Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Un Marsouin de Passy, Ernest Maréchal, tué dans les ARDENNES en août 1914

Written By: BT

Lire notre revue Vatusium n° 18, 2015 « Les Passerands dans la Grande Guerre », 1ère partie : 1914 et 1915.

Cette page BONUS complète nos articles du Vatusium n° 18 sur les soldats de Passy morts en août 1914.

Aux soldats de Passy morts pour la France dans les Vosges en août 1914 et listés dans notre revue Vatusium n° 18 pages 16 à 21, il faut ajouter un Passerand mort dans les Ardennes :

Il s’agit d’Ernest (Henri) MARECHAL, classe 1913, mort pour la France lors de la bataille des Frontières, « tué à l’ennemi » le 27 août 1914 à Jaulnay dans la Meuse (forêt située à une trentaine de km au sud-est de Sedan dans une boucle de la Meuse). Jugement rendu le 13 octobre 1914 par le tribunal de Bonneville et transcrit le 18 octobre 1914 à Passy.  Son nom est gravé sur le monument aux morts de Passy.

Fiche « Mémoire des hommes » du Passerand Ernest Maréchal (Ministère de la Défense)

1 fiche Ernest Maréchal

Né le 19 février 1893 à Villard-Bonnot (Isère), fils d’Henri Maréchal (né à Voiron, Isère, en 1869 et recensé à Passy, hameau de Chedde en 1911 comme employé à la Société de l’Arve) et de Marie Aimée Charlon domiciliés à Passy ; comptable à Passy, recensé à Passy, hameau de Chedde en 1911, avec le prénom Ernest, comme employé à la Société de l’Arve (p. 57 du recensement).
Il devance l’appel de sa classe, qui a lieu en novembre 1913 : « engagé volontaire pour 3 ans le 12 avril 1913 à la mairie d’Annecy pour le 4e Régiment Infanterie Coloniale ». (Voir notre page « Les Passerands de l’infanterie coloniale »)

Arrivé au corps et soldat de 2e classe le 15 avril 1913, soldat de 1ère classe le 5 février 1914, il est nommé caporal le 1er mai 1914.

Ernest MARECHAL  avant la guerre :

De 1907 à 1913, son régiment, le 4e RIC, prend part à la pacification du Maroc. (Voir Wikipedia, art. Maroc) et notre page « Des Passerands en guerre… avant la Grande Guerre » (en construction)

Carte du Maroc après le Traité de Fès de 1912,
l’Empire chérifien est divisé en plusieurs zones de domination, française, espagnole et internationale 

Carte du Maroc après le Traité de Fès de 1912, l'Empire chérifien est divisé en plusieurs zones de domination, française, espagnole et internationale (Wikipedia, art. Maroc)

Carte du Maroc après le Traité de Fès de 1912 (Wikipedia, art. Maroc)

Le régiment d’Ernest MARECHAL au début de la Grande Guerre :

Le 4e Régiment Infanterie Coloniale (RIC), caserné en 1914 à Toulon, appartient à la 2e Division coloniale (DIC) d’août 1914 à novembre 1916 commandée par le général Leblois et fait partie du Corps d’armée colonial (CAC ou CC), lui-même intégré à la IVe Armée du général Fernand de Langle de Cary formée des 12e et 17e CA, de ce Corps d’armée colonial et d’une division de cavalerie.

La 2e Division coloniale est composée de
– la 4e Brigade d’Infanterie Coloniale, Colonel Boudonnet à Toulon

4e Régiment d’Infanterie Coloniale Toulon (celui d’Ernest Maréchal)

8e Régiment d’Infanterie Coloniale Toulon

– la 6e Brigade d’Infanterie Coloniale général Caudrellier à Marseille

22e Régiment d’Infanterie Coloniale Marseille

24e Régiment d’Infanterie Coloniale Perpignan et à Sète (Source : Wikipedia, art 2e DIC)

Jusqu’à la mi-août, la IVe Armée est en réserve à Saint-Dizier avant d’être envoyée en Lorraine. Pendant que la 5e Armée du général Lanrezac rencontre des succès à Guise, de Langle de Cary qui le couvre sur l’est, se maintient bien sur la Meuse. Cependant une dangereuse brèche du côté de la 5e Armée du général Lanrezac contraint Joffre à créer la 9e Armée.

Les combats de la 2e DIC en août 1914 :

9 – 13 août 1914 : Transport par V.F. dans la région de Revigny et concentration dans celle de Vaubecourt.
13 – 22 août : Mouvement offensif en direction de Neufchâteau (Belgique), puis par Jubécourt, Montfaucon, Stenay et Chauvency-le-Château.
– 22 – 24 août : Engagée dans la bataille des frontières ; Combats de Rossignol et vers Termes, Frénois, Jamoigne, Valansart, Izel et Pin.

– 24 août – 6 septembre : Repli sur la Meuse, vers la forêt de Jaulnay
– 25 août, combat vers Saint-Walfroy.
27 août, défense de la Meuse : Combat vers la forêt de Jaulnay (bataille de la Meuse) ; mort d’Ernest Maréchal.
Après cette date (et la mort d’Ernest Maréchal), ce sera :

– 28 août, continuation du repli vers la Croix-aux-Bois.
– 30 août, mouvement offensif vers Châtillon-sur-Bar.
– 31 août, combats vers les petites-Armoises et Brieulles-sur-Bar.
– À partir du 1er septembre, repli, par Cernay-en-Dormois et Saint-Remy-sur-Bussy, jusque dans la région de Saint-Remy-en-Bouzemont.
– 6 – 14 septembre : Engagée dans la 1re bataille de la Marne.

