Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Les fantassins de Passy en 14-18 : biffins et havresac

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915.

Cette page BONUS complète notre article «  A la recherche des poilus de Passy » publié dans Vatusium n ° 18, pages 6 à 8.

En 1914, 231 Passerands sont dans l’INFANTERIE…

« Le fantassin représente les trois quarts des effectifs et incarne vraiment le peuple en armes. (…)
En 1914, les formations actives de l’infanterie métropolitaine s’élèveront à 173 régiments de 3 bataillons chacun, 31 bataillons de chasseurs, 4 régiments de zouaves, 12 de tirailleurs, 2 étrangers et 5 bataillons d’infanterie légère d’Afrique. Quant à l’infanterie de marine, passée de 4 à 12 régiments elle est, depuis 1900, sous l’autorité du ministre de la Guerre avec le nom d’infanterie coloniale, autonome et distincte de la « métropolitaine (…)
La loi de 1873 organise le territoire en 18 régions, chacune comprenant 8 subdivisions, l’Algérie constituant la 19ème région, à part (Voir notre page Organisation de l’armée française). Chaque région forme un corps d’armée à deux divisions d’infanterie de 4 régiments ; soit au total 144 régiments subdivisionnaires, un par subdivision. On adopte le drapeau tricolore actuel.

A partir de 1892, chaque subdivision met sur pied des corps de réserve qui prennent une existence réelle dès le temps de paix et qui portent le numéro du corps actif dont ils émanent, mais augmenté de 200 208ème pour le 8ème de ligne, 281ème pour le 81ème… Chacun de ces régiments reçoit un drapeau à son numéro. ». (Site musee-infanterie.com) 

Outre les soldats des troupes alpines (voir nos pages sur les BCAP et RIA), les fantassins se répartissaient dans différents types de régiments :
– les régiments d’infanterie (RI) et les régiments d’infanterie territoriale (RIT)
– les régiments de zouaves (RZ, voir notre page)
– les régiments de tirailleurs (RTA, Rgt de tirailleurs algériens ; RTM, Rgt de tirailleurs marocains ; RTT Rgt de tirailleurs tunisiens… )
– les régiments d’infanterie coloniale (RIC) : voir notre page Les Passerands de l’Infanterie coloniale en 14-18 
– les Bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique (BILA), les « Joyeux »
– les régiments de la Légion étrangère.

Introduction : Voir notre page « L’uniforme du fantassin français »

Mannequin avec l’uniforme du fantassin en 1914 (exposition mairie des Houches en décembre 2015, cliché Bernard Théry)

Mannequin avec l’uniforme du fantassin en 1914 (exposition mairie des Houches en décembre 2015, cliché Bernard Théry)

L’uniforme du fantassin (le « piou-piou ») en août 1914

L’uniforme du fantassin (le « piou-piou ») en août 1914 (site Le voyageurs du temps )

L’uniforme du fantassin (le « piou-piou ») en août 1914 (site Le voyageurs du temps )

Fantassins de la Légion étrangère

Fantassins de la Légion étrangère (blog de l’amicale des anciens de la Légion étrangère d’Indre-et-Loire)

Fantassins de la Légion étrangère (blog de l’amicale des anciens de la Légion étrangère d’Indre-et-Loire)

Soldats en marche vers les tranchées

Soldats en marche vers les tranchées (Lar 1916, page 184)

Soldats en marche vers les tranchées (Lar 1916, page 184)

Les bandes molletières

En août 14, les soldats avaient le pantalon rouge garance, enserré au niveau des mollets dans des jambières de cuir noir lassées sur le devant. Les bandes molletières sont devenues réglementaires à partir du 24 octobre 1914. Ce sont les chasseurs alpins qui les utilisaient : elles maintenaient le mollet.
De plus, c’était un moyen efficace d’empêcher la boue de pénétrer dans le pantalon ou les chaussures, mais elles étaient dures à mettre : il faut commencer par le bas, deux tours normaux, puis on croise d’un côté puis de l’autre trois fois et on revient droit en haut, on attache avec les lacets fixés dessus.

Un Passerand fantassin du 97e RIA et ses bandes molletières

Un Passerand fantassin du 97e RIA et ses bandes molletières (Doc. famille Jean Perroud, Passy)

Un Passerand fantassin du 97e RIA et ses bandes molletières (Doc. famille Jean Perroud, Passy)

Pourquoi les appelait-on les « biffins » ?

