaient d’Annequin où des mercantis le vendaient vingt-cinq ou trente sous le litre. » (4e cahier Vers le charnier de Lorette, 4 mai – 2 juin 1915, p. 86 (en Artois)

Les chasseurs alpins avaient, pour se protéger du froid, leur « tarte » et leur ceinture.

Le capitaine Narcisse Alixant du 159e RIA évoque cette ceinture bleue des Alpins : « La musique du 15-9 donne des concerts très fréquentés. Il est d’usage d’y assister en belle tenue, la taille sanglée de la large ceinture bleue des alpins. Le port de la ceinture est une marotte du colonel. Elle a son utilité par temps froid et donne de l’allure au bataillon en partance pour les tranchées. » (Narcisse ALIXANT, Journal de guerre d’un officier du 159e RIA de Briançon, 1914-1919, éditions Transhumances, 2015, p. 140 ; livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy)

Voir notre page sur les chasseurs alpins.

Mais le premier hiver a surpris l’intendance qui a dû parer au plus pressé pour vêtir les soldats de « peaux de biques » (en fait, des peaux de mouton). (site pages14-18, page peau de bique)

« La chape en peau de mouton a été abondamment utilisée lors de la Grande Guerre.
C’est un simple rectangle en peau de mouton, percé d’un trou pour la tête et fermant sur le côté par une ou deux sangles de coton. Elle peut être composée d’une ou plusieurs peaux selon la taille de ces dernières. Souvent, elle est ourlée d’une ganse en coton blanc. Les tailles sont variables, allant de monstrueuses chapes arrivant à mi-cuisse jusqu’à de petits modèles en agneau du Béarn. Les chapes se portent peau à l’extérieur. » (site pages14-18, page peau de bique)

La protection chasuble en peau de mouton 

« Sous Reims, mai 1915, Un caporal poilu du 23e vous envoie ses meilleurs baisers » (site 14-18 en photos, le blog photographique de Daneck)

« Sous Reims, mai 1915, Un caporal poilu du 23e vous envoie ses meilleurs baisers » (site 14-18 en photos, le blog photographique de Daneck)

L’état sanitaire de troupes : problèmes dus au froid

Le service de santé a fort à faire afin de veiller à la qualité de l’état sanitaire de troupes qui s’installent pour une longue durée dans le secteur.
JMO du 168e RI : Le 10 Octobre 1914, le Médecin Major de 1ère Classe délivre une note concernant l’alimentation de nos soldats : « En raison du refroidissement de la température, il y a lieu de veiller tout particulièrement à ce que les aliments arrivent chauds aux hommes qui séjournent dans les tranchées, et qui les reçoivent souvent tièdes ou même froids. Pour cela, il y a lieu d’utiliser pour le transport des aliments, autant que possible, des récipients en bois ; si l’on utilise des récipients métalliques, de les envelopper soigneusement d’étoffes de sacs par exemple, de recouvrir tous les récipients d’un couvercle de bois ou de métal recouvert d’étoffes, ou même simplement à défaut de couvercle, de sacs ou autres étoffes. Enfin, de déposer dans les récipients la soupe ou le café bouillants ou les autres aliments, aussi chauds que possible« .

Entrée d’un boyau en hiver

Entrée d’un boyau en hiver (La France héroïque et ses alliés, par Gustave Geffroy, Léopold-Lacour, Louis Lumet, Librairie Larousse 1916, p. 191)

Entrée d’un boyau en hiver (La France héroïque et ses alliés, par Gustave Geffroy, Léopold-Lacour, Louis Lumet, Librairie Larousse 1916, p. 191)

Les couvertures commandées pour se prémunir contre la chute des températures ne suffiront pas à protéger efficacement nos soldats. Des solutions complémentaires sont préconisées par le service de santé : « Il y aurait grand intérêt à installer, en arrière des tranchées, dans des endroits abrités des vues, des braséros à charbon de bois pour éviter la fumée. Ces réchauds auraient le triple avantage de pouvoir servir au réchauffement des hommes, au réchauffement des aliments et au séchage des vêtements ». 

Peau de mouton dans la tranchée

Peau de mouton dans la tranchée (Dominique Toussaint, Les Loups du Bois-le-Prêtre, Gérard Louis éd. 2007, p. 97)

Peau de mouton dans la tranchée (Dominique Toussaint, Les Loups du Bois-le-Prêtre, Gérard Louis éd. 2007, p. 97)

Henri Barbusse décrit…

« Il y a trop longtemps que dure le grand drame que nous jouons, et on ne s’étonne plus de la tête qu’on y a prise et de l’accoutrement qu’on s’y est inventé, pour se défendre contre la pluie qui vient d’en haut, contre la boue qui vient d’en bas, contre le froid, cette espèce d’infini qui est partout.
Peaux de bêtes, paquets de couvertures, toiles, passe-montagnes, bonnets de laine, de fourrure, cache-nez enflés, ou remontés en turbans, capitonnages de tricots et surtricots, revêtements et toitures de capuchons goudronnés, gommés, caoutchoutés, noirs, ou de toutes les couleurs – passées – de l’arc-en-ciel, recouvrent les hommes, effacent leurs uniformes presque autant que leur peau, et les immensifient. » (Le Feu, chap. 2 Dans la terre, éd. Folio, p. 27).