Opérations des 3e et 4e armées du 6 au 25 août 1914 ; offensive et repli du Corps Colonial (C.C.) au milieu de la carte 

 Opérations des 3e et 4e armées du 6 au 25 août 1914 ; offensive et repli du Corps Colonial (C.C.) au milieu de la carte (Site chtimiste.com, page Opérations des 3e et 4e armées du 6 au 25 août 1914)

Opérations des 3e et 4e armées du 6 au 25 août 1914 ; offensive et repli du Corps Colonial (C.C.) au milieu de la carte (Site chtimiste.com, page Opérations des 3e et 4e armées du 6 au 25 août 1914)

Le début de la campagne d’août 14… vu par le rédacteur de l’Historique du 4e Régiment d’Infanterie Coloniale :

« Lorsque parvint au 4e Colonial l’ordre de mobilisation générale et la nouvelle de la déclaration de guerre, officiers et soldats étaient prêts. La deuxième manche de la partie commencée en 1870 allait se jouer ; les Prussiens allaient nous payer Bazeilles. Soldats de métier, ayant déjà bataillé sous toutes les latitudes, les marsouins n’avaient qu’une idée ; être là au premier coup de canon. Chacun avait dans la victoire une foi inébranlable ; elle se lisait sur tous les visages de nos soldats lorsque le train les emportant vers la fournaise quitta Toulon. A leur départ, la population de cette ville, à la tête chaude et à l’enthousiasme facile, leur fit une magnifique ovation et les couvrit de fleurs. » (Campagne 1914 – 1918 Historique du 4e Régiment d’Infanterie Coloniale Imprimerie B. Bouchet – Toulon Source : J.-L. Dron – Droits : Domaine public – Transcription intégrale : P. Chagnoux – 2014 ; disponible sur le site tableaudhonneur.free.fr)

Le JMO du 3e bataillon du 4e RIC est moins dithyrambique : p. 2 « Mobilisé à 16 officiers et 919 hommes de troupe, le bataillon quitte Toulon le 8e jour de la mobilisation (9 août 1914) […].
Transporté par voie ferrée […], il débarque à Revigny [au N.O. de Bar-le-Duc] (Meuse) le 10e jour de la mobilisation (11 août 1914) à 17h et cantonne le même jour à Brabant-le-Roi [au nord de St-Dizier] et Villers-aux-Bois. Température très élevée et pénible.

12 août Marche de 16km pour aller cantonner à Génicourt-sur-Condé [entre St-Dizier et Verdun] ; même température accablante ; les réservistes, non habitués au sac, non entraînés se couchent le long de la route ; il faut en arriver aux menaces pour les faire avancer.

13 août Marche de 20 km pour gagner le cantonnement de Bulainville (vallée de l’Aire). Meilleure contenance des réservistes, moins de traînards»
Texte complet du JMO sur notre page JMO du 4e RIC dans les ARDENNES et la MARNE, août-septembre 1914

Suite de l’Historique du 4e RIC et résumé des journées d’août et septembre 1914 : « Les premières opérations auxquelles le régiment prend part se déroulent dans la vallée de la Meuse vers Stenay et en Belgique où il est employé, au prix de pertes souvent sévères, à retarder la progression de l’ennemi.
Mais obligé de se conformer à l’ordre de retraite générale, il se replie par la Lisière Est des Ardennes, et la bataille de la Marne le trouve en position vers Saint-Rémy en Bouzemont au sud de Vitry-le-François. Il prend ensuite une part très active à la poursuite de l’ennemi. » (Historique du 4e Régiment d’Infanterie Coloniale)

Contexte général de la bataille des Ardennes

La bataille des Ardennes […] est une des batailles d’ouverture de la Première Guerre mondiale. Elle se déroule du 21 au 23 août 1914 entre l’Armée impériale allemande et les forces françaises, autour de Longwy et de Neufchâteau. Il s’agit d’un épisode de la bataille des Frontières.  (Wikipedia, art. “Bataille des Ardennes (1914) »)

Le général Joffre, commandant en chef de l’armée française, ordonne une attaque à travers les Ardennes afin de soutenir l’invasion française de l’Alsace-Lorraine comme prévu par le Plan XIII qu’il avait élaboré. Selon le plan XVII, il était prévu que peu de forces allemandes se trouveraient dans le massif. Des barrages intensifs d’artillerie devraient permettre à l’armée française de progresser rapidement dans un tel terrain boisé, les Ardennes.

Le plan Schlieffen et le plan XVII (site crdp-strasbourg.fr)

Le plan Schlieffen et le plan XVII (site crdp-strasbourg.fr)

Le 20 août au soir, Joffre donne l’ordre aux armées de se mettre en marche à l’aube : Langle en direction de Neufchâteau et Ruffey vers Arlon. Le 21 au soir, arrivent les ordres suivants : « La IVe armée continuera son mouvement vers le nord dans la zone qui lui a été assignée, et attaquera toute troupe ennemie qui se rencontrera dans cette zone. Le but à poursuivre est d’acculer à la Meuse entre Dinant, Namur et l’Ourthe, toutes les forces ennemies qui se trouveraient dans cette région » Ordre particulier no 17 aux généraux commandant les IIIe et IVe armées, le 21 août 1914 à 21 h 30, cité dans Naërt et al. 1922, volume 1, tome 1, annexe no 706, p. 604.
Mais côté allemand, ce ne sont pas 3 corps d’armée que Joffre pense avoir devant lui, mais 11, soit les 22 divisions des IVème (duc de Wurtemberg) et Vème (Kronprinz de Prusse) armées qui commencent leur marche vers le sud-ouest dès le 18. Le 21, l’armée du Kronprinz bombarde Longwy. (site crdp-strasbourg.fr)

Le 20 août, il devient toutefois évident aux yeux du général Lanrezac, commandant la 5e armée française, puis au général Joffre, que d’importantes troupes allemandes se trouvent dans les Ardennes. Ce même jour, les Allemands lancent une contre-attaque contre l’avancée française en Alsace-Lorraine.

Les deux armées allemandes formaient le centre de l’avance du plan Schlieffen prévu par les Allemands contre la France. (Wikipedia, art. “Bataille des Ardennes (1914) »)

Joffre ordonne toutefois une invasion des Ardennes pour le 21 août.

Offensive des Ardennes, 21-26 août 1914, en haut de la carte 

Offensive des Ardennes, 21-26 août 1914, en haut de la carte (site crdp-strasbourg.fr)

Offensive des Ardennes, 21-26 août 1914, en haut de la carte (site crdp-strasbourg.fr)

Le général Fernand de Langle de Cary donnera en 1935 le témoignage suivant :

« Nos échecs du début semblent dus en premier lieu à un plan d’opérations défectueux : l’attaque par les deux ailes à la fois en Lorraine et en Belgique. Ce procédé (…) n’est réalisable que si on possède une grande supériorité numérique. Or, nous ne l’avions pas (…). Le plan d’opérations est l’œuvre entière du général Joffre et de son Etat-major. Il n’a pas été soumis à l’examen et à l’appréciation du Conseil supérieur de Guerre. La plupart des commandants d’Armée, moi entre autres, nous ne connaissions que la zone de concentration de nos armées ; nous ne savions rien des intentions du général en chef. C’est sa méthode d’agir avec le seul concours de son entourage intime, sans consulter ses commandants d’armée sans même les mettre au courant, autrement que par les instructions et les ordres qu’il leur envoie. Je ne critique pas, mais je crois préférable la méthode qui est fondée sur la collaboration et la confiance. » (Fernand de Langle de Cary, Les raisons du désastre, Paris, Payot, 1935).