« biffin » et… fantassin par comparaison du havresac de soldat avec la hotte de chiffonnier (Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française)

Chiffonnier et sa hotte (Site guy.joly1.free, métiers anciens)

Chiffonnier et sa hotte (Site guy.joly1.free, métiers anciens)

Ernest GABARD Illustrateur Guerre 14-18 " On va relever"

Ernest GABARD Illustrateur Guerre 14-18  » On va relever »

Le havresac (ou « l ’as de carreau »)  et les souffrances du « biffin »

Avec la tenue, l’équipement et l’armement, l’homme porte de 24,767 kg à 28,426 kg (site bataillonsdechassseurs.fr)

Le havresac chargé

Le havresac chargé (site crdp.ac-amiens.fr)

Le havresac chargé (site crdp.ac-amiens.fr)

  1. Havresac contenant les effets personnels du soldat (linge, produits d’hygiène, etc.)
    2.Paire de brodequins de rechange dotés d’une épaisse semelle cloutée.
    3. Tente de toile que les soldats prennent souvent l’habitude d’utiliser comme un vêtement imperméable qu’ils disposent par-dessus leur capote.
    4. Piquets et sardines
    5. Hache à main
    6. Couverture
     de campement
    7. Gamelle individuelle
    8. Seau en toile

Le contenu du havresac (site bataillonsdechasseurs.fr) :
d’après la « nomenclature et poids des effets et objets qui constituent la tenue de campagne du fantassin » :
la vareuse 950 g
le havresac 1, 75 kg
la part individuelle des brosses et boîte à graisse 51 g
la calotte de coton 45 g
la chemise de coton 450 g
la courroie de sautoir 30 g
la cuiller 50 g
la gamelle individuelle 400 g
une paire de guêtres en toile 140 g
le livret individuel 45 g
le mouchoir 50 g
le savon 150 g
les souliers de repos 1,025 kg
les sous-pieds de guêtres 25 g
trousse de couture 150 g
sachets à vivres 44 g
baguette de fusil 40 g
accessoires pour l’entretien du fusil 155 g
vivres de réserve pour deux jours 2,254 kg
Soit un total de 7,204 kg
A cela peut s’ajouter l’ustensile collectif ou l’outil portatif.

Objets contenus dans le havresac du fantassin (site voyageurs-du-temps.fr)

Objets contenus dans le havresac du fantassin (site voyageurs-du-temps.fr)

Textes sur  le HAVRESAC du fantassin

L’écrivain Jean ECHENOZ décrit ce havresac dans « 14 » (Les Editions de Minuit, 2012, Chapitre 6, pages 48 à 50) :

« (…) Puis on mangeait, on dormait, repartait au clairon après s’être harnachés de son fusil, sa musette et son bidon en bandoulière, ses cartouchières au ceinturon après avoir rendossé son havresac, modèle as de carreau 1893 et dont l’infrastructure était un cadre en bois couvert d’une enveloppe de toile épaisse, du vert wagon au brun cachou. On le fixait sur son dos par deux bretelles en cuir, articulées en leur milieu par un dé en laiton.
Le sac ne pesait d’abord, vide, que six cents grammes. Mais il s’alourdirait vite par un premier lot de fournitures réglementaires, soigneusement réparties et consistant en matériel alimentaire – bouteilles d’alcool de menthe et substitut de café, boîtes et sachets de sucre et de chocolat, bidons et couverts en fer étamé, quart en fer embouti, ouvre-boîte et canif -, en vêtements – caleçons court et long, mouchoirs en coton, chemises de flanelle, bretelles et bandes molletières -, en produits d’entretien et de nettoyage – brosses à habits, à chaussures et pour les armes, boîtes de graisse, de cirage, de boutons et de lacets de rechange, trousse de couture et ciseaux à bouts ronds -, en effets de toilette et de santé – pansements individuels et coton hydrophile, torchon-serviette, miroir, savon, rasoir avec son aiguisoir, blaireau, brosse à dents, peigne – ainsi qu’en objets personnels – tabac et papier à rouler, allumettes et briquet, lampe de poche, bracelet d’identité à plaques en maillechort et aluminium, petit paroissien du soldat, livret individuel.
Tout cela semblait déjà pas mal pour un seul sac mais n’empêchait nullement qu’ensuite on arrimât sur lui, à l’aide de sangles, divers accessoires échafaudés. Au sommet, d’abord, sur une couverture roulée surmontant une toile de tente avec mâts, piquets et cordeaux incorporés, trônerait une gamelle individuelle – basculée pour obvier à l’entrechoc avec la tête -, à l’arrière un petit fagot de bois sec pour la soupe au bivouac serait calé sur une marmite fixée par une courroie remontant sur la gamelle et, latéralement, pendraient un ou deux outils de campagne sous leur housse en cuir – hache ou cisaille, serpe, scie, pelle, pioche ou pelle-pioche, au choix – ainsi qu’une vache à eau et une lanterne sous son étui de transport en toile. L’ensemble de cet édifice avoisinerait alors au moins trente-cinq kilos par temps sec. Avant qu’il ne se mette, donc, à pleuvoir. »

Troupe en marche en Champagne (site ruffineck44 : JMO des soldats de Ruffigné)

Troupe en marche en Champagne (site ruffineck44 : JMO des soldats de Ruffigné)

Roland Dorgelès, le soldat-romancier, raconte dans « Les Croix de bois » publié en 1919 les souffrances du fantassin