Deux poilus et leur peau de mouton, Haute-Alsace, 1916

Deux poilus et leur peau de mouton, Haute-Alsace, 1916 (site bleuhorizon)

Deux poilus et leur peau de mouton, Haute-Alsace, 1916 (site bleuhorizon)

Certains Passerands ont eu les « pieds gelés » :

COSSARD Edouard François, classe 1906, rappelé au 51e Btn de Chasseurs ; blessé le 26 septembre 1914  à Lihons : blessure légère à la jambe par éclats d’obus ; évacué le 9 décembre 1914 à Ypres pour pieds gelés ; Hôpital de Sées du 11 décembre 1914. Hôpital Dépôt de La Halle aux blés à Alençon du 6 février 1915. Convalescence de 7 jours du 9 février 1915. Dépôt le 16 mars 1915 (environ 4 mois). . Sergent le 1er avril 1915 ; sera blessé le 29 juillet 1915 au Barrenkopf : plaie en séton au thorax par balle ; Hôpital n° 69bis Annexe à Marvejols du 2 août 1915. Hôpital Dépôt de convalescents n° 7 de Mende du 13 novembre 1915. Convalescence d’un mois du 15 novembre 1915. Au dépôt du 10 décembre 1915. Aux armées le 6 septembre 1916. DEUX belles citations à l’ordre de la Division puis de l’Armée ; Cité à l’ordre de la Division du 14 juillet 1915 : « Déjà blessé au début de la campagne, est revenu sur le front à peine guéri ; sous-officier très entreprenant, volontaire pour toutes les opérations difficiles qu’il mène avec un grand sang-froid et beaucoup d’énergie, s’est particulièrement distingué dans la progression à coups de grenades dans les boyaux ennemis. » Cité à l’ordre de l’Armée du 8 septembre 1915 : « Blessé très grièvement d’une balle au ventre, a continué à encourager ses chasseurs et à les pousser en avant. A quitté le champ de bataille en disant : « Je suis content, mes chasseurs sont entrés dans le bois, je serai vengé. » » Croix de guerre avec  étoile d’argent et palme ; médaille militaire (J.O. du 12 mai 1918).

GABIOUX Félix Alexandre, classe 1901, rappelé le 3 août 1914 au 51e Chasseurs ; blessé le 21 février 1915 au Reichackerkopf la vallée de Munster, à l’ouest de Colmar : « évacué blessé » pour « gelure du pied droit » du 22 février 1915 au 25 janvier 1916 (environ 11 mois).

Des « pieds gelés »… pas vraiment gelés, plutôt atteints de la maladie des « pieds de tranchée »

Témoignage d’un soldat affecté par cette maladie

« Le 25, nous lançons toute la matinée des bombes et des pétards sur la tranchée adverse et sur les levées de terre fraîche que nous repérons en face de nous. J’ai les pieds complètement glacés. Je ne les sens plus. J’ai l’impression très nette que ma sensibilité s’arrête à hauteur des chevilles. Voilà trois jours et trois nuits que mes pieds végètent dans la boue liquide et il n’y a pas un mètre carré de sols secs où je puisse les sortir de ce bain forcé. Si, pendant le jour, je peux encore remuer mes orteils et agiter dans la boue mes pauvres membres engourdis, en revanche les nuits sont particulièrement douloureuses, car je dors les pieds dans l’eau et leur immobilité totale les anesthésie lentement mais inexorablement. »  “Mémoires de Guerre de Jean PETIT”. (site 1418jbsay.wordpress.com, page la maladie des pieds de tranchée de poilus)