Le 22 août 1914, la IVe Armée est envoyée en renfort dans les Ardennes pour contrer l’avancée allemande en Belgique :

« De mon côté et du côté de la IIIe Armée nous avons été lancés à l’offensive dans un terrain d’une difficulté inouïe : la forêt des Ardennes, véritable coupe-gorge (…) qui formait barrage devant nous. L’ennemi était installé dans la forêt depuis plusieurs jours à l’abri de ce masque, il avait préparé une organisation défensive à laquelle se sont heurtés plusieurs de nos corps d’armée, le 17e notamment (…). Aborder l’ennemi avec un pareil masque devant soi, s’était s’exposer aux plus graves mécomptes, malgré la valeur des troupes. Il eût fallu au moins sonder cette forêt en premier lieu ; mais le Général en chef m’avait interdit d’y envoyer autre chose que la cavalerie. Il voulait en effet attaquer par surprise, et j’ai dû m’incliner. La surprise a été pour nos troupes qui trouvaient dans la forêt du fil de fer et des mitrailleuses habilement dissimulées. Ceci n’excuse pas les fautes commises de notre côté. Ainsi le 17e corps a été engagé en pleine forêt sans que les précautions les plus élémentaires aient été prises. » (Fernand de Langle de Cary, Op. cit.)

Le général de Langle de Cary fera partie également du système de la bataille de la Marne en septembre 1914. Toujours à la tête de la 4e Armée il vient à bout de l’armée du duc de Wurtemberg à Vitry-le-François le 9 septembre 1914. Le 20 novembre, il est fait Grand-Croix de la Légion d’honneur. (Wikipedia, art. Fernand de Langle de Cary)

La première bataille générale ; Retraite des 3e et 4e armées, 25 août-5 septembre 1914, carte publiée dans l’Illustration du 9 janvier 1915

La première bataille générale ; Retraite des 3e et 4e armées, 25 août-5 septembre 1914, carte publiée dans l’Illustration du 9 janvier 1915 (doc. J.P. Morin, Passy)

La première bataille générale ; Retraite des 3e et 4e armées, 25 août-5 septembre 1914, carte publiée dans l’Illustration du 9 janvier 1915 (doc. J.P. Morin, Passy)

Déroulement de la bataille des Ardennes

Les forces allemandes avaient commencé à établir des positions défensives dans la province de Luxembourg en Belgique dès le 19 août. Elles ont pour objectif de capturer Neufchâteau et prendre à revers les forces françaises progressant en Alsace-Lorraine. Le but de l’avancée de l’armée française était simple : attaquer le centre allemand dans le flanc alors qu’il traversait la Belgique. […] (Wikipedia, art. “Bataille des Ardennes (1914) »)

Carte de la bataille des Ardennes autour de Sedan

Carte de la bataille des Ardennes (site delamarejean.free.fr)

Carte de la bataille des Ardennes (site delamarejean.free.fr)

Voir carte de la Bataille des Ardennes, positions des armées le 21 août 1914 sur le site 1914-18.be)

L’armée française se retire de la Belgique de manière désordonnée dans l’après-midi du 23 août.

Bilan : Environ 27 000 soldats français ont été tués pendant la seule journée du 22 août, sur un front de 400 km de long, faisant de cette journée le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France (Jean-Michel Steg, Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France, 22 août 1914, Fayard). […]
La plupart des morts tombèrent dans les Ardennes belges. Rien que dans le petit village de Rossignol, en Gaume, plus de 7.000 soldats perdirent la vie.

Nestor Outer, originaire de Virton, a dépeint cette journée tragique avec 70 aquarelles :

La journée tragique du 22 août 1914, aquarelle de Nestor Outer 

La journée tragique du 22 août 1914, aquarelle de Nestor Outer (site 87dit.canalblog.com)

La journée tragique du 22 août 1914, aquarelle de Nestor Outer (site 87dit.canalblog.com)

Jean Galtier-Boissière, caporal français au 31e RI (10e DI du 5e CA) raconte son baptême du feu près de Longwy le 22 août :

« Soudain, des sifflements stridents qui se terminent en ricanements rageurs nous précipitent face contre terre, épouvantés. La rafale vient d’éclater au-dessus de nous […] Les hommes, à genoux, recroquevillés, le sac sur la tête, tendant le dos, se soudent les uns aux autres… La tête sous le sac, je jette un coup d’œil sur mes voisins : haletants, secoués de tremblements nerveux, la bouche contractée par un affreux rictus, tous claquent des dents ; leurs visages bouleversés par la terreur rappellent les grotesques gargouilles de Notre-Dame. Dans cette bizarre posture de prosternation, les bras croisés sur la poitrine, la tête basse, ils ont l’air de suppliciés qui offrent leur nuque au bourreau… Cette attente de la mort est terrible. Combien de temps ce supplice va-t-il durer ? Pourquoi ne nous déplaçons-nous pas ? Allons-nous rester là, immobiles, pour nous faire hacher sans utilité ? » (Jean Galtier-Boissière, En rase campagne, 1914. Un hiver à Souchez, 1915-1916, Paris, Berger-Levrault,‎ 1917, 296 p., p. 41-46).

Le 23 au matin, Joffre envisage de relancer la IVè armée à l’offensive et regroupe ses forces.
Le 24, la IVème armée se replie derrière la Meuse et la Chiers « l’ensemble des renseignements recueillis ne montre devant votre front que trois corps et demi environ. Par suite, il faut reprendre l’offensive le plus tôt possible » (Communication téléphonique du général en chef à commandant armée Stenay, le 23 août 1914 à 8 h 30, cité dans Naërt et al. 1922, volume 1, tome 1, annexe no 1048, p. 843).

Le 25 août, autour de Sedan l’artillerie française parvient à contenir les assauts de la IVè armée allemande et plus à l’est, la Vè armée allemande, engagée à Étain, est forcée à reculer. Le 26 août, Longwy se rend, les troupes allemandes passent la Meuse à Donchéry et Iges puis occupent Sedan ; les troupes françaises se regroupent sur le plateau forestier de la Marfée et du Mont Croix Piot.
Le 29 août, sur ordre de Joffre, après quelques vaines contre-offensives, la IVè armée bat en retraite vers le sud. (site crdp-strasbourg.fr)

La bataille de Sedan-Noyers (25-26 août 1914)

« Dans la matinée du 25 août 1914, l’infanterie allemande entre dans Sedan, des civils sont tués, l’artillerie française pilonnent Sedan et se positionnent aux niveaux des ponts pour les détruire.
Le 26 août, les Français évacuent définitivement Sedan, la IVe armée se replie sur Wadelincourt (rive gauche de la Meuse), et le combat continue les 27 et 28 août 1914 au sud sur la colline de la Marfée, puis l’armée française se replie sur l’Aisne. » (site musee-municipal-sedan.over-blog.com)

L’ampleur de la défaite française a été remarquable et devient claire pour le général Joffre quelques jours après. Celui-ci était enclin à blâmer la mauvaise performance de ses forces plutôt que de l’attribuer à sa stratégie et aux circonstances de la bataille.