« Depuis le petit jour, le régiment aunait la route de son long ruban bleu. C’était une grosse rumeur de piétinement, de voix et de rires qui avançait dans la poussière. […]  Gilbert allait le cou tendu, les pouces passés sous les courroies, le pas traînant. De pause en pause, son sac était plus lourd. Il l’avait pourtant bouclé gaiement, au départ. Il avait ressenti une allégresse sportive sous ce fardeau bien arrimé. Les jarrets dispos, il aurait voulu chanter, partir au pas accéléré, la clique en tête.
Mais au bout d’une heure, le sac était déjà lourd. Au lieu de le pousser comme au départ, il se faisait pesant, et semblait le retenir, le tirer en arrière, par les deux courroies. Il rejetait bien son fardeau d’un coup d’épaule, tous les cent pas, mais le sac reglissait vite, encore plus pesant. Son pied meurtri s’était rouvert, ses genoux secs s’ankylosaient, et, maintenant, le sac de plomb jouait avec lui, le faisait tituber comme un homme saoul. Pour la première fois, on l’avait entendu jurer, dire des gros mots, d’une petite voix rageuse qui ne savait pas. Le buste en avant, peinant comme s’il avait dû traîner la route, il haletait sous son carcan :
– Je fous tout en l’air à la pause, et leur saleté de biscuits…
À chaque halte, il faisait son inventaire sur le talus et se délestait de quelque chose – des ampoules de pharmacie, un filtre portatif, une boîte de poudre de viande – un tas d’objets saugrenus que les camarades se disputaient sauvagement sans savoir au juste ce qu’ils en feraient. Sulphart lui portait la moitié de sa charge, son bouteillon, sa musette blanche pleine à crever, et quand l’étape tirait à sa fin, il lui prenait même son fusil, dont la bretelle lui sciait l’épaule. Mais le peu qu’il devait porter était encore trop lourd et à chaque halte il croyait qu’il n’irait pas plus loin. Quand le coup de sifflet commandait : « Aux faisceaux ! » il aurait voulu ne pas entendre, ou bien qu’on eût pitié de lui et qu’on le laissât là une heure, tout seul, laisser son talon se cicatriser et s’apaiser la fièvre de ses tempes battantes. Pourtant, il se relevait comme les autres et repartait en boitillant, plus perclus, une souffrance à chaque pas. Le sac dégarni n’était pas moins lourd et les bornes indifférentes ajoutaient sans cesse de nouveaux kilomètres à l’étape déjà longue.
Peu à peu, la rumeur de la troupe en marche s’apaisait. On sentait la fatigue : « La pause ! La pause ! » criait-on en se cachant. Des éclopés sortaient du rang et se déchaussaient, assis au pied du talus. Sur le bord de la route, Barbaroux, le major à quatre galons, donnait une consultation, maintenant des rênes et du genou son cheval qui piaffait. Devant lui, tout gauche, un homme se tenait au garde-à-vous.
–  Tais-toi ! criait le major, les veines des tempes gonflées. Tu marcheras comme les autres… Je suis commandant, tu entends, commandant ! Qu’est-ce que tu me dois ?
Le biffin hébété le regardait.
–  Mais je ne sais pas… Je ne vous dois rien, m’sieur le major.
–  Tu me dois le respect, hurlait Barbaroux sautant sur sa selle… Tiens-toi droit… Tends la main, je t’ordonne de tendre la main… Naturellement sa main tremble… Tous alcooliques, fils d’alcooliques… Eh bien, fiche-moi le camp, les autres marchent, tu marcheras… Et que je ne te voie pas traîner derrière ou gare le tourniquet !
À la halte, étendus derrière la ligne des faisceaux, les hommes se délassaient. Les nouveaux – le corps moins endurci – ne débouclaient même plus leur sac ; ils se couchaient sur le dos, le barda remonté sous la tête, comme un dur oreiller, et sentaient frémir la fatigue dans leurs jambes endolories.
–  Sac au dos !
On repartait en clopinant. On ne riait plus, on parlait moins fort. Le régiment qui tout à l’heure emplissait la route poudreuse jusqu’au dos des coteaux, se perdait dans une buée légère. Bientôt on ne vit plus la tête du bataillon ; puis la compagnie elle-même ondula dans la brume. Le soir allait venir, on entrait dans du rêve. Les villages se reposaient, la journée terminée, et leur haleine agreste de bois brûlé montait des toits pointus. » (Chap. III Le fanion rouge, p. 37-38)

Sources et sites à consulter pour en savoir plus :                                                                    

ADHS site des Archives départementales de Haute-Savoie

Site musee-infanterie.com

Site guy.joly1.free, métiers anciens

site Les voyageurs du temps

blog de l’amicale des anciens de la Légion étrangère d’Indre-et-Loire

site crdp.ac-amiens.fr

site bataillonsdechasseurs.fr

site ruffineck44 : JMO des soldats de Ruffigné

Voir nos autres pages sur
– Passy pendant la grande Guerre
en particulier
 notre page consacrée au monument aux morts de Passy.

– Passy de 1920 à nos jours.

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