L’historien Yves LE NAOUR explique : « A force de patauger des jours durant dans l’eau boueuse, sans jamais pouvoir se déchausser, de nombreux soldats sont victimes de « pieds gelés », une affection qui fait des ravages en 1915. Malgré son appellation, il s’agit rarement de vraies gelures mais de champignons prospérant dans le fumier et qui essaiment dans l’eau stagnante.
Dans un  premier temps, le pied enfle, gonfle, devient rouge et insensible, puis la peau se décolle, les ongles tombent et bientôt le malade ne peut plus marcher. Au stade ultime, si des soins ne sont pas administrés, il n’y a plus que la solution de l’amputation pour éviter la gangrène.
Mais l’affection est tellement fréquente, au moins autant que les maladies pulmonaires, que certains médecins militaires, soucieux de conserver les effectifs, refusent d’envoyer les malades à l‘hôpital, à l’instar du docteur Clovis Vincent qui officie dans un poste sanitaire proche de Vauquois : « Au soldat des tranchées qui venait à moi avec un pied gelé me demandant à être évacué, je répondais : Non, je n’évacue pas pour si peu de chose. Ici il faut avoir les deux pieds gelés pour être évacué. » (Cité par Paul Meunier, Le Droit des blessés. L’affaire du zouave Deschamps devant le conseil de guerre de Tours, Paris, Paul Ollendorff, 1916, 62 p., p. 51)

Tel autre médecin, que le caporal Barthas qualifie de « bourreau », de « charcutier galonné » qui « ne vaut pas l’encre que j’emploie à en parler », refuse même d’évacuer un soldat dont les pieds ne sont plus qu’une plaie et se contente de lui prescrire des bains chauds, ce qui est tout simplement impossible en première ligne. (…) :
« A mon escouade, il y avait un soldat que je vais nommer car je suis sûr qu’il ne me démentira pas, il s’appelait Lados ; le froid avait enflé ses pieds qui s’étaient ensuite crevassés, ils ne formaient plus qu’une plaie. Le major se contentait de lui ordonner des bains chauds, chose impossible à la tranchée. Il l’exemptait simplement de corvées : « Vous pouvez bien, disait-il, monter la garde à un créneau. »
A chaque relève on voyait ce tableau : le soldat Lados deux heures à l’avance partait les pieds enveloppés de chiffons, dans des sacs, des sacs à terre et, appuyé sur deux béquilles, se traînait vers la première ligne où comme bien l’on pense on le laissait reposer.
En dernier lieu, à une visite, deux de ses ongles restèrent dans les doigts du major qui lui dit : « Il vous en reste encore huit, c’est plus qu’il n’en faut pour marcher. » (Les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, Paris, La Découverte, 1998, 564 p., 4e cahier Vers le charnier de Lorette, 4 mai – 2 juin 1915, p. 104-105)

Le 9 mars 1916, Magnicourt, Incourt : « J’en appelle à ceux qui, ont fait des marches avec une simple ampoule à la cheville ou au talon, qu’ils jugent de nos souffrances si l’on songe que pour la plupart nos pieds ne formaient pour ainsi dire non qu’une seule ampoule, mais ce qui était pis une seule engelure. » (9e cahier, Vers l’enfer de Verdun, 29 février – 16 avril 1916, p. 255)

Pour éviter les ennuis, des hommes ont pris l’habitude de se déchausser, en contradiction avec le règlement, et de s’enduire les pieds de graisse. Le commandement conseille pour sa part de porter des chaussures de pointure plus grande pour revêtir deux paires de chaussettes. Voilà qui ne fait malheureusement pas peur aux champignons.

« L’on est dans la boue jusqu’aux oreilles et je te jure que les pieds sont gelés, qu’on ne les sent plus », maugrée un combattant, en janvier 1915. (Je suis mouton comme les autres. Du patriote enthousiaste au poilu résigné, Valence, Editions Peuple Libre & Notre Temps, 2002, 503 p., p. 286). Yves LE NAOUR, 1915, l’enlisement, éd. Perrin, 2013, Chapitre « Vivre et mourir », p. 18 (livre CHePP disponible à la bibliothèque de Passy)

Pieds infectés d’un soldat 

Pieds infectés d’un soldat (site 1418jbsay.wordpress.com, page la maladie des pieds de tranchée de poilus)

Pieds infectés d’un soldat (site 1418jbsay.wordpress.com, page la maladie des pieds de tranchée de poilus)

Maurice Genevoix décrit « ce mal » lors de son séjour aux Eparges en 1915 : « Mes molletières déroulées roulent sur le parquet ; ma capote s’affaisse près d’elles. L’un après l’autre, mottes lourdes, mes souliers tombent. Tout cela fait un tas de boue qui fume à la chaleur du fourneau. Mes chaussettes fument au dossier d’une chaise, et sur la chaise, fument mes deux pieds nus. Mais pieds sont bleus, de ce bleu qu’on voit aux nuages de l’été, les soirs d’orage. Ils deviennent verts comme une chair de noyé. Ils deviennent rouges comme des parquets de viande saignante…mes pieds cramoisis fourmillent de démangeaisons brûlantes…engelures énormes, ils commencent à bouillir ; à présent j’ai des jambes ; mais je n’ose plus y toucher.« . (site pages 14-18, page pieds gelés)

Cela a concerné des centaines de milliers de soldats.