Carte de la bataille des Ardennes et de la Sambre, 2-26 août 1914 ; en bas à droite la IVe Armée de Langle de Cary et emplacement de Stenay 

Carte de la bataille des Ardennes et de la Sambre, 2-26 août 1914 ; en bas à droite la IVe Armée de Langle de Cary et position de Stenay (site crdp-strasbourg.fr)

Carte de la bataille des Ardennes et de la Sambre, 2-26 août 1914 (site crdp-strasbourg.fr)

La bataille des Ardennes vue du 4e RIC : les dernières journées d’Ernest Maréchal

Récit des manœuvres et combats du 4e RIC du 9 au 27 août 1914, date de la mort du Passerand Ernest Maréchal dans la forêt de Jaulnay :

« Du 9 au 11 août le régiment débarqué dans la région de Revigny près de Bar-le-Duc et après concentration effectuée, avec l’ensemble du C. A. C. des marches qui ont pour but d’amener cette unité, par l’est du massif de l’Argonne, dans la région de Stenay où se constituait la IVe Armée (De LANGLE de CARY).

Forêt de Jeaunet (ou Jaulnay), Cesse, Luzy, au NO de Stenay ; Martincourt et Inor, au nord de Stenay 

Forêt de Jeaunet (ou Jaulnay), Cesse, Luzy, au NO de Stenay ; Martincourt et Inor, au nord de Stenay (site lesmidi.canalblog.com)

Forêt de Jeaunet (ou Jaulnay), Cesse, Luzy, au NO de Stenay ; Martincourt et Inor, au nord de Stenay (site lesmidi.canalblog.com)

Le 21 août, le régiment fait mouvement de Stenay sur Baâlon qu’il quitte le 22 pour se porter avec la 2e D. I. C. sur Neufchâteau (Belgique). Vers 16 heures, le 4e R. I. C. qui est en tête, intervient avec quelques compagnies dans une action de fin de journée qui a pour objet de recueillir les unités de la 5e B. I. C. en retraite de la région de Neufchâteau-sur-Jamoigne. Combat de Valensart.

Rossignol, Jamoigne 

Rossignol, Jamoigne (site chtimiste.com, page combats de Rossignol, 22 août 1914)

Rossignol, Jamoigne (site chtimiste.com, page combats de Rossignol, 22 août 1914)

Le 25, il prend une position défensive entre les villages de Jamoigne et de Valensart et contient l’ennemi avec l’appui de toute l’A. D. 2. Vers le soir il se replie sur les lisières de la forêt d’Orval (frontière Franco-Belge). Le lieutenant-colonel RUEF est blessé au cours de cette journée.

Du 24 au 26 août, tout en tenant tête à l’ennemi sur les hauteurs de Saint-Walfroy et de Lamouilly, le régiment se replie vers Inor et atteint le bois de Jaulnay. »

Combats de Cesse et Luzy-Saint-Martin. Retraite sur la rive gauche de la Meuse et cantonnement des unités, le 26 août 1914 (Site stenay-14-18.com)

Traversée de la Meuse ; forêt de Jaulnay en haut de la carte 

Traversée de la Meuse ; forêt de Jaulnay en haut de la carte (Site stenay-14-18.com)

Traversée de la Meuse ; forêt de Jaulnay en haut de la carte (Site stenay-14-18.com)

Corps colonial : (général LEFEBVRE)

2e division coloniale (général LEBLOIS) La division passe la Meuse par le pont de bateaux de Martincourt avec la 3e division coloniale et les éléments non endivisionnés autres que la 5e brigade. Le pont en dur est réservé à l’artillerie et aux trains.

Elle se porte à la lisière sud de la forêt de Jaulnay. Dans la journée du 26, la division organise une position défensive le long de la lisière est de cette forêt. (Site stenay-14-18.com)

Organisations défensives dans la forêt de Jaulnay 

Organisations défensives (Site stenay-14-18.com)

Organisations défensives dans la forêt de Jaulnay (Site stenay-14-18.com)

Résumé du combat de Jaulnay, 27 août 1914

Dans la nuit du 26 au 27 des travaux d’organisation de défense de ce bois sont prescrits par le général commandant la 2e D. I. C. Le régiment chargé de couvrir les abords de Luzy et de Martincourt, pousse dans chacune de ces directions les bataillons VALLIER et PRUNEAU, tandis que le bataillon VACHER reste en réserve avec le colonel, sous-bois près du croisement des chemins Pouilly – Cesse et Luzy – Beaumont.

Pendant la nuit quelques détachements ennemis peuvent se glisser par les ponts incomplètement détruits d’Inor et de Martincourt et permettent l’établissement de passerelles sur la Meuse.

Dès le matin, à 7 heures, l’infanterie ennemie, sous la protection d’une nombreuse artillerie, franchit la rivière et attaque nos avant-postes qui résistent très vigoureusement. Vers 9 heures les quatre régiments de la Division sont complètement engagés dans un violent combat sur la lisière de la forêt et sous-bois. Les trois bataillons du 4e côte à côte, luttent d’entrain et de bravoure sans recevoir l’appui d’une seule batterie d’artillerie (à cause du terrain couvert, du mauvais temps, des terres détrempées, etc.). Ils contribuent puissamment à rejeter, vers 16 heures, les forces ennemies dans la Meuse ; mais au prix de quels sacrifices dans cette lutte à armes inégales.

Cette journée nous avait coûté 22 officiers et 1475 hommes tués, blessés ou disparus. Officiers tués : SALVY, lieutenant ; PETIT, lieutenant ; BENETHULIES, lieutenant ; LANGLOIS, lieutenant ; ALIX, lieutenant ; SALMON, sous-lieutenant ; DOLO, sous-lieutenant. Les débris des trois bataillons sont recueillis le long de la route de Stenay à Beaumont, par le commandant PRUNEAU. Le colonel REYMOND et son état-major se sont trouvés séparés du régiment au cours de l’action sous-bois et se rallient que le 29 à Beaumont.

Les derniers combats du Passerand Ernest Maréchal tué à Jaulnay le 27 août 1914, relatés dans le JMO du 3e bataillon

(Texte complet sur notre page JMO du 4e RIC dans les ARDENNES et la MARNE, août-septembre 1914) :

23 août « Dans la nuit, le 4e Rgt reçoit l’ordre de s’établir face à l’Est, la gauche à Jamoigne, la droite à la forêt. Le 3e bataillon occupe la gauche de la ligne sur le front Jamoigne-Romponcel- Valansart [Romponcel- Valansart sont situés au sud de Jamoigne]. Organisation de points d’appui […] Violente canonnade pendant plus de 6 heures. Les gros projectiles de l’artillerie lourde allemande causent quelques dégâts au 1er Groupe de l’artillerie divisionnaire établi à 800 m Ouest de Valansart ; très peu de blessés dans l’infanterie. Vers 15 h nous recevons l’ordre de nous replier sur la croupe au N.E. de Pin [à l’ouest de Jamoigne]. Nous n’avons pas vu d’infanterie allemande, nous n’avons pas tiré un coup de fusil !

Notre artillerie se décroche assez difficilement au centre ; vers 16h, toute la Division est sur la position indiquée à l’Est – N.E. de Pin. Reprise du duel d’artillerie. […] Vers 17h, le 4e Rgt reçoit l’ordre d’organiser et de tenir la lisière Est du bois de la Houdrée. Le 3e Bataillon à droite avec des postes face au Sud. Nous passons la nuit dans le bois.

24 août Vers 1 h, ordre de se replier sur Villers-devant-Orval, les Allemands ayant mis la main sur Pin, à notre gauche. Marche de nuit dans la forêt jusqu’à 4h 30. La 10e Compagnie, que l’ordre de départ n’a pas touchée, est restée sur sa position ; le Capitaine adjudant major Barbazan retourne la chercher avec 15 hommes.
Le 4e s’établit aux Avant-postes à Margny [en territoire français], face au Nord et à l’Est. Le 3e bataillon fournit 2 grand-gardes [pour empêcher que l’armée ne soit surprise] : 9e et 12e Compagnies.
Incident : un escadron allemand s’avance vers la Station de Villers-devant-Orval ; la section de mitrailleuses lui envoie à 800 m une rafale qui lui cause des pertes sensibles et lui fait faire demi-tour.
A 11 h, le 4e se porte vers le sud pour occuper la position du Bois de Richamont, à l’est d’Herbeuval ; le mouvement est couvert par la 9e compagnie (Section Petit et Chéruy) qui tient en respect des fractions d’infanterie ou de de cavaliers à pied avançant vers Margny.
A 12h, le 4e est établi sur le front nord du bois de Richamont, 3e bataillon  gauche.
A 13h 30, ordre de retraite, sans combat ; les troupes à notre droite et à notre gauche se sont déjà repliées sans nous avertir. Nous nous dirigeons à travers champs, puis par la route sur Breux et Thonnelle (12 km S.E.). Nous cantonnons à Thonnelle [au nord de Montmédy].

25 août Départ à 1h 30 pour Thonne-les-Prés, Chauvency-le-Château [à l’ouest de Montmédy], Bièvres [à l’ouest de Thonnelle], où nous recevons l’ordre d’aller prendre position dans le bois de Signy, face au N.-N.E., le 3e bataillon à droite contre Signy et Montlibert [au N.O. de Thonnelle].
Canonnade, surtout vers St-Vulfroy à notre gauche ; seulement quelques blessés. A la tombée de la nuit, nous recevons l’ordre de nous replier sur Lamouilly. Le 3e bataillon marche en queue de colonne. A Lamouilly, nous apprenons que les ponts de la Meuse doivent sauter  et qu’il nous faut passer sur la rive gauche par le pont de Martincourt. Marche de nuit très pénible. Nous nous couchons vers 1 ½ heure le 26 dans les prés de la rive gauche vers Luzy. [Luzy-St-Martin, au nord de Cesse et Stenay]

26 août A 4 h, reprise de la marche vers la forêt de Jaulnay ; installation du bataillon aux A.P. [avant-postes] face à Inor. Pluie toute la nuit. Des réservistes arrivés de Toulon s’affolent et tiraillent dans l’obscurité. La 11e Compagnie, qui s’était arrêtée à Lamouilly pendant la nuit précédente, au lieu de suivre le bataillon, a une échauffourée avec 1 escadron, 1 compagnie d’infanterie et des mitrailleuses allemandes ; 70 hommes sont tués, blessés ou disparus. Les autres rentrent avec le capitaine par le pont détruit d’Inor. »