Pieds « gelés » 

Pieds « gelés » (site pages 14-18, page pieds gelés)

Pieds « gelés » (site pages 14-18, page pieds gelés)

En général, le soldat était remis sur pied (sans mauvais jeu de mots) en 4 à 6 semaines, grâce à la chaleur (boîte soufflante à air chaud où on introduisait les 2 pieds) et au traitement adéquat de lavage + couche de vaseline, pratiqué dans les ambulances. (site pages 14-18)

Mais pourquoi cette exception française ? 

Les Belges n’avaient pas de  » Pied de tranchée « , voici ce qu’écrit un médecin Belge le docteur M.J.Voncken, medecin de batailllon armée belge lors de la conférence chirurgicale interalliée, 1ere session mars 1918.
« En me basant sur les statistiques établies par le service de Santé de l’armée Belge je n’ai pu relever que quatre fois le diagnostic de gelures légères des pieds et un seul de ces diagnostics porte : amputation du gros orteil pour gangrène.
On peut donc admettre comme inexistante l’affection du pied de tranchée dans l’armée belge malgré les quatre hivers rudes que nous venons de passer.

Considérons les différentes causes invoquées pour expliquer la pathogénie :
1°) L’infection microbienne ou le parasitisme mycélien.
2°) L’action de l’humidité froide.
3°) L’action de la gelée.
Quel que soit le mécanisme exact de ces trois facteurs, qu’il y ait une infection toxique, qu’il y ait névrite ou angiite oblitérante, tant artérielle que veineuse, vaso-constriction réflexe due au froid ou à la macération dans les boues humides, nos soldats aurait dû en éprouver les mêmes conséquences. Car dans les tranchées en Yser, les conditions climatiques et telluriques furent identiques à celles de toutes les autres armées.
Bien plus, c’est dans l’armée des Flandres que les troupes Anglaises ont eu le plus de cas ; les troupes Françaises voisines de la mer ont payé également un tribut assez important aux gelures des pieds, spécialement pendant l’hiver 1914-1915. A ce moment nos régiments étaient en ligne, de Nieuport à Dixmude, vivant dans des conditions identiques à celles de nos voisins Français et Anglais. Les mêmes difficultés de relève, les mêmes séjours prolongés dans des tranchées des plus inconfortables, n’ont pas cependant amené chez nous d’incidents imputables au froid. Peut-on expliquer ce fait par une différence dans l’étiologie ? Les trois facteurs envisagés plus haut ont été communs aux trois armées.

Deux faits semblent cependant avoir à ce sujet, quelque valeur et peuvent expliquer les différences.

1°) Le port de la molletière est sévèrement défendu à l’armée belge. Le soldat porte une petite guêtre très évasée à sa partie supérieure et qui ne monte que jusqu’au tiers moyen de la jambe.
Mr DEPAGE, lors de la guerre des Balkans a déjà insisté sur les dangers que constitue pour la circulation périphérique, le port des bandes molletières.

2°) Le port de la chaussette de laine est généralisé. Il serait à ce propos intéressant de rechercher si les lésions par gelure ne se sont pas manifestées en plus grand nombre chez les soldats, qui au lieu de chaussettes portaient des bandes de toile ou des carrés de flanelle repliés par les coins.

Si le froid et l’immobilité dans les tranchées favorisent la stase sanguine, tout obstacle ajouté au cours du sang telles les bandes molletières prédispose grandement à l’apparition de la gelure, quelle que soit la nature de cette affection »  (site pages 14-18, page pieds gelés)

POUR TOUT SAVOIR SUR LE PIED DE TRANCHEE, VOIR le site pages14-18 : le pied de tranchée une exception française. 

Hiver 1915-1916

« L’année suivante, les soldats étaient bien mieux armés contre la rigueur des hivers, chaussés de hautes bottes fourrées, vêtus d’un long manteau, chaudement gantés et coiffés d’un passe-montagne. Ils eurent à affronter, de novembre 1915 à mars 1916, quatre épisodes neigeux qui recouvrirent plateaux, collines et plaines d’un manteau blanc de 10 à 25 cm d’épaisseur, accompagnés de quelques fortes gelées matinales. Les gelées des deux hivers suivants furent sans commune mesure. » (site lodel.irevues.inist.fr)

Première page de l’Illustration du 15 janvier 1916 montrant des Poilus en Champagne 

Première page de l'Illustration du 15 janvier 1916 montrant des Poilus en Champagne (site pages 14-18, page peau de bique)

Première page de l’Illustration du 15 janvier 1916 montrant des Poilus en Champagne (site pages 14-18, page peau de bique)