La dernière journée d’Ernest Maréchal

27 août (suite du JMO) « Il n’y a encore aucun Allemand sur la rive gauche de la Meuse à 3h 30 ; vers 4h, le bataillon reçoit l’ordre de se replier sur la laie forestière suivant l’axe Cesse-Pouilly sur lequel le général commandant la division compte se retrancher.
Le 1er bataillon, qui était aux A.P. à droite du 3e, face à Luzy, a déjà exécuté son mouvement de repli quand le 3e commence le sien ; la 12e Cie (Capitaine Curault) part la première avec mission de s’établir à la lisière du bois la plus voisine de Luzy, face à ce village, pour couvrir le repli du reste du bataillon. Le mouvement s’exécute assez rapidement quoiqu’à la file indienne par une laie forestière. Cependant la 12e Compagnie se trouve engagée avec de l’infanterie allemande qui monte de Luzy vers la corne du bois ; cette infanterie devient bientôt assez nombreuse pour obliger la 12e Cie à se replier légèrement à l’intérieur du bois. Lorsque la ligne allemande arrive à la lisière, le capitaine Curault fait exécuter une contre-attaque à la baïonnette ; la ligne allemande recule vers Luzy ; mais la 12e Compagnie se sent impuissante à résister seule devant les troupes allemandes ; d’ailleurs le capitaine Curault a été blessé d’une balle à la jambe, le lieutenant Rothier blessé au bras et à l’épaule. La 9e Compagnie reçoit l’ordre de venir prolonger à droite l’action de la 12e ; cette compagnie, en butte au tir de mitrailleuses allemandes qui se sont établies à la corne du bois qu’a dû abandonner la 12e Cie souffre presque immédiatement de leur feu ; le lieutenant Petit est tué, à peine le déploiement de sa section est-il achevé.
Le lieutenant Garnier, chef de la 3e section de mitrailleuses reçoit l’ordre de rechercher un emplacement d’où  il pourra battre efficacement la corne du bois ; cet officier trouve rapidement une bonne position de batterie à environ 300 m du point indiqué et ne tarde pas à faire taire les mitrailleuses allemandes, ce qui provoque un mouvement en avant de la ligne du 3e bataillon que sont venus prolonger à droite la 10e Cie (capitaine Thomas) puis une Cie du 24e Colonial égarée dans le bois et qui vient se placer sous les ordres du Commandant du 3e bataillon.
Le 1er Bataillon (Vallier) attaque la partie de crête à droite du 3e. La progression des 2 bataillons se continue pendant une heure environ, très lentement, gênée par le tir violent des mitrailleuses et des fantassins allemands, puis par celui de l’artillerie allemande qui inonde de ses projectiles tout le terrain suivi par les compagnies de 1ère et de 2ème ligne.
On a la sensation qu’il sera impossible de parvenir à la crête tant que la corne du bois sera occupée par les Allemands, qui prennent en flanc la chaîne ; cette chaîne reste en place sans pouvoir progresser jusqu’au moment où 2 compagnies du 22e, envoyées par le bois, la droite à la lisière, commencent à faire sentir l’effet de leur feu sur les Allemands de la corne de ce bois. Alors toute la ligne se porte en avant, malgré les balles, malgré les obus, sans appui de notre artillerie qui n’a pu trouver de position de batterie pour nous porter son concours. Les hommes se précipitent à la baïonnette avec un entrain et une fougue remarquables ; toute la ligne allemande cède, redescend à la course la pente vers Luzy, s’enfuit en désordre vers le canal ; les deux compagnies  du 22e entrent dans Luzy.
A ce moment parvient un ordre du général de Division de ne pas dépasser la crête ; cet ordre est mal interprété ; la plupart des sections, privées de leurs chefs, se désagrègent, ramassent des trophées de toute nature et les hommes reviennent bien tranquillement dans la direction du chemin bourbeux d’où sont parties les attaques, absolument insouciants du danger. Comme les deux compagnies du 22e font un mouvement de retraite de Luzy vers la crête, les Allemands font une contre-offensive que ne peut arrêter le feu d’une chaîne très mince restée sur la crête. Comprenant le danger, le commandant du 3e bataillon fait avancer la 11e Cie (Capitaine Gury) momentanément réservée et la porte sur la crête pour former repli ; mais cette Compagnie est tout à fait en l’air, n’ayant que de faibles fractions à sa droite, qui ne tiennent pas devant la poussée allemande ; bientôt un mouvement de retraite générale se produit, après un succès incontestable et cela par suite du manque de coordination dans les efforts, du manque de liaison dans les attaques.
Le 3e bataillon a subi de très grosses pertes : Officiers tués : lieutenants Petit, Langlois, Chéruy. Officiers blessés : capitaine Curault, lieutenant Rothier, lieutenant Gérency, lieutenant Cognon.
420 hommes de troupe tués [dont le Passerand Ernest Maréchal ; rappel : le 3e bataillon du 4e RIC a été « mobilisé à 16 officiers et 919 hommes de troupe »…], blessés ou disparus dont 3 adjudants-chefs, 4 adjudants, 2 sergents majors, 14 sergents et sergents fourriers.

Le 3e bataillon va se reformer à la ferme de la Belle-Tour (4 km S.O. de Beaumont) où il arrive à la tombée de la nuit. »

Cartes et texte complet du JMO disponibles sur notre page JMO du 4e RIC dans les ARDENNES et la MARNE, août-septembre 1914

Voir aussi le récit disponible sur le site « stenay-14-18 »

 

Bataille des frontières nord de la France et bataille de Belgique, 2-26 août 1914 (site crdp-strasbourg.fr)

Bataille des frontières nord de la France et bataille de Belgique, 2-26 août 1914 (site crdp-strasbourg.fr)

De la Meuse à la Marne

Les mouvements des armées française et allemande d’août à novembre 1914 

 

Les mouvements des armées française et allemande d’août à novembre 1914 (Internet)

Les mouvements des armées française et allemande d’août à novembre 1914 (Internet)

La Retraite des 3e et 4e armées, 25 août-5 septembre 1914 vécue, racontée, illustrée par les Combattants : un des éléments de la victoire de la Marne.

« Nos deux armées du centre réalisèrent, par ordre, une retraite stratégique qui n’eut rien d’une déroute, puisque leur action retarda chaque jour la marche de l’ennemi.

Nos colonnes étaient suivies, de gauche à droite, par l’armée saxonne du général Von Hausen, par l’armée du duc de Wurtemberg et celle du Kronprinz impérial (IIIe, IVe, et Ve armées allemandes)

Ces forces adverses, étroitement liées, se proposaient d’enlever Verdun, et de crever notre centre sur la Meuse. Les 3e et 4e armées françaises devenaient, en quelque sorte, le pivot de notre résistance, tandis qu’à gauche les colonnes ennemies descendant de la Belgique et du Luxembourg gagnaient la vallée de la Marne et se dirigeaient : vers la Seine, et qu’à l’est d’autres forces victorieuses se ruaient en direction de Nancy.

La ténacité indomptable des 3e et 4e armées françaises fut un des éléments de la victoire de la Marne.
Ces deux armées devaient, avant tout, maintenir leur droite appuyée aux Hauts-de-Meuse et à Verdun, qui les reliaient à nos armées de Lorraine et d’Alsace, et maintenir, à gauche, une liaison étroite avec la 5e armée. Qu’un seul de ces contacts fut perdu, c’était la brèche par où s’engouffrait l’envahisseur.

 Retraite de la 4e armée.

Repoussée dans son offensive du 22 août, sur la Semoy, la 4e armée s’établit, les 25 et 26 août, sur la rive gauche de la Meuse. […] Ce repli fut si habilement exécuté qu’il échappa en partie aux observations de l’adversaire. Le général de Langle de Cary prescrivit à ses troupes de s’opposer énergiquement à toutes les tentatives ennemies en vue du passage de la rivière. Nos soldats firent des prodiges.

Le 27 août, des colonnes allemandes, sans cesse renforcées, s’aventuraient sur des passerelles de fortune ; décimées par nos feux, elles refluaient en désordre. Alors l’artillerie lourde adverse entra en action : des bataillons « gris-vert » prirent pied sur la rive gauche et tentèrent de progresser dans le secteur de Stenay. Ces bataillons attaquèrent les bois de Jaulnay et de Dieulet.