Février 1916 : Passerands au 99e RIA
« On l’embarquait à Epinal un beau matin, la nuit suivante, il était dans la région de Verdun (26 février). Nous n’étions qu’à la fin de février. L’hiver se faisait encore durement sentir, le froid, la neige, les routes glissantes, rien ne manquait. » (Historique du 99e RIA)

Passerands au 14e BCAP
« Le Bataillon passe l’hiver 1915-1916 dans cette montagne (Le Linge). Il organise la position. Du 7 novembre au 14 mars, sans un repos, les hommes ont vécu et travaillé dans la neige, dans la boue, par un froid extrême, sous le tir incessant des minenwerfer et de l’artillerie ennemie qui, des Trois Epis, du Rain des-Chênes et de la côte de Grimaude, pouvait prendre nos tranchées de face, de flanc et à revers. » (Historique du 14e BCAP)

Antoine Gayet, classe 1916, Mionnay (Ain), soldat au 71e R.I., puis versé au 172e R.I, a failli avoir les pieds gelés, ce qu’il raconte fort bien ici :
T- « Alors le gel, pour les pieds gelés : trois degrés, et vous avez les pieds gelés ! Vous savez pas pourquoi ? Parce que la circulation se fait plus, surtout avec les molletières! Ça vous serre la jambe, quand elle est mouillée, ça vous serre la jambe ! » (…) Texte complet sur le site : très intéressant…

Il évoque aussi l‘harassante évacuation de son camarade aux deux pieds gelés : « Je l’ai emporté sur mon dos ! On a tombé peut-être… Oh! Ça faisait bien 3 km, pas loin ! Dans la boue, dans le.. Ce qui était le plus embêtant, c’étaient les fils de téléphone qui traînaient un peu partout! Alors on s’entravait dedans, et puis on dégringolait ! Alors fallait se…On pleurait ! On disait : « Oh mon vieux, autant être mort que faire un boulot pareil !  » Oh oui! Enfin, finalement, on est arrivé au bout ! Et le copain, il a été évacué tout de suite, il a été à Issy-les-Moulineaux, vers Paris, et ils lui ont coupé les deux pieds ! » (site loire.fr, pdf Chap. 16 – 1916 (janv.-fév.) – Conditions matérielles de vie des Poilus dans les tranchées avant la bataille de Verdun)

Soldat portant la chasuble en peau de mouton 

Soldat portant la chasuble en peau de mouton (site histoiremilitaria, source gallica, la chasuble ou le gilet en peau de mouton)

Soldat portant la chasuble en peau de mouton (site histoiremilitaria, source gallica, la chasuble ou le gilet en peau de mouton)

Nuit du 25 février 1916, prise du fort de Douaumont par les Allemands. Témoignage de J.-P., lieutenant au 95e R.I. : « Vous devez tenir coûte que coûte, ne reculer à aucun prix et vous faire tuer jusqu’au dernier plutôt que de céder un pouce de terrain.  »
« Comme ça, disent les hommes, on est fixé. » C’est la deuxième nuit que nous allons passer sans sommeil. En même temps que l’obscurité, le froid tombe. Nos pieds sont des blocs de glace. Encore avons-nous la chance, à la compagnie, que notre tranchée soit à peu près sèche. Des hommes du 1er bataillon occupent, à notre droite, une tranchée étroite où ils ont de l’eau jusqu’à mi-jambes : « L’eau gelait autour de nos jambes, devait me dire plus tard l’un de ces hommes, Giraud, et chaque fois que nous voulions lever le pied, il nous fallait briser une enveloppe de glace.  »
Les hommes qui n’ont pas à monter la garde s’assoient dans la tranchée tapissée de boue et y dorment d’un sommeil lourd, la toile de tente rabattue par-dessus la tête.
Je n’ai jamais, je le crois bien, éprouvé l’amertume de la guerre autant que cette nuit-là. La faim, la soif, le froid, l’insomnie, l’incertitude… »
(site lesfrancaisaverdun, page témoignages de poilus) http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/temoi-poilus.htm

Louis Barthas témoigne : « La température s’était vivement refroidie et le 23 février [1916], au moment du départ de Béthonsart par les moyens pédestres, la neige se mit à tomber en grande abondance, gênant notre marche, nous cinglant la figure, se collant à nos vêtements, fouettée par un vent violent, se glaçant et se transformant en stalactites de glace qui pendaient aux barbes et aux moustaches. » (9e cahier, Vers l’enfer de Verdun, 29 février – 16 avril 1916, p. 235, Artois)

« Il ne fallait pas songer à se coucher ni à dormir tous assis ; le froid terrible qui sévissait surtout la nuit nous obligeait d’aller fréquemment à un endroit où les caillebotis n’étaient pas recouverts d’eau pour piétiner furieusement afin de lutter contre la frigorification de nos pieds qui s’enflaient, bleuissaient, se crevassaient douloureusement. » (9e cahier, Vers l’enfer de Verdun, 29 février – 16 avril 1916, p. 243)

« A neuf heures du soir, nous fûmes relevés par un bataillon de notre régiment. […] Le thermomètre cette nuit descendit à dix degrés au-dessous de zéro ; des bourrasques de neige nous aveuglaient. La route était glissante car la neige se gelait au fur et à mesure qu’elle tombait.
Bientôt les rangs se rompirent ; le bataillon ne fut plus qu’une longue cohue de loques humaines s’appuyant sur de longs bâtons servant de béquilles pour soulager les pieds meurtris de froid. La plupart des hommes n’arrivèrent que dans la journée du lendemain ; à voir cette troupe débandée, dans la nuit obscure et par une telle tempête de neige, on avait la vision de la retraite de la grande armée en Russie. » (idem, p. 250, mars 1916)

Témoignage du soldat Louis Corti du 30e R.I. (où se trouvent de nombreux Passerands) ; cette lettre du 29 août 1916 évoque une attaque qui a eu lieu dans l’hiver :  » Ce matin, on a donné double ration d’eau de vie. Imagine ce que peut être un assaut à l’arme blanche, ces aciers fins et blancs ou bout des fusils tenus par nos mains crispées. Ce combat est ce que l’on peut demander de pire à nos corps faibles, tremblants. On respire un grand coup avant de plonger dans l’inconnu. J’ai peur de l’inconnu, peur de sortir, peur de me battre.
Avec une sorte d’inquiétude animale, serrés les uns contre les autres, tous se taisent. Nous sommes cinquante empilés dans ce réduit si serrés que nous ne pouvons faire un mouvement. Nos pieds enfoncés dans la terre se gèlent avec elle.
Debout, j’ouvre les yeux et la terrible réalité m’apparaît, nous allons partir à la mort. Nous finissons par marcher dans un demi-sommeil, inconsciemment, sans ordres, sans voix et sans pensées, comme des bêtes. Dans cette atmosphère où l’on sent la mort insaisissable, on entend des cris, des ordres venus d’on ne sait où.
Le signal du départ vient d’être donné. Les coups de fusils commencent à claquer, et bientôt, un barrage acéré tombe sur nos unités, ce sont des cris et des hurlements
d’horreur. Des hommes tombent, cassés en deux dans leurs élans, il faut franchir la plaine balayée par les balles, les cadavres aux membres disloqués, la figure noire, horrible.
Nous arrivons tout près des Boches et un terrible corps à corps s’engage. Les fusils ne peuvent plus nous servir et c’est à l’aide de nos pelles que nous frappons.
On voit un tourbillon d’hommes qu’on ne reconnaît pas, qu’on entend plus. Je saigne du nez et des oreilles, je suis fou, je ne vois même plus le danger, je n’ai plus songe à rien, mon rôle est fini.
Je me vois les reins brisés, étouffant, creusant la terre de mes mains, et là, tout près de moi s’élève, monotone, une plainte d’enfant « j’ai mal, maman, mon dieu je vais mourir ».
Que sont-ils devenus mes camarades ? sont-ils partis ? sont-ils morts ? suis-je le seul vivant dans mon trou ?
Devant moi, défile la famille que j’ai laissée au foyer et que peut-être, je ne reverrai plus. Je revois les miens, mon village endormi, mes enfants, et je me dis que tous les rêves que nous avons faits ensemble ne se réaliseront jamais, que je ne les reverrai plus. Et l’angoisse m’étreint profondément. « 
(Lettre de Louis Corti, 29 août 1916, d’après Jean-Pierre Guéno, Paroles de Verdun, Perrin, Paris, 2006, site lesfrancaisaverdun, page témoignages de poilus)

Hiver 1916-1917
La vague de froid qui a sévi dans le nord de la France durant l’hiver 1917 a mis à rude épreuve les combattants.

Décembre 1916 : Passerands au 99e RIA              

« Le 27 décembre 1916, le 99e R.I. est envoyé quelques semaines dans la région de Mauvages, lieu de repos peu enchanteur, sans ressources où les cantonnements ne sont pas aménagés et où le froid se fait durement sentir. (…)
Début 1917, « Nous sommes envoyés dans le secteur de Marquivilliers, secteur déjà assez bien organisé, mais où un travail intensif s’impose pour une offensive prochaine. Un froid excessivement vif, la terre fortement gelée, augmentent les fatigues des hommes. »» (Historique du 99e RIA)
« Dès le début de l’année 1917, entre le 6 janvier et le 16 février, soit un mois et demi, le mercure n’a pas dépassé la barre des 5 degrés Celsius le jour. Les nuits étaient toujours sous zéro. Ce sera, pour des milliers d’hommes regroupés dans les tranchées, l’hiver le plus difficile. Entre le 20 janvier et le 9 février, les soldats sont confrontés à une période de froid extrême. Ni le jour ni la nuit, le mercure ne dépassera le point de congélation avec un minimum de -23,2 degrés le matin du 4 février. La majorité des combattants souffrent de l’onglet, un engourdissement douloureux du bout des doigts causé par le froid. » (site meteomedia.com)