Mais les marsouins des régiments d’infanterie coloniale, brillamment lancés à la charge par le général Leblois, bousculèrent les formations allemandes sur Luzy et Cesse. Le 9e bataillon de chasseurs et le 87e régiment d’infanterie attaquèrent le village de Cesse (à côté de Stenay) à leur tour, et en délogèrent l’ennemi qui se replia sur la Meuse. […]

Nos troupes n’avaient rien perdu de leur mordant ni de leur vaillance. »

(Texte tiré de « La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants, en 2 tomes Aristide Quillet, 1922 »  Michelin, guide des champs de bataille ; Nancy et le Grand Couronné, 1919 ; disponible sur le site chtimiste, page Retraite des 3e et 4e armées, 25 août-5 septembre 1914)

Voir aussi le site verdun-meuse.fr

Carte de la “Grande Retraite”, 24 août-5 septembre 1914 (site crdp-strasbourg.fr)

Carte de la “Grande Retraite”, 24 août-5 septembre 1914 (site crdp-strasbourg.fr)

Voir détails de la Bataille des Ardennes sur le site du crdp-strasbourg  http://www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/1GM_combats/guerre_en_14_1.php?parent=61

Conséquences de la Bataille des Ardennes

L’armée française se replie et prend position sur Sedan et ses environs. […] Quelques tentatives de contre-attaques sont menées jusqu’au 29 août, date à laquelle sur ordre du général Joffre la 4e armée bat en retraite ; des combats d’arrière-garde auront encore lieu dans les environs de Rethel. La progression allemande ne sera véritablement stoppée qu’à l’issue de la bataille de la Marne en septembre 1914. (Wikipedia, art. “Bataille des Ardennes (1914) »)

« Les Allemands occupent Nomény, Gerbéviller, Baccarat, Lunéville […]. La chute de Longwy, où ont tenté de résister 7 000 défenseurs, entraîne celle de Sedan et Mézières.
Les Allemands prennent Maubeuge après 8 jours de combats acharnés livrés par les 48 000 hommes de la garnison (145e de Maubeuge, 31e et 32e d’infanterie coloniale, 1e, 2e, 3e, 4e, 85e Territoriaux, 2 bataillons de douaniers, 4 batterie de 75 et le 6e Chasseurs de cavalerie de Lille). Accablés sous les obus des batteries lourdes allemandes, dont des pièces de 420mm, les Français n’ont rien pu tenter pour se dégager, mais ils ont tenu 8 jours. 45 000 prisonniers prennent le chemin de l’Allemagne. » (site delamarejean.free.fr)

« Sacrifices payants »

Article de l’Union du 15 août,  » Tombés en août 1914  » publié le mercredi 15 août 2012. VOUZIERS (Ardennes). Bernard Berthion s’intéresse aux pertes humaines d’août 1914
« Champardennais, je m’intéresse depuis quelques années aux combats d’août 1914 dans les Ardennes.
L’approche du centenaire me conforte dans l’utilité de sortir de l’oubli les tués ou disparus des régiments qui en un mois, entre la déclaration de guerre et la Bataille de la Marne, firent plusieurs centaines de kilomètres à pied des gares des Ardennes, de la Marne et de la Meuse pour monter par étapes jusqu’en Belgique ou la Lorraine annexée pour livrer de terribles combats avant de se replier, par les Ardennes, jusqu’à la Marne en combattant souvent offensivement et en subissant le bombardement de l’artillerie allemande .
Une part de la victoire de la Marne revient au sacrifice de ces hommes qui épuisèrent les troupes allemandes. (Message de Bernard Berthion, 31 août 2012)
Lors du repli en direction de la Marne, « ces combats d’Ardennes, coûteux pour les Français, usèrent les troupes allemandes avant la Bataille de la Marne. Ces sacrifices furent donc payants… »
Bernard Berthion souhaite aussi que les Ardennais d’aujourd’hui prennent bien conscience de ce qu’ont été ces mouvements. « Sachant qu’un régiment manœuvre avec 2.000 à 3.000 hommes et 150 à 200 chevaux, les voitures, les chariots, il faut bien se représenter l’embouteillage entre régiments puis avec les populations en exode sur les routes et chemins, l’encombrement des villages pour l’hébergement ou la récupération de nourriture, boissons, paille pour dormir, foin pour les bêtes, eau, vin… Des étapes à pied de 15 à 30 km, sous le soleil brûlant ou sous les orages, avec le poids de l’équipement et l’armement à porter, la fatigue, l’insomnie due au qui-vive permanent… »
« Dès le 25 août, aux régiments français s’ajoutent les régiments allemands, ce qui double le nombre d’hommes et de bêtes… » « Se souvenant des francs-tireurs de 1870, les Allemands, lors de résistance, n’hésitent pas à incendier des villages, à déporter ou fusiller des otages… »
« Le 2 septembre, les Ardennes deviennent totalement occupées pour quatre ans. » (Site pages14-18.mesdiscussions.net, page aout-1914-ardennes-sujet 323, message de Bernard Berthion, 31 août 2012)

Traces mémorielles de ces combats

Sept monuments funéraires allemands existaient sur les communes de Cesse et Luzy. (Site stenay-14-18.com)

La rotonde de Luzy, témoin de la Bataille de la Meuse

La commune de Luzy-Saint-Martin est située sur la rive gauche de la Meuse et à l’est de la forêt de Jaulnay. Entre le 26 et le 28 août 1914, le village fut détruit à plus de 80%. Reconstruit après-guerre grâce aux carrières locales, il possède seulement deux monuments allemands, restaurés en 1996, qui témoignent des combats acharnés que le village a connus lors de la bataille de la Meuse.
Le premier est un monument aux morts allemand situé sur le domaine du Grand-Tuche. Il rappelle les combats des 26, 27 et 28 août 1914 au cours desquels les Allemands ont tenté de franchir la Meuse afin de contourner Verdun et de se rabattre vers le Sud conformément au plan Schlieffen.