« Janvier/février 1917 : une vague de froid intense et longue de 42 jours.
Du 6 janvier au 16 février 1917, près d’un mois et demi durant, les températures maximales ne dépassèrent pas les 5°C. Une goutte froide d’altitude plongea le nord-est de la France dans une vague de grand froid continu, sans aucune journée de dégel du 20 janvier au 9 février. Les températures minimales passèrent plusieurs fois sous les -10°C. De plus, au vu des -23,2°C à Commercy le 4 février 1917, des records furent sans doute battus dans les trous à froid que sont les fonds des ravins qui scandent le champ de bataille. »

« En février 1917, la température « descendit à plus de 25 degrés au-dessous de zéro ; les travaux étaient impossibles, la pioche rebondissait sur le sol qu’elle n’arrivait pas à entamer, les aliments arrivaient gelés, impossible de se procurer ni abri, ni feu, ni alimentation chaude, le vin lui-même gelait. (Historique du 333e RI, voir Joseph Buttoudin)

Ces conditions météorologiques exceptionnelles faisaient la « Une » des journaux. Par sa « rudesse anormale » (L’Excelsior, numéro du 9 janvier 1918), cette période renouait avec les « grands hivers d’antan » (Le Monde Illustré, numéro du 3 février 1917).
La rigueur endurée pendant ces deux premiers mois de l’année 1917 rappelait aux généraux et aux plus anciens des fantassins le terrible hiver 1879 (…) Tant par son intensité que sa durée, la vague de froid du début de l’année 1917 fut l’une des plus remarquables depuis le milieu du 19e siècle.
Du reste, les lettres d’époque évoquent cette période glaciale, bien souvent en lien avec les désagréments qu’elle supposait au quotidien et cela même lorsque les combattants étaient logés chez l’habitant : « Si, en faisant sa toilette, on laisse tomber de l’eau, elle gèle tout de suite ; l’encre se glace dans les encriers et dans les stylographes, et j’ai été obligé de faire dégeler mon porte-plume à réservoir pour vous écrire » (de Ferrari, 1920).
Les récits rendent compte de l’accentuation quotidienne des gelées : « La vague de froid persiste dans toute sa rigueur. […] J’ai retrouvé mes bottes collées au plancher par une couche de glace et l’aide d’un couteau a été nécessaire pour les détacher du sol ».

Affectueux souvenir d’un poilu d’Artois, février 1916

Affectueux souvenir d’un poilu d’Artois, février 1916 (idem : (site histoiremilitaria, source gallica)

Affectueux souvenir d’un poilu d’Artois, février 1916 (idem : (site histoiremilitaria, source gallica)

Louis Barthas : « Pendant notre séjour à Dommartin, le thermomètre oscillait chaque jour entre douze et quinze degrés au-dessous de zéro. On peut comprendre les souffrances des soldats dans les tranchées. Et dire qu’à l’arrière, à Paris, surtout, on jetait les hauts cris parce qu’on n’avait pas suffisamment de charbon pour chauffer les appartements, les théâtres, les cinémas !
Ces plaintes étaient une injure à ceux qui étaient condamnés par cette odieuse guerre à vivre pour ainsi dire en plein air. » (15e cahier, Le 296e régiment de Béziers en Champagne, 30 janvier – 26 avril 1917, p. 430 (février 1917)

Les poilus parlent aussi de l’onglet : « La majorité des combattants souffrent de l’onglet, un engourdissement douloureux du bout des doigts causé par le froid », « le plus grand mal dont les hommes souffraient, « il est cuisant » (de Ferrari, 1920).

Sans doute, ces conditions ont-elles encore plus affecté les troupes indigènes, dont les zouaves « chaussés de souliers découverts et vêtus de culottes courtes ! » » (site lodel.irevues.inist.fr)

Soldat portant la chasuble en peau de mouton et le masque à gaz

Soldat portant la chasuble en peau de mouton et le masque à gaz (site histoiremilitaria, source gallica)

Soldat portant la chasuble en peau de mouton et le masque à gaz (site histoiremilitaria, source gallica)

Passerands victimes du froid de l’hiver 1916-1917, évacués de quelques jours à quelques semaines :

CHATELLARD Ernest Dosithée, classe 1904, 30e RI, pieds gelés 1er degré bilatéral à Vaux-Chapitre [Meuse ; le lieu-dit Vaux Chapitre est entre le fort de Vaux et Fleury, village détruit, 5 km de nord est de VERDUN] le 21 septembre 1916. A nouveau, pieds gelés le 19 février 1917 aux Chambrettes [VERDUN] en service commandé.
Cité à l’ordre du 16e groupe de B.C.P. (pas de date) : « Excellent brancardier, a contribué par son courage et son initiative à sauver de nombreux blessés. » Croix de guerre étoile de bronze. Campagnes contre l’Allemagne : du 4 août 1914 au 4 octobre 1918. Disparu le 4 octobre 1918 devant Orfeuil dans les Ardennes. Tué à l’ennemi : jugement rendu le 3 novembre 1921 par le tribunal de Bonneville, transcrit le 17 novembre 1921 à Passy.

TANLET Alphonse Marie, classe 1905, rappelé au 30e RI le 5 août 1914 ; évacué pour pieds gelés du 20 au 22 septembre 1916 [Verdun ?]. Hôpitaux : Evacué sur H.O.E. [Hôpital d’Orientation et d’Evacuation]  6 S. P. 24 [Secteur Postal] annexe B du 20 au 22 septembre 1916 pour « pieds gelés » ; H.O.E. 339 le 23 septembre 1916 ; ambulance 10/13 S.P. 29 le 24 septembre 1916.

BOUCHARD Pierre Joseph Chérubin, classe 1915, incorporé le 15 déc.1914, 67e Btn de Chasseurs, le 23 octobre 1916 à Saillisel : gelure des pieds. Evacué le 23 octobre 1916 H.O.E. 32 S.P. 150 du 23 au 28 octobre 1916. Rejoint les armées.
(Voir Vatusium n° 19, article « Le Passerand aux 5 blessures »)

BOUDION Henri, classe 1916, incorporé au 22e Btn de Chasseurs le 8 avril 1915 ; nommé caporal le 4 mai 1916 ; évacué le 6 novembre 1916 dans la Somme pour gelure des pieds : hôpital temporaire 103 Amiens du 7 au 24 novembre 1916 ; aux armées du 30 novembre 1915 au 30 mai 1917.

Hiver 1917-1918

« Le dernier hiver de la guerre fut aussi long : froid quasi continu du 2 décembre 1917 au 14 janvier 1918 et températures minimales, flirtant certains jours avec des valeurs de -20°C à Commercy et -15°C à Châlons-sur-Marne.
Sur le Front, toutes les méthodes étaient bonnes pour se réchauffer et, par manque de charbon et de bois, les soldats abattaient les arbres proches de leurs abris : « Les hommes faisaient, avec les souches résineuses des sapins, de grands feux dans leurs abris profonds. A d’autres, l’air y eût paru irrespirable. Eux souffraient de cette fumée âcre qui donnait une température confortable. Ils sortaient de là noirs de suie » (Champagne, 1930).
Ils rêvaient dans ces moments difficiles aux permissions qui apportaient un répit dans cette nouveauté que fut, durant la première Guerre Mondiale, le fait de combattre en hiver, les fusils, les mains et les pieds gelés. En atteste François Déchelette dans son dictionnaire du langage des soldats de la Grande Guerre : « Dans l’ancien temps, la guerre s’arrêtait en hiver et souvent alors on fraternisait entre ennemis pour tuer le temps, en attendant de se tuer. La campagne de l’hiver de Turenne en Alsace fut considérée comme une innovation de génie. Nous avons changé tout cela : plus de trêve, sauf pour les confiseurs ; il faut toujours être à l’affût, malgré pluie et froid » (Déchelette, 1918). » (site lodel.irevues.inist.fr)

Sources et sites à consulter pour en savoir plus :

site meteomedia.com, les hivers de la Grande Guerre

site lodel.irevues.inist.fr, climatologie

site centenaire.org/fr

site pages14-18, page peau de bique

site histoiremilitaria, source gallica, la chasuble ou le gilet en peau de mouton

site pages 14-18, page pieds gelés

site pages14-18, page le pied de tranchée une exception française 

site 1418jbsay.wordpress.com, La maladie des pieds de tranchée de poilus

site 14-18 en photos, le blog photographique de Daneck 

site loire.fr, pdf Chap. 16 – 1916 (janv.-fév.) – Conditions matérielles de vie des Poilus dans les tranchées avant la bataille de Verdun

site lesfrancaisaverdun, page témoignages de poilus

Voir nos autres pages sur
– Passy pendant la grande Guerre
en particulier
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– Passy du XXe siècle à nos jours.

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