Le second est un monument et un cimetière à la fois, appelé rotonde en raison de sa forme circulaire. Il est implanté à une centaine de mètres du premier monument, après la bataille, à l’orée de la forêt. Après la bataille, l’édifice abrita les sépultures de 82 soldats français et 118 soldats allemands déterrés du champ de bataille de Luzy. Les corps ont été depuis transférés à la nécropole militaire de Brieulles-sur-Meuse.
Entouré d’un banc circulaire, l’arbre central ainsi que ceux de la clairière ont été plantés par les Allemands lors de la construction de l’édifice. Le portail du cimetière hémicirculaire est décoré de fleurs et d’une croix militaire allemande en fer forgé. Enfin, la rotonde possède une architecture intéressante, composée de pierres des carrières alentours avec des joints en relief. Ses deux colonnes d’entrée présentent des croix en leurs sommets identiques à celles de toutes les nécropoles militaires allemandes. (site verdun-meuse.fr)

Rotonde dans le bois de Jaulnay

Rotonde dans le bois de Jaulnay (Site stenay-14-18.com)

Rotonde dans le bois de Jaulnay (Site stenay-14-18.com)

Dans les ossuaires (Sedan-Torcy, Noyers-Pont-Maugis, Vouziers-Chestres, Rethel) reposent 5064 inconnus. (Site pages14-18.mesdiscussions.net, page aout-1914-ardennes-sujet 323)

Cimetère et ossuaire de Torcy 

Cimetère de Torcy (site cheminsdememoire.gouv.fr)

Cimetère de Torcy (site cheminsdememoire.gouv.fr)

Autres nécropoles :

Site nécropole d’Orfeuil, créée en 1923. Victimes des combats de de Sedan-Carignan en août 1914

Voir aussi la liste des « Unités françaises qui passèrent dans les Ardennes en août 1914 » sur le site pages14-18.mesdiscussions.net, page aout-1914-ardennes-sujet 323.

Sources et sites à consulter pour en savoir plus :

ADHS Registres militaires http://archives.cg74.fr > Fonds d’archives > Registres militaires

Fiches Mémoire des hommes, Base de données des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=24&titre=morts-pour-la-france-de-la-premiere-guerre-mondiale

site crdp-strasbourg.fr : TRES COMPLET  http://www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/1GM_combats/guerre_en_14_1.php?parent=61

Site stenay-14-18.com, page bataille de la Meuse : TRES PRECIS , de belles  cartes http://stenay-14-18.com/chronologie-des-batailles/1914-2/bataille-de-la-meuse/

site verdun-meuse.fr  http://verdun-meuse.fr/index.php?qs=fr/lieux-et-visites/monument-du-mois—septembre-2012—rotonde-d

Wikipedia :
art. Maroc https://fr.wikipedia.org/wiki/Maroc
art 2e DIC https://fr.wikipedia.org/wiki/2e_division_d%27infanterie_coloniale
art. Bataille des Ardennes (1914)  https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_des_Ardennes_(1914)

art. Fernand de Langle de Cary  https://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_de_Langle_de_Cary

Site chtimiste.com :
page Opérations des 3e et 4e armées du 6 au 25 août 1914 http://www.chtimiste.com/batailles1418/operations3et4armees.htm

page Retraite des 3e et 4e armées, 25 août-5 septembre 1914   http://chtimiste.com/batailles1418/retraite3et4.htm

page combats de Rossignol, 22 août 1914) http://www.chtimiste.com/batailles1418/combats/rossignol.htm

Historique du 4e Régiment d’Infanterie Coloniale disponible sur le site tableaudhonneur.free.fr  http://tableaudhonneur.free.fr/4eRIC.pdf

site delamarejean.free.fr http://delamarejean.free.fr/Service_Militaire_Obligatroire/html/la_grande_guerre02.html

site 1914-18.be  http://1914-18.be/2011/02/06/www-1914-18-be/site-so-be-bataille-des-ardennes-1914/

site musee-municipal-sedan.over-blog.com  http://musee-municipal-sedan.over-blog.com/2014/09/la-bataille-de-sedan-noyers-25-26-aout-1914.html

site lesmidi.canalblog.com  http://lesmidi.canalblog.com/archives/2012/08/25/24840758.html

Site pages14-18.mesdiscussions.net, page aout-1914-ardennes-sujet 323 http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/Pages-memoire-necropoles-MPLF-MDH/aout-1914-ardennes-sujet_323_1.htm

site cheminsdememoire.gouv.fr  http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/torcy

Cette page BONUS complète nos articles sur les soldats de Passy en ALSACE et dans les VOSGES en août 1914 :
– Les Passerands dans la bataille de Sarrebourg, 18-24 août 1914 : le dragon René Fivel (Vatusium n° 18, p. 10-11)
– Les Diables bleus de Passy sur la ligne bleue des Vosges : St-Dié et le col de la Chipotte (Vatusium n° 18, p. 16 à 21)
– Les artilleurs de Passy. Mort de l’« artiflot » Pierre Bibollet en août 1914 (Vatusium n° 18, p. 23-24)
Et nos pages :
– René Fivel et le 2e Dragons en Lorraine, Champagne et Flandres, août-octobre 1914
– J.M.O. du 2e Rgt de Dragons, 16 août-12 sept. 1914. Bataille de Rozelieures, 25 août 1914, point d’arrêt de l’invasion allemande
– Mort du premier Passerand, Noël Biava, le 19 août 1914 en Alsace, pour un mauvais coup de clairon (Vatusium n° 18, p. 12 à 14)
– « Les Passerands dans les combats de St-Dié, 24 août-12 septembre 1914 » http://www.histoire-passy-montblanc.fr/histoire-de-passy/de-la-prehistoire-au-xxie-s/la-guerre-de-1914-1918/les-soldats-de-passy-en-1914/les-passerands-dans-les-combats-de-st-die-et-du-col-de-la-chipotte-24-aout-12-septembre-1914/
– Le 97e RIA et les Passerands à St-Dié et au col de la Chipotte, 24 août-12 sept. 1914
– Aimer à Passy ; mourir dans les Vosges : Félix Fivel-Démoret, caporal du 11e BCA, tué le 27 août 14 (et Vatusium n° 18, p. 22)
– Les combats du 11e BCA autour de St-Dié le 27 août 1914
– JMO du 30e RI : combats autour de St-Dié, août-sept. 1914

Voir nos autres pages sur
 
Passy pendant la grande Guerre
en particulier
notre page consacrée au monument aux morts de Passy.

– Passy du XXe siècle à nos jours.

Découvrez aussi, sur notre site, la richesse et la variété du patrimoine de Passy :
 Les ex-voto du temple romain de Passy
– Le château médiéval de Charousse à Passy
– Le retable de la Chapelle de Joux, à Passy
 L’étonnant « Cahier » d’Eugène Delale, école de Passy, 1882
–  La méthode Freinet à l’école de Passy, 1932-1952
– La conduite forcée de 1947-1952 et la production hydroélectrique à Passy
– L’Arve des Gures aux Egratz, à Passy
– Vues panoramiques sur le Mont-Blanc depuis Passy
– L’inalpage dans les « montagnes » de Passy, « l’emmontagnée », et la « remuée » pendant l’été
– La gare de Chedde à Passy et la ligne Le Fayet-Chamonix
– La sculpture d’Albert FERAUD (1921-2008), La Porte du soleil (1973), sur la « Route de la Sculpture Contemporaine » à Passy
– La stèle de la Torchette à Passy et les commémorations du maquis de Montfort